Les prix du porc atteignent des records ces derniers mois. Malgré des cours de l’aliment élevés, la période est faste pour les éleveurs.
« Les niveaux de prix sont corrects », s’amuse l’économiste rennais de l’Inrae Vincent Chatellier. « Dans le vocabulaire que l’on utilise en agriculture, cela veut dire qu’ils sont très bien », a-t-il expliqué devant les professionnels de l’interprofession porcine, qui tenaient leur assemblée générale mercredi, en pleine flambée des prix du porc. Au cadran de Plérin, dans les Côtes-d’Armor, ils culminaient fin mars à 2,37 euros le kilo, un record. Ils ne sont plus redescendus sous les 1,7 euro le kilo, depuis un an.
Certes, les prix de l’aliment ont également atteint des sommets ces derniers mois, avec un pic en janvier au-dessus de 400 euros la tonne, contre seulement 300 euros un an plus tôt. Ils ont suivi les évolutions des marchés des céréales et des oléagineux, perturbés par la guerre en Ukraine. Mais cela n’a pas empêché les marges des producteurs, elles aussi, d’atteindre des records. Selon les derniers chiffres de l’institut technique du porc (Ifip), la marge d’un naisseur-engraisseur avait « plus que doublé » depuis décembre, pour atteindre en avril « 2 524 €/truie/an ».
Pourquoi de tels prix ? Ces dernières années, c’était du côté de la Chine, premier pays acheteur de la France, qu’il fallait se tourner pour comprendre les cours du porc. Aujourd’hui, c’est en Europe qu’il faut la chercher. Face à une consommation européenne plutôt stable, « la dynamique de production n’est pas au rendez-vous partout en Europe », résume Vincent Chatellier. Pis, elle recule fortement chez les deux principaux bassins européens, l’Allemagne (-8 % d’abattages sur le premier trimestre) et l’Espagne (-10 %).
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Surprise en Espagne
Un coup d’arrêt qui s’explique notamment par les conséquences à retardement des mauvaises rentabilités subies fin 2021-début 2022, en raison de prix du porc bas, suivis d’une flambée des matières premières. Seuls les éleveurs les plus solides financièrement ont résisté, et peuvent aujourd’hui profiter des prix records. C’est l’éternel cycle du porc. Ce déclin n’est pas une surprise outre-Rhin. Le cheptel y est en recul depuis quelques années, notamment en raison de la peste porcine africaine (PPA). Arrivée par la Pologne fin 2020, la maladie n’a pas pu être endiguée depuis, empêchant le pays d’exporter vers la Chine. S’y ajoutent des évolutions sociales qui rendent la filière moins compétitive qu’auparavant.
C’est davantage une surprise en Espagne, en plein essor depuis dix ans notamment en Catalogne. Le cheptel s’y est développé dans de grands élevages, sur la base « d’une agriculture capitalistique, qui a fait le jackpot », rappelle Vincent Chatelier. Les abattages avaient déjà reculé au cours de l’été dernier, en raison notamment des épisodes caniculaires. Quant à la production française, elle avait plutôt bien résisté ces dernières années « grâce à l’amélioration de la production par animal », mais elle décline depuis le début de l’année. Les abattages sont en recul de 5 % en avril sur un an. Attention au « renouvellement des générations », avertit Vincent Chatellier.
L’élevage de porc français a d’autres défis devant lui dans les prochains mois. La peste porcine africaine (PPA) avance rapidement sur le territoire italien. Des sangliers ont été retrouvés récemment à 55 km de la frontière, selon les professionnels. Malgré les garanties de pouvoir continuer d’exporter vers la Chine pour les régions françaises qui ne seraient pas touchées, cette maladie reste une épée de Damoclès, car son avancée est imprévisible. Enfin, la filière négocie actuellement à Bruxelles l’application de la nouvelle directive IED (normes environnementales) dans les élevages, la stratégie Climat en France, et s’apprête à débattre en fin d’année de la réforme du bien-être animal en Europe. Le ministre de l’Agriculture, qui est venu assister à l’assemblée générale, a voulu rassurer les professionnels. La future directive IED doit « impacter marginalement l’élevage », souhaite-t-il. Quant à la réforme du bien-être animal, elle ne devra pas « dévier de l’enjeu de souveraineté ».