À deux semaines du Sommet de l’Élevage, qui se tiendra du 4 au 6 octobre dans le Massif Central, les éleveurs de bovins à viande préparent un « livre blanc » de propositions pour une Pac plus orientée vers les systèmes herbagers.
Cet appel à prendre « les moyens pour une Pac refondée », moins défavorable aux productions fragiles, aux zones difficiles et à l’élevage à l’herbe, a été résumé le 19 septembre à Paris pour la presse par les éleveurs de bovins, provenant essentiellement des régions Auvergne et Limousin, autour du président de la Fédération nationale bovine, Pierre Chevalier. Les producteurs présenteront leur livre blanc de propositions le 5 octobre au Sommet de l’Élevage en présence de Joseph Daul, président du groupe PPE-DE au Parlement européen.
« Les banques centrales régulent bien la monnaie » …
La Pac a peu à peu laissé tomber sa politique de la montagne et des ICHN (Indemnités compensatrices de handicap naturel), selon Jacques Chazalet, président de la FRSEA du Massif Central (Auvergne et Limousin). Au début de leur mise en place, « elles permettaient de compenser le déficit ». Mais depuis une quinzaine d’années, « ces politiques ne sont plus à l’ordre du jour ». Or, « l’équilibre alimentaire est fragile. L’alimentation est une industrie lourde. On ne peut facilement décréter son freinage ou sa relance ». Jacques Chazalet plaide pour une politique qui aiderait durablement l’élevage à l’herbe. « Les banques centrales régulent bien la monnaie. Pourquoi ne pas réguler l’alimentation ? », a-t-il ajouté, précisant que les mécanismes de régulation tendent à garantir des prix plutôt bas pour les consommateurs.
Dans le même esprit, Jacques Bénézit, coordonnateur des éleveurs de races à viande du Grand Massif Central, estime que la Pac de 1992, (qui a institué les baisses de prix des céréales, compensées par des aides directes), « n’est plus adaptée aux systèmes herbagers ni aux bassins allaitants ni aux zones difficiles (montagne) ». Le passage d’une agriculture excédentaire à une agriculture déficitaire « nécessite un reformatage de la Pac de 1992 ».
Jacques Bénézit a mis en exergue « les perversions du second pilier » de la Pac : dans le cas de la collecte de lait en régions de montagne, les aides sont attribuées aux producteurs alors qu’il faudrait les allouer aux filières, vu les sur-coûts de la collecte dans ces zones. Enfin, l’herbe devrait être favorisée aussi pour son pouvoir de stockage du carbone, a poursuivi Jacques Bénézit.
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Importations d’Amérique du Sud : un rêve ?
Maintenant, peut-on imaginer une Pac qui ferait le choix de ne plus aider l’élevage, d’injecter les sommes publiques dans d’autres secteurs que l’agriculture et de miser sur l’importation de viande bovine ? Pierre Chevalier a répondu que ce calcul serait très risqué et surtout très aléatoire. Du fait de la hausse des prix des céréales, le Brésil et l’Argentine peuvent retourner massivement leurs pâturages pour les mettre en culture. Ces pays producteurs de viande bovine pourraient ne pas rester longtemps des concurrents de l’Europe en viande bovine, tandis que la consommation chinoise est passée en dix ans de 500 grammes à cinq kilos par an et par tête. De plus, « si l’on n’est pas vigilant, le découplage total dans l’UE pourrait se traduire par un retournement des prairies en céréales ». Le président de la FNB a cité l’exemple du mouton : « On n’en trouve quasiment plus en France quand survient une crise sanitaire en Grande-Bretagne, et en outre la production néo-zélandaise ovine est en baisse ».
Lors de cette édition du Sommet de l’élevage, le secteur laitier occupera une place accrue, selon Roger Blanc, président de la manifestation. L’événement sera, comme chaque année, une « vitrine du matériel et de la génétique française ».
Le président de la République ne se rendra pas au Sommet de l’élevage. La semaine qui précédera l’événement, il se trouvera à Clermont-Ferrand pour le congrès national des pompiers. « Il ne peut aller deux fois au même endroit à une semaine d’intervalle », a expliqué Jacques Chazalet, non sans ironie.