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Porc : la fin de la castration à vif, premier dossier de l’AOP Grand Ouest

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Reconnue le 14 septembre par le ministre, l’association d’organisations de producteurs (AOP) du Grand Ouest s’attaque au dossier brûlant de l’arrêt à la castration à vif des porcelets. Son objectif : « Trouver le meilleur deal possible avec les abatteurs. »

« L’une des premières missions de l’AOP (association d’organisations de producteurs, NDLR) Grand Ouest sera de trouver le meilleur deal possible avec les abatteurs » sur l’arrêt de la castration à vif des porcelets, a indiqué Michel Bloc’h, président de l’UGPVB (groupements) le 16 septembre. Regroupant près de la moitié de la production française avec 11,5 millions de porcs, l’AOP Grand Ouest a été officiellement reconnue par le ministre de l’Agriculture le 14 septembre (1). L’arrêté correspondant est paru du Journal officiel le 19 septembre. Lors d’une conférence de presse au Space, l’éleveur a précisé avoir « un seul objectif : supprimer les distorsions de concurrence insupportables entre éleveurs », ce qui passera par « une plus-value identifiée clairement sur le porc castré ». Selon M. Bloc’h, qui cite des chiffres de l’Ifip (Institut du porc), un porc castré avec anesthésie – obligatoire en 2022 – coûtera « 12 euros de plus » à produire qu’un porc entier. « Plus de 70 % [de ce surcoût] est lié aux performances zootechniques » (meilleure valorisation de l’aliment et viande moins grasse), précise-t-il.

Les éleveurs poussent la contractualisation

« Ça ne va pas être facile non plus pour nos amis abatteurs, concède Michel Bloc’h, car ils vont devoir répercuter cette plus-value à l’aval. » Dans le projet d’arrêté actuellement en discussion entre le ministère et la filière, les dérogations à l’interdiction de la castration à vif seraient réservées aux signes de qualité et aux éleveurs sous contrat (2). « Les abattoirs vont devoir demander des dérogations pour certains marchés afin de continuer à castrer, précise Carole Joliff, élue de la FRSEA et de la FNP (éleveurs de porcs, FNSEA). On ne peut qu’être d’accord avec la contractualisation pour ces marchés, qui va donner une visibilité aux éleveurs. »

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De leur côté, dans un communiqué du 20 septembre, les FRSEA et les JA de Bretagne et des Pays de la Loire pressent le ministre de l’Agriculture de préciser le cadre réglementaire de l’interdiction de la castration à vif des porcelets. Les syndicats appellent Julien Denormandie à prendre « une position forte » pour « répondre aux besoins d’équité entre les éleveurs et de compensation financière pour ceux qui devront encore castrer demain ». « Penser que l’interprofession […] pourrait trouver un compromis est illusoire », estiment les centrales régionales, alors que les discussions au sein d’Inaporc achoppent sur la prise en compte du surcoût lié à la castration avec anesthésie. Les FRSEA et les JA demandent que l’arrêté ministériel à venir « soit clair et mentionne notamment le surcoût lié à la castration sous anesthésie ». Pour les syndicats, les abatteurs ne seraient « pas enclins à payer le différentiel de prix sans pour autant vouloir davantage de mâles entiers dans leurs outils ».

Effet de ciseau

Dans leur communiqué, les FRSEA de Bretagne et des Pays de la Loire rappellent que le « contexte de marché [est] actuellement très défavorable ». Cette négociation sur la fin de la castration à vif est d’autant plus cruciale pour les éleveurs de porcs qu’ils sont menacés par un effet de ciseau entre la flambée de l’alimentation animale et la baisse des cours. Sur fond de repli des exportations européennes vers la Chine, le Marché du porc breton a clôturé le lundi 20 septembre à 1,289 €/kg, en baisse de 1,7 cent, après un précédent recul de 2,9 cents le jeudi 16 septembre. « Les trésoreries des élevages se dégradent », s’inquiète Philippe Bizien, le président du CRP de Bretagne (Comité régional porcin, amont). « On risque des pertes abyssales avec un aliment à 300 €/t », renchérit Michel Bloc’h, appelant à « une prise de conscience absolument nécessaire de la part de l’aval de la filière ».

Des FRSEA de l’Ouest pressent le ministre de « trancher »

« On risque des pertes abyssales avec un aliment à 300 €/t »