La transmission familiale reste le schéma dominant en agriculture, selon les résultats d’un projet de recherche de l’Esa. Plus de la moitié des installés en 2018 ont des parents agriculteurs. L’étude distingue cinq profils types, entre héritiers, « classes populaires hors cadre » et reconvertis.
Qui sont les nouveaux agriculteurs ? Un projet de recherche de l’Esa, école d’ingénieurs d’Angers, dresse leurs profils. Plus de la moitié des installés en 2018 ont des parents agriculteurs, selon les résultats présentés le 20 mars sur la base d’un échantillon de 3 400 individus. Ce sont notamment des « héritiers bien préparés ». La transmission par filiation les caractérise : dans trois cas sur quatre, ils reprennent une exploitation au sein du cercle familial ; 80 % ont moins de 35 ans lors de l’installation. D’autres profils types ont des trajectoires moins linéaires.
Contrairement aux premiers, les « héritiers sans vocation » (22 % de l’échantillon) ne se destinaient pas à reprendre l’exploitation familiale. Plus des deux tiers n’ont pas suivi de formation agricole initiale, et un tiers n’a jamais travaillé sur une ferme avant de s’installer. Il s’agit majoritairement de femmes (61 %). « Historiquement moins encouragées que leurs homologues masculins à reprendre l’exploitation familiale, ces femmes se tournent d’abord vers d’autres parcours professionnels », d’après le communiqué.
Les « classes populaires hors cadre »
En dehors de la transmission familiale, on retrouve notamment les « classes populaires hors cadre » (16 %), qui sont presque tous non issus de familles d’exploitants (97 %). Un autre trait distinctif est leur ancrage rural : 90 % vivaient déjà à la campagne avant leur installation. Issus en majorité de milieux ouvriers (56 %) et employés (20 %), 60 % d’entre eux occupaient des postes similaires avant leur reconversion. « Leur motivation reflète cette origine sociale : le goût du travail en extérieur et le désir d’indépendance priment, traduisant à la fois une valorisation du travail manuel et une volonté d’échapper à la subordination salariale. »
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Quatrième catégorie: les « reconvertis des classes moyennes » (20 %). Souvent sans ancrage rural ni familial dans le secteur, ils ont pris un virage tardif vers l’agriculture ; 82 % d’entre eux n’ont pas de parents agriculteurs et s’installent en créant leur propre exploitation, accédant aux terres via des agences immobilières bien plus fréquemment que la moyenne (20 % contre 6 %). Issus à 37 % d’un ménage à dominante cadre ou profession intermédiaire, 39 % étaient employés et 25 % exerçaient une profession intermédiaire avant de devenir exploitant. Une grande mobilité professionnelle caractérise leur trajectoire : les trois quarts ont exercé au moins deux métiers avant de se tourner vers l’agriculture, et leur installation intervient plus tardivement que la moyenne, 31 % ayant plus de 40 ans. « Leur approche de l’agriculture reflète leur parcours atypique : trois quarts vendent exclusivement en circuit court, 60 % privilégient le bio et un tiers se spécialise dans le maraîchage, soit le double de la moyenne. Plus engagés dans une agriculture alternative que dans un militantisme structuré, ils adhèrent peu aux syndicats (72 % ne sont pas syndiqués), préférant une approche indépendante et pragmatique du métier. »
Enfin, on retrouve les « reconvertis des classes supérieures » (8 %). Issus majoritairement des milieux urbains et des catégories socio-professionnelles supérieures, ils ont un profil à rebours des tendances habituelles. Nombre d’entre eux (42 %) sont issus de familles agricoles, témoignant d’un mouvement de « contre-mobilité » : après une première carrière hors du secteur, ils reviennent vers la profession de leurs parents. Bien que très qualifiés, 30 % ont suivi une formation en lien avec l’agriculture, ce qui nuance l’image d’une élite néo-rurale en quête d’un simple retour à la terre. Les « reconvertis des classes supérieures » compte une petite majorité d’hommes (58 %). « Plus qu’une rupture avec leur milieu d’origine, cet engagement dans l’agriculture traduit un parcours hybride, entre ascension sociale et ancrage familial rural, illustrant une redéfinition contemporaine des trajectoires professionnelles dans le monde agricole. »