Pour la société bretonne Olmix, spécialisée dans les extraits d'algues pour l'élevage sans antibiotiques, les cultures sans pesticides et la nutrition humaine, l'agriculture « peut faire mieux avec moins », en matière d'intrants, et en est encore, dans ce domaine, « à l'aube de la préhistoire ». C'est ce qu'a affirmé son p.-d.g. fondateur, Hervé Balusson, dans une conférence de presse le 14 septembre, à l'occasion des vingt ans de l'entreprise.
Les possibilités pour l'agriculture, et par une industrie proche de l'agriculture (la collecte des algues, l'algoculture et la transformation des algues) de « faire mieux avec moins », c'est-à-dire avec beaucoup moins d'intrants d'origine chimique, sont considérables. Hervé Balusson s'est contenté de mettre l'accent sur un des trois domaines d'application des extraits d'algues, l'élevage sans antibiotiques, le 14 septembre à Paris, devant 300 professionnels de l'élevage et de la nutrition animale.
Une fenêtre de tir de quelques années pour l'élevage
L'élevage, breton notamment, bénéficie d'une fenêtre de tir de quelques années pour sortir de son impasse avec une longueur d'avance : l'élevage sans antibiotiques, avec les ingrédients d'algues. En effet, le problème de l'antibiorésistance commence à être connu, a expliqué Hervé Balusson. Ainsi, le 27 mars dernier, le président Obama a lancé un plan fédéral américain pour « combattre l'antibiorésistance », plan qui fixe des objectifs ambitieux aux éleveurs pour 2020. La société bretonne, qui a pris une part de 30% du volailler Tilly, a présenté en juillet à Morlaix une expérience pilote avec une dizaine d'éleveurs bretons : 500 000 poulets élevés sans antibiotiques, avec des ingrédients aux algues.
Après l'élevage, les cultures
La priorité accordée à l'élevage (95% de l'activité d'Olmix, et 85% à l'export) n'empêche pas la société de réfléchir aux solutions pour « améliorer la nutrition et la protection des plantes » par les extraits d'algues, a ajouté Hervé Balusson. « Dans le domaine du végétal, nous commençons à sortir des laboratoires », concernant les algues, a précisé le patron de la PME de 80 millions d'euros de chiffre d'affaires (prévision pour 2015). Olmix, via sa filiale Melspring, acquise en 2006, développe déjà des solutions durables pour les grandes cultures, l'horticulture et le gazon, s'attachant à développer la vie microbienne active, à améliorer la structure du sol et à stimuler la résistance des plantes face au stress.
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En dehors de ces marchés que sont élevage sans antibiotiques et nutrition/ protection des plantes, Olmix travaille sur l'application des algues à la nutrition humaine : solutions organoleptiques naturelles, composés nutritionnels aux bénéfices santé prouvés dus à la grande diversité des algues, et démarrage en juin dernier de la première étude clinique d'Olmix dans le domaine des troubles du système nerveux central.
Multiplier la transformation des algues par trois en 2017
Cependant, « les algues n'ont toujours pas révélé leur plein potentiel », a fait remarquer Hervé Demais, conseiller scientifique d'Olmix. Il faudra bien augmenter le prélèvement des algues. Le gisement provient d'algues collectées. Demain, si le débouché s'élargit, il faudra en cultiver. Pour l'heure, Olmix valorise 5 000 tonnes d'algues fraîches dans son usine de Bréhan (Morbihan). L'objectif est de valoriser 15 000 tonnes d'algues en 2017.
Dans les opérations de transformation, la totalité des algues est valorisée. La fraction des algues qu'Olmix voulait méthaniser trouve finalement une valorisation plus intéressante : l'alimentation des crevettes.
Olmix a inauguré, le 15 septembre à Saint-Étienne-du-Gué-de-l'Isle (Côtes-d'Armor), un centre de formation, pour ses partenaires et les étudiants, sur les méthodes d'utilisation des algues pour abaisser les doses d'antibiotiques dans les élevages et de produits de traitement des plantes dans les cultures. Les cours, qui débuteront la semaine du 21 septembre avec une quinzaine d'élèves, seront assurés par des experts issus d'organismes tels l'Inra, l'Institut français du porc (Ifip), l'Institut supérieur des productions animales et des industries alimentaires (Ispaia) ou l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).