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Post-Brexit : UE et UK se rejettent la responsabilité du piétinement des négociations

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La 3e séance de négociation (le 15 mai par visioconférence) entre la Commission européenne et le Royaume-Uni n’a pas permis d’avancer au sujet du futur partenariat entre les deux parties, notamment en ce qui concerne les règles de fair-play économique et commercial (« level playing field ») et la pêche.

Un des obstacles majeurs sur la voie d’un accord de partenariat UE/UK est, selon la partie britannique, l’insistance de l’UE pour que tout accord commercial s’établisse sur un « level playing field » (règles du jeu équitables) entre les deux parties. Comme on le sait, l’UE est disposée à offrir au Royaume-Uni un accès « zéro tarif, zéro quota douanier » à son marché intérieur fort de plus de 440 millions de consommateurs. L’accès des Britanniques à ce marché sera toutefois conditionné par le respect par Londres de conditions loyales de concurrence, en particulier en ce qui concerne les normes européennes en matière de droit du travail, d’environnement, de fiscalité et d’aides d’État. Pas question donc pour l’UE d’accepter une économie dérégulée à sa porte. Or, le Royaume-uni, qui revendique sa liberté commerciale après le divorce, martèle à chaque réunion son refus de s’aligner d’office sur les règles européennes, car cela équivaudrait à le lier à long terme aux législations et aux standards européens. David Frost, le négociateur en chef britannique, a souligné à ce propos que ce serait « inédit dans le cadre d’un accord de libre-échange et que ce “level playing field” n’était d’ailleurs pas envisagé dans la déclaration politique commune qui a accompagné l’accord de retrait de l’UE ». Le Britannique a dit « ne pas comprendre pourquoi l’UE insiste sur une approche idéologique qui rend plus difficile la conclusion d’un accord ».

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De son côté, Michel Barnier, le chef des négociateurs européens, a rétorqué que « quoi qu’il en dise, le Royaume-Uni n’a pas engagé de vraie discussion sur la question du « level playing field », ces règles de fair-play économique et commercial dont nous étions convenus avec Boris Johnson dans la déclaration politique ». Sur ce sujet, a-t-il souligné, « ce fut un round de divergence, sans aucun progrès ». S’adressant aux journalistes par visioconférence, le Français a fait observer que les Britanniques essaient d’obtenir le beurre et l’argent du beurre, à savoir toucher les bénéfices d’un État membre de l’UE, mais sans devoir respecter les obligations. Il n’en est pas question pour Michel Barnier : « L’UE n’est pas prête à réviser ses règles pour plaire aux Britanniques, car ce n’est pas un pays tiers qui va fixer les conditions d’accès à notre marché intérieur ». Le ministre sans portefeuille britannique, Michael Gove, est même allé jusqu’à suggérer que le Royaume-Uni puisse renoncer à l’objectif de « zéro tarifs, zéro quotas », afin de se dispenser ainsi d’un « level playing field ». Cette suggestion, a répliqué Michel Barnier, « reviendrait à remettre entre nous des tarifs et des quotas qui n’existaient plus depuis des décennies. Ce serait un anachronisme dont l’UE ne veut pas ». En outre, a-t-il souligné, « cette approche exigerait une négociation détaillée – et extrêmement sensible — sur chaque ligne tarifaire. Nous avons vu récemment, avec le Japon ou le Canada, que cela a duré des années ». Selon Michel Barnier, une telle négociation ne serait donc possible qu’avec une extension de la période de transition qui s’achève le 31 décembre 2020. Problème : il ne reste qu’une seule autre séance de négociations UE/UK prévue pour la première semaine de juin avant une réunion « de haut niveau » entre le Premier ministre britannique, Boris Johnson, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à la mi-juin. Lors de leur rencontre, les deux leaders décideront si un accord sur un futur partenariat UE/UK est possible avant décembre. Ce qui, dans les conditions actuelles, se révèle très difficile, d’autant plus que les Britanniques rejettent catégoriquement cette idée de prolongation de la période transitoire, même si la pandémie du Covid-19 a bouleversé le calendrier des discussions.

« Seul point positif » dans cette 3e séance de négociation, a souligné Michel Barnier : la question ultra-sensible de la pêche, sur laquelle les négociateurs ont commencé « à discuter ». Leur objectif est de s’entendre avant juillet. Le Royaume-Uni a transmis cette semaine un texte résumant sa position : une renégociation annuelle des quotas de pêche dans ses eaux, ce que l’UE rejette pour l’instant dans la mesure où elle veut conserver pour les pêcheurs européens un accès permanent aux eaux britanniques. Michel Barnier a même laissé entendre qu’un « compromis » serait possible entre ces deux positions maximalistes sur la pêche. « En dépit de trois séances de négociations peu fructueuses, nous n’en sommes pas au point de rupture », a-t-il indiqué.