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PPA en Espagne : avis de grand vent sur le marché européen

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L’Espagne voit le retour de la peste porcine africaine, qui a touché des sangliers en Catalogne. Mais depuis l’avoir vaincue en 1994, elle est devenue le premier producteur, abatteur et exportateur européen de porc. En perdant des débouchés, l’Espagne peut bousculer le marché européen.

La peste porcine africaine PPA a fait irruption à la fin novembre à Bellaterra, banlieue de Barcelone, en Catalogne, l’une des grandes régions de production porcine espagnole et à moins de cent kilomètres de la frontière avec la France. À l’heure où nous écrivons (le 4 décembre), neuf cas de sangliers ont été déclarés atteints du virus depuis les deux premiers cas confirmés le 28 novembre, issus de cadavres trouvés les 25 et 26 novembre dans une zone boisée jouxtant le campus universitaire, sur la commune de Collserola del vallès. Dans la zone de surveillance d’une vingtaine de kilomètres autour du foyer sont implantés 39 élevages de porcs, qui tous ont été inspectés, testés et déclarés indemnes. Le foyer est une zone boisée assez restreinte de la commune de Collserola del vallès, entre deux autoroutes qui se croisent à l’est, et le campus universitaire à l’ouest. Les experts soupçonnent en premier lieu une contamination d’origine humaine.

Policiers, militaires, drones

D’importants moyens humains sont mis en œuvre pour éviter la propagation dans les provinces catalanes voisines, où se trouvent d’importants abattoirs, et a fortiori en Aragon, à l’Ouest, première région productrice du pays, ou dans la région de Murcie au Sud, également essentielle. Il s’agit de collecter les cadavres et de dépeupler autant que possible la zone de surveillance, sans provoquer de fuite, et bien sûr de décontaminer tout véhicule, piéton ou animal sortant d’un périmètre de 6 km autour du foyer. Pour cela, plusieurs centaines de policiers catalans et militaires espagnols spécialisés dans l’intervention d’urgence interviennent, s’aidant de drones, jour et nuit. L’accès à l’immense parc boisé de la sierra Collserola, poumon de Barcelone, est fortement réduit. Dans les 64 communes couvertes, les aires de pique-nique sont fermées.

Du côté français, l’irruption de la PPA en Espagne a envoyé un électrochoc à la filière porcine. La France, encore indemne, est désormais cernée par trois pays contaminés, avec l’Allemagne et l’Italie. Le ministère prévoit une rencontre avec les experts de la PPA et de la faune sauvage « pour évaluer la situation et proposer, si besoin, des mesures de surveillance renforcées en France », indique le cabinet d’Annie Genevard. Isabelle Corrégé en charge de la PPA à l’institut Ifip, note que le foyer espagnol n’est pas plus proche de la frontière que le foyer allemand et le foyer italien.

Pour rappel, le virus peut être transporté sur de longues distances sur les roues de véhicules, des chaussures, ou dans de la nourriture (même du pain ayant contenu du jambon) comme une préparation à base de sanglier. Elle rappelle que le virus introduit en 2018 en Belgique venait de Pologne. Les Français s’inquiètent surtout d’un report des exportations espagnoles hors d’Europe vers le marché européen. Ils se souviennent de l’effet des premiers cas de PPA en Allemagne en 2020. L’Espagne exporte environ la moitié de sa production. Elle a vendu en 2024 pour 8,8 milliards d’euros de viande porcine, dont 5,1 Mds dans l’Union européenne et 3,7 Mds hors UE. L’annonce officielle que l’Espagne n’était plus indemne de PPA a invalidé un tiers des quelque 400 certificats sanitaires en vigueur et provoqué une chute historique du prix de base sur le marché du porc vif de Mercolleida de 7,7 % (de 1,30 euro/kg à 1,20 euro/kg entre le 27 novembre et le 1er décembre.

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La Chine reste cliente

Les exportateurs sont soulagés de pouvoir conserver la Chine, de loin le premier pays tiers client. Ils y ont vendu 540 000 tonnes de viandes et abats de porc en 2024, ce qui représente, souligne le ministère, plus de 40 % de la production nationale. La Chine reste cliente aux termes de l’accord de régionalisation regardant la PPA, annoncé triomphalement par le ministre de l’Agriculture le 12 novembre. Cet accord a donc été l’aboutissement in extremis d’un intense travail diplomatique de plusieurs ministères du gouvernement espagnol et du déplacement du roi d’Espagne Felipe VI lui-même. Après quelques jours de suspense, Pékin a affirmé le 1er décembre que cet accord serait respecté, ce qui veut dire que la Chine peut continuer d’importer de toutes régions d’Espagne, y compris de la Catalogne, région historique de production porcine, à l’exclusion de la province de Barcelone (soit une part très minime de la production catalane).

D’autres accords de régionalisations sont établis avec 24 pays tiers, dont les importants débouchés que sont les Philippines, la Corée du Sud et le Royaume-Uni. Cependant une vingtaine de pays tiers n’ont pas de tels accords. C’est le cas du Japon, de la Malaisie, de Taïwan, du Vietnam et du Mexique. Les exportateurs regrettent en particulier la perte du Japon, acheteur de produits à valeur ajoutée supérieure. Le ministère jure d’intensifier ses démarches pour obtenir d’autres accords de régionalisation. Faute de quoi des marchés resteront fermés au moins douze mois à compter du dernier cas de sanglier ou de porc mort de PPA.

Sus aux sangliers

La PPA s’étendra-t-elle en Espagne ? La surpopulation de sangliers est considérée comme le problème numéro un en Espagne. Elle touche les principales régions productrices, au nord de la Péninsule. Le pays s’est d’ailleurs doté d’un « plan du national de gestion à moyen et long terme des populations de sangliers pour réduire le risque d’introduction du virus de la peste porcine africaine », en mai 2024. Le gouvernement d’Aragon a approuvé le 3 décembre un décret de mesures urgentes pour réduire la population de sangliers, en priorité dans les zones limitrophes de la Catalogne. Les chasseurs gagneraient 30 euros par sanglier abattu, selon la presse.

Tous les élevages d’Espagne ne sont pas idéalement protégés d’une incursion de sangliers. C’est pourquoi la région de Valence (au sud de la Murcie) a décidé d’augmenter de 9 millions d’euros l’enveloppe d’aide régionale à l’investissement des élevages porcins. Les éleveurs peuvent candidater jusqu’au 30 janvier 2026 pour des fermetures fixées au sol, pédiluves, vestiaires du personnel et autres améliorations sanitaires.

Les exportateurs regrettent en particulier la perte du Japon

Tous les élevages d’Espagne ne sont pas idéalement protégés