Abonné

Pac 2014-2020 Premier pilier : des déclinaisons nationales très diverses en élevage

- - 4 min

L'Allemagne et les Pays-Bas n'utiliseront pas d'aide couplée dans leur déclinaison nationale du premier pilier de la nouvelle PAC 2014-2020. D'autres pays, comme l'Italie et l'Espagne, se serviront des aides couplées pour défendre leurs productions animales, ou utiliseront, comme la Pologne, ces aides sectorielles comme levier de développement.

Les déclinaisons nationales du premier pilier de la Pac 2014-2020 à destination de l'élevage, présentées lors de la conférence « La Pac dans tous ses Etats » organisée par l'Institut de l'élevage le 20 novembre, traduisent des objectifs très différents en fonction des Etats membres. « Ce n'est plus vraiment une politique commune », tranche même Simon Schlueter, responsable de la section laitière au syndicat agricole allemand Deutscher Bauernverband (DBV). L'Allemagne et les Pays-Bas ont pris le parti du découplage des aides directes. La déclinaison allemande de la Pac prévoit le découplage presque total des aides directes, à l'exception des quelques régions au nord du pays et dans les Alpes où persistent des aides aux ruminants. Même constat aux Pays-Bas, qui n'utilisent pas d'aides couplées à l'exception de certaines zones naturelles. Pour Simon Schlueter (DBV) : « Les agriculteurs ne devraient plus dépendre des paiements directs. Un débat doit avoir lieu sur la volatilité des prix. Les Etats-Unis travaillent actuellement sur des systèmes d'assurances. Nous ne savons pas encore si c'est bien, mais nous sommes ouverts à la réflexion ». Dans ces deux pays, l'impact de la réforme de la Pac devrait être modéré, estiment leurs représentants. « Le changement de Pac est peu important pour les éleveurs. Ce qui l'est plus, c'est la politique concernant les effluents d'élevage », explique Nico Van Opstal de l'ambassade des Pays-Bas. « Nous voulons être très ambitieux sur le verdissement, car c'est une base importante pour que l'Europe continue de soutenir l'agriculture. En 2020, elle évaluera le verdissement ».

L'Espagne et l'Italie sur la défensive

A l'inverse, l'Italie et l'Espagne sont attachées aux aides couplées, qui leur permettent de soutenir certaines productions animales dans le jeu de la concurrence européennes. L'Italie a recouplé ses aides directes à hauteur de 11%, et créé à l'occasion de nouveaux types de soutiens. Ils concernent notamment le lait (56€ par veau né), les productions ovine, caprine et bovine. Cette dernière comprend une aide aux vaches allaitantes (47€ par tête), et aux jeunes bovins abattus à 12-24 mois (202 € par tête et une prime pour les animaux élevés en Italie). Contrairement à l'Allemagne et aux Pays-Bas, qui prévoient une augmentation de leur production laitière, l'Italie prévoit une baisse « à cause des contraintes de foncier et d'environnement, explique Kees de Roest, du Centre de recherche pour la production animale (CRPA) italien. Cette production va se concentrer dans de grosses exploitations de plus de 500 vaches, et le nombre de petites et moyennes exploitations va diminuer par manque de repreneurs ». Situation similaire en Espagne, qui a couplé ses aides à hauteur de 12%. Aux yeux de l'éleveur espagnol José Luis Iranzo, la réforme de la Pac est synonyme d'immobilisme et de statu quo en Espagne. « Elle profite aux régions traditionnellement riches et désavantage les zones désavantagées », explique-t-il.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

La Pologne s'appuie sur les aides couplées

Pour la Pologne, principal bénéficiaire de cette réforme, la nouvelle Pac est une occasion en or de développer ses productions animales (le cheptel bovin laitier y est au plus bas depuis 1970). En Pologne, les aides couplées sont à leur maximum, 15% (13%+2%), et concernent les vaches (70€ par tête), les jeunes bovins (70€ par tête, deux fois maximum par bête), les brebis (25€ par tête) et les chèvres (15€ par tête). « L'objectif est de maintenir le cheptel, notamment dans les zones de production traditionnelle, et diriger le plus grand nombre d'agriculteurs vers le marché », explique Johanna Stachowiak de l'ambassade de Pologne. La Pac 2014-2020 est, comme annoncée, une politique à la carte.