Inquiètes pour la qualité de la viande, quatre interprofessions porcines régionales se sont positionnées pour la poursuite de la castration, « indispensable » pour leurs signes officiels de qualité. Un chemin loin d’être tracé, et qui sera synonyme de surcoûts importants.
Alors que la castration à vif des porcelets sera interdite début 2022, cette opération – pratiquée sous anesthésie – restera « indispensable » pour les filières sous signes officiels de qualité (Siqo), estiment quatre interprofessions régionales du sud de la France. La castration « permet de répondre aux besoins qualitatifs de la viande », affirment l’IPR (Nouvelle-Aquitaine), Midi porc (Occitanie), l’IPA (Auvergne Limousin) et Interporc (Rhône-Alpes), dans un courrier envoyé à l’interprofession nationale Inaporc en août 2020.
Les mâles castrés, « plus matures et plus gras » fournissent une viande « beaucoup mieux adaptée à la production de salaisons sèches », peut-on lire dans ce document, qu’Agra Presse s’est procuré. Consommées fraîches, leurs viandes présentent de « meilleures caractéristiques organoleptiques », assurent encore les filières sudistes. Contrairement aux animaux castrés, les carcasses de mâles entiers présentent un risque d’odeurs sexuelles (1 à 2 %), rendant la viande impropre à la consommation.
Douze fleurons de la gastronomie menacés de « disparition »
Ces zones, qui regroupent environ 20 % des abattages français, « ont orienté leur production de porcs vers des Siqo ». Dans leur missive, les interprofessions du Sud listent une douzaine de filières (AOP, IGP, Label rouge, races locales) pour lesquelles la castration est obligatoire et inscrite dans le cahier des charges. Jambon de Bayonne IGP, charcuteries IGP de Lacaune, les AOP porc noir gascon et porc basque Kintoa, etc. : autant de fleurons de la gastronomie menacés de « disparition pure et simple » en cas d'« interdiction totale de castration ». « Nous avons été moteurs dans cette prise de position », affirme Pierre Moureu, président de l’interprofession de Nouvelle-Aquitaine, dans un entretien à Agra Presse. Un positionnement lié à la prépondérance de la filière jambon de Bayonne, qui absorbe « 50 % des porcs » de la région, selon cet éleveur des Pyrénées-Atlantiques.
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Les filières du Sud demandent donc à Inaporc – qui a lancé un groupe de travail national sur la castration – de « prendre en compte d’un point de vue politique » leur position, mais aussi de la « relayer de manière large aux instances administratives et politiques ». Malgré son interdiction au 1er janvier 2022, certains éleveurs pourront continuer la castration, mais avec anesthésie et analgésie (prise en charge de la douleur post-opératoire). Une dérogation dont les modalités doivent être précisées par une instruction du ministre de l’Agriculture. Un texte très attendu, étant donné la complexité du chantier. Les interprofessions du sud de la France poussent d’ailleurs la filière à « mettre en œuvre un programme de recherche et de développement ». De son côté, l’interprofession de Nouvelle-Aquitaine a lancé son propre « protocole d’essais avec l’École nationale vétérinaire de Toulouse », d’après M. Moureu. Le but ? Aboutir à des « techniques de castration compatibles avec le respect du bien-être animal », précisent les filières sudistes. Parmi les solutions à l'étude, elles écartent l'immunocastration, qui leur « semble incompatible avec les attentes du consommateur ».
Surcoût de « 8 à 10 € » par porc
Au niveau national, la balance semble pencher vers l’arrêt pur et simple de la castration, synonyme de gain de temps et d’économies substantielles pour les éleveurs. Faute de débouché, une minorité d’éleveurs devra toutefois continuer à castrer ; et les conditions dans lesquelles ils le feront restent un sujet sensible. Quelle que soit la méthode finalement retenue, le surcoût pourrait atteindre « 8 à 10 € selon l’Ifip », prévient Pierre Moureu. « Nous allons lancer des négociations pour que l’aval prenne conscience de ces coûts supplémentaires, ajoute le producteur béarnais. Il y a des discussions à mener pour que les éleveurs ne soient pas les dindons de la farce. »
« Nos acteurs de l’aval sont très clairs : ils veulent des porcs castrés », appuie M. Moureu. Au niveau national, les abatteurs de Culture Viande partagent l’inquiétude des filières du Sud sur la qualité de la viande, et militent pour la poursuite de la castration. « À ce jour, aucune alternative à la castration à vif n’a encore été mise sur la table », rappelle Culture Viande dans un communiqué du 25 mars. Et d’alerter sur le « pari » du porc mâle entier, pris « sans prendre le temps d’en mesurer les conséquences à long terme pour toute la filière ». Une communication qui a provoqué, cinq jours plus tard, une mise au point de la FNP (éleveurs de porcs, FNSEA). « Si « pas un mâle entier ne rentrera dans mes abattoirs », dixit l’ancien président de Culture Viande (Jean-Paul Bigard, NDLR), cela aura un prix, en produit et en temps de travail ! », lance son président François Valy, cité dans le communiqué.