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Syndicalisme Premier revers pour Jean-Michel Lemétayer, leader incontestéde la FNSEA

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Jean-Michel Lemétayer, le président de la FNSEA qui a amené ses troupes à une belle victoire syndicale en janvier 2007, subit, un an après, son premier revers. La faute au feuilleton politico médiatique des OGM qui devait, à l’heure où nous écrivons ces lignes, trouver un dénouement inattendu et inacceptable pour la FNSEA. Pourtant le syndicat avait joué le jeu du Grenelle en toute loyauté, espérant en retour obtenir satisfaction sur le sujet des OGM. Du « donnant donnant » qui permettait à la « grande maison » de sortir la tête haute du Grenelle. Mais Nicolas Sarkozy et Jean-Louis Borloo ont décidé de modifier les règles en cours de partie. Jean-Michel Lemétayer, mis devant le fait accompli, ne peut que condamner la « reculade » du gouvernement en attendant que l’orage passe d’ici le congrès électif du printemps 2008 : il est candidat à sa propre succession.

Les promesses n’engagent que ceux qui les croient, dit le proverbe. Jean-Michel Lemétayer, leader incontesté de la FNSEA depuis mai 2001 en a fait l’amère expérience. La faute à l’épineux et controversé dossier OGM. Un sujet délicat qui trouvait le 10 janvier un dénouement inattendu si l’on en croit les promesses politiques faites aux syndicalistes de la « grande maison » à l’issue du Grenelle. En l’espace de deux jours, l’assurance de l’inscription en urgence de la loi OGM qui devait être examinée et votée avant le 9 février a volé en éclat. Le spectre de la clause de sauvegarde écartée depuis la tenue du Grenelle malgré la montée au créneau début novembre des ONG menaçait à nouveau de perturber le « deal » établi entre la FNSEA et le gouvernement.

« J’ai rendu service »

« J’ai rendu service », avouait le président de la FNSEA le 9 janvier lors de ses vœux à la presse en faisant allusion à sa déclaration du 12 octobre. Le président de la FNSEA se disait prêt à l’époque à accepter le principe d’un gel sur les cultures à la condition du vote d’une loi avec des effets applicables avant les prochains semis de printemps 2008. Un signe d’ouverture contesté au sein même du bureau de la FNSEA, et pour lequel le leader du syndicat n’est pas aujourd’hui remercié. Pire, Jean-Michel Lemétayer subit là son premier revers en tant que patron de la FNSEA depuis 2001. « C’est d’autant plus rageant qu’on a joué la carte de la loyauté en participant de manière constructive au Grenelle », confiait un syndicaliste.

La parole donnée et… reprise

La faute déjà aux politiques qui n’ont pas tenu parole. Jean-Louis Borloo, le ministre de l’Écologie en tête. Sans oublier un Nicolas Sarkozy, qui même s’il s’est toujours montré sceptique quant à l’utilisation des OGM, s’est empressé de déclarer, le 8 janvier à ses vœux, qu’il « ne souhaitait pas que cette loi soit discutée dans l’urgence ». Et, cerise sur le gâteau pour la FNSEA, le président « n’excluait pas de recourir à la clause de sauvegarde concernant le maïs OGM de Monsanto si la haute autorité soulève des doutes sérieux ». Ce qui, en clair, marquait la fin de la culture d’OGM en France. Nicolas Sarkozy fonctionne à l’émotion, confiait un syndicaliste négociateur au Grenelle. Il fonctionne aussi aux sondages et aux enquêtes d’opinion. Et rien n’y fait, les Français ne semblent pas vouloir des OGM. Dont acte.

Ces annonces présidentielles ont visiblement pesé lourd sur la Haute autorité et sur Jean-Louis Borloo. Le ministre qui « veut exister et a promis beaucoup aux ONG », selon un syndicaliste agricole, décide contre toute attente de retirer le projet de loi avant même l’avis de la Haute autorité. Quant à cette instance que le gouvernement voulait incontestable, elle se conteste aujourd’hui elle-même (Cf article "Quatorze scientifiques du comité réfutent les conclusions du sénateur Le Grand").

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« Surpris » et « choqué »

Face à cette cacophonie, Jean-Michel Lemétayer ne peut, le 9 janvier, que condamner la « reculade » du gouvernement. Il se dit « surpris » et « choqué ». Lui, qui, on le sait, est l’un des seuls chez les professionnels agricoles à avoir réellement l’écoute du président Sarkozy, se sent floué. Et Jean-Michel Lemétayer ne peut que constater le jeu de la « politique politicienne » qui préfère miser sur l’ennemi de toujours, à savoir José Bové, en grève de la faim, plutôt que sur les 57 % obtenus par la FNSEA aux dernières élections syndicales. Tout au plus, reprend-t-il un peu la main sur le dossier en rencontrant le chef de l’État le 9 janvier. Mais, le mal est déjà fait. Les minoritaires, Confédération paysanne et Coordination rurale, battues lors des élections aux chambres d’agriculture ont gagné sur ce dossier emblématique.

En pleine année élective, Jean-Michel Lemétayer, candidat à sa succession en mars 2008 se serait certainement passé de cet épisode. S’il est caricatural de penser que les troupes de la FNSEA sont toutes pro-OGM, loin s’en faut, « il y a du vent dans les voiles sur le terrain », confiait un syndicaliste. D’où, le haussement de ton de la grande maison sur ce dossier. Avec en point d’orgue, l’appel à la désobéissance civile de Pascal Ferey, vice-président de la FNSEA. Mais un recours possible contre la clause de sauvegarde restera l’affaire de l’AGPM, a assuré Jean-Michel Lemétayer le 9 novembre. Point trop n’en faut ! « Vu du terrain, certains leaders nationaux ne sont pas jugés suffisamment virulents face à la politique de Sarkozy », admet un proche de Jean-Michel Lemétayer.

L’après Chirac

Cette « agitation politico-médiatique » marque certainement la vraie rupture de l’après-Chirac. Plus rien ne sera jamais comme avant pour le syndicalisme majoritaire. Habitué jusque-là à une cogestion plus ou moins affirmée, il lui faudra inventer une nouvelle méthode. Orama, le syndicat des grandes cultures, indiquait déjà le 9 janvier que cet épisode « les conduira à repenser la stratégie professionnelle et syndicale, non pas sur le fond mais sur la forme ». Pour Jean-Michel Lemétayer qui dit n’avoir aucun regret sur sa stratégie dans le cadre du Grenelle, « il y a une fenêtre de tir à Bruxelles », analyse un de ses proches. Jean-Michel Lemétayer est en effet l’homme fort du Copa. Alors que la France prend la présidence de l’Union européenne en juillet 2008, c’est un atout de poids. Si la réconciliation avec Jean-Louis Borloo s’annonce difficile, le leader de la FNSEA, en homme pragmatique, continuera à jouer de ses entrées à l’Élysée en faisant sien le proverbe : « Un homme avisé en vaut deux ».