Abonné

Elevage Porc et volaille : des stratégies similaires face à l’impératif de compétitivité

- - 5 min

Face à la hausse des coûts de production liée à la flambée du cours des céréales, les filières volaille et porc présentent des similitudes : regroupement des élevages pour gagner en compétitivité, crainte des nouvelles normes environnementales, cahier des charges trop strict…

Si volaille et porc se concurrencent sur les marchés, les deux filières se retrouvent face aux mêmes conclusions quant à la nécessité de gagner en compétitivité. L’envolée du prix des céréales et les problèmes de trésorerie, particulièrement importants pour les éleveurs de porc, ont certainement joué un rôle dans cette remise en question. Pour Jean-Marc Grelier, président de la société Grelier, la flambée du cours des céréales représente une sortie de trésorerie « intenable » pour les accouveurs (environ 55 000 euros/mois). Cette flambée des cours se répercute inévitablement sur les prix d’achat des poussins. Le prix du dindonneau (1€) augmente de 0,5€ et celui du poussin de chair de 0,15€ pour un prix de 30c. Pour les éleveurs de volaille, la hausse du prix de l’aliment, liée à celle des matières premières, représente 22 à 24% de coût de production supplémentaire sur le vif, sans avoir intégré dans ce pourcentage la hausse sur les prix des poussins. En porc, il manque environ 20c au prix-production (1€25) pour atteindre le niveau des coûts de production (1€50), selon Jean-Michel Serres, président de la Fédération nationale porcine.

La procédure installation classée fait frémir

Face à ce constat, les deux filières s’alarment des futures contraintes environnementales de la Loi de modernisation agricole. Gilles le Pottier, délégué général du Comité interprofessionnel de la dinde française (Cidef), comme Jean-Michel Serres, espère que les décrets ne s’appliqueront pas aux exploitations de taille inférieure à la moyenne européenne. Si tel n’était pas le cas, cela viendrait plomber encore plus les trésoreries sachant que, dans les deux filières, la taille des élevages devrait être multipliée par deux dans les années à venir afin de rester compétitif. « Pour gagner en compétitivité, que ce soit en dinde, poulet ou pondeuse, nous devons passer de 2 000m² à 5 000m² », explique Gille le Pottier. « Ces économies d’échelle devraient permettre d’améliorer la trésorerie et donc d’investir dans du matériel, d’autant plus que la main d’œuvre familiale à bas prix disparaît. » De son côté Guillaume Roué, président de l’interprofession porcine, évoque la nécessité d’atteindre la taille moyenne européenne des élevages de porc, c’est-à-dire de passer de 2 UTH à 4. Jean-Michel Serres, à la suite des annonces du ministre de l’Agriculture au Space, déclarait à son tour : « Nous attendons des textes pour restructurer, moderniser les élevages afin d’arriver au seuil européen de 2 000 places de porc charcutier, soit 450 truies sans avoir à passer par la procédure d’installation classée. ». Le regroupement des élevages est donc à l’ordre du jour dans les deux filières.

Distorsion de concurrence et cahier des charges

Les distorsions de concurrence induites par des cahiers des charges français trop contraignants sont décriés là aussi des deux côtés. Ainsi l’Espagne, la Hollande et la Belgique utilisent des co-produits d’OGM dans l’alimentation des volailles. Le blé meunier est utilisé en France alors que le blé fourrager, de moins bonne qualité et donc moins cher, fait le bonheur des éleveurs de volaille ailleurs en Europe. La graisse animale, produit à bas prix, est utilisée pour l’engraissement en Espagne. En France, elle est remplacée dans les cahiers des charges par de l’huile de palme, hors de prix, alors qu’aucun « verrou réglementaire » de Bruxelles n’existe à ce sujet, selon Gille le Pottier. Des distorsions touchent aussi le porc bio comme l’explique Samuel Chatellier-Lang, animateur de Bio direct. « En Bio, le règlement européen de 2009 met tout le monde au même niveau, mais sa lecture diffère dans chaque pays ». Par exemple, au Danemark, la zone d’approvisionnement en matières premières s’étend à toute l’Europe, contrairement à la France qui ne s’approvisionne que sur son territoire.

Appréhender la demande sociétale du bien-être animal

« Ne faudrait-il pas arrêter de s’imposer des normes, de se rigidifier sur des cahiers des charges qui ne font que segmenter le marché et limiter notre compétitivité ? », demande un membre de l’assistance en écoutant Samuel Chatellier-Lang déclarer que le cahier des charges du porc bio refuse les caillebottis alors que le règlement européen l’autorise à 50%. La question reste ouverte et mérite réflexion quant on connaît par exemple la demande sociétale en termes de bien-être animal. Les cahiers des charges vont-ils encore s’alourdir de nouvelles contraintes ? La solution trouvée par le groupe Cecab réside dans une politique de communication auprès du grand public de l’activité de ses éleveurs au travers du Welfare Cecab. Les « fondamentaux de l’élevage de dinde » (alimentation, sanitaire, intrants) sont donc mis en avant auprès des consommateurs. Les contraintes, elles, ne changent pas.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

céréales
Suivi
Suivre
coûts de production
Suivi
Suivre