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Pourquoi sauver l’élevage français

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Il y a quelques jours, Nicole Justine, secrétaire générale du syndicat de l’industrie de la viande (Sniv) faisait un constat préoccupant. « Il y a 30 ans, disait-elle, la France agricole avait tous les atouts en mains : importance de son cheptel, savoir-faire technique, territoires, poids politique et une PAC favorable... Qu’en a-t-elle fait aujourd’hui ? Plus de 60 % d’importations en viande ovine, plus du 1¼4 de nos viandes bovines importées et les jambons espagnols qui viennent remplir nos linéaires. » Et, aurait-elle pu ajouter, des éleveurs en mal de revenus décents qui quittent le métier par centaines. Aujourd’hui, pourtant, l’ensemble des forces du pays semblent vouloir se mobiliser, à commencer par le chef de l’Etat. La raison ? L’élevage français représente un poids considérable, tant en ce qui concerne les éleveurs eux-mêmes que l’amont et l’aval.
Maillon essentiel, les éleveurs de bovins représentent rien moins que 185 000 exploitations bovines, qui regroupent 325 000 emplois. En production porcine, ils sont plus de 20 000 tandis qu’ils sont près de 60 000 à élever des moutons. A ces exploitants, il faut ajouter leurs salariés et surtout l’activité générée en amont et en aval. En amont, c’est l’aliment du bétail, avec  300 usines qui irriguent les campagnes, malgré une sérieuse concentration ces dernières années. Elles emploient au moins 10 000 salariés et traitent plus de 20 millions de tonnes de grandes cultures (blé, maïs, tourteaux de colza…). Comme quoi les élevages français représentent un débouché considérable pour leurs voisins les cultivateurs. Et puis, sauver l’élevage c’est aussi sauver une industrie considérable dans le pays, encore bien répartie à travers le territoire : fin 2008 ; plus de 65 000 emplois étaient recensés dans les industries de la viande (dont 30 000 dans les entreprises privées, 20 000 dans les coop), depuis les abattoirs jusqu’aux charcuteries et salaisonniers et passant par les transformateurs de viande bovine. A cela s’ajoutent 5 000 personnes travaillant dans le commerce de gros. Si quelques régions comme la Bretagne concentrent l’essentiel des entreprises, celles-ci restent tout de même bien réparties sur le territoire. Et elles n’ont pas encore subi la course au gigantisme même si elles se concentrent : près de la moitié de l’emploi des sociétés privées se trouvent dans des structures de moins de 500 employés. Toute cette filière rapporte aussi des devises au pays, même si elle en rapporte moins qu’avant : en bovins, le solde déficitaire des viandes (-316 millions d’euros en 2008) est compensé par des recettes excédentaires sur les animaux vivants (+993 millions). L’industrie du porc a elle aussi des atouts même si le commerce extérieur est devenu, récemment, déficitaire. Quant à l’industrie laitière, elle surfe sur un excédent de plus de 3 milliards d’euros en employant 57 000 personnes dans 700 sites de transformation. Au total, une galaxie d’activités dont l’impact sur l’économie explique à elle seule l’urgence de la sauver.

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