La plateforme Duralim, rassemblant importateurs, agriculteurs et transformateurs depuis 2016, a publié le 2 juillet son observatoire français de la déforestation importée par le soja. Un quart des imports directs de soja brésiliens bénéficieraient de certificats garantissant l’absence de déforestation.
« Il y a une grande part du soja sur laquelle des incertitudes subsistent, et nous voulons les lever », a déclaré Jean-François Arnauld, président de Duralim, à l’occasion d’une conférence de presse le 2 juillet. Avec son nouvel observatoire publié le même jour, Duralim a chiffré grâce à des données détaillées et actualisées le volume de cette incertitude. Alors que la France a importé en direct environ 2,03 Mt de soja du Brésil en 2019/2020, seules 400 à 500 kt bénéficieraient de certificats de traçabilité de type Pro-Terra.
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Or, comme le rappelle Jean-François Arnauld, Duralim avait pris en 2018 « l’engagement d’atteindre 100 % d’approvisionnements exempts de déforestation en 2025 ». À la demande de son organisation, le Céréopa (bureau d’étude) estime que cet objectif supposerait aujourd’hui un investissement supplémentaire de 20 à 70 millions d’euros supplémentaires pour couvrir toute la production avec des certificats. « Entre le soja en équilibre de masse et la ségrégation totale, les prix sont encore très différents », indique Patricia Le Cadre, directrice des études alimentation au Céréopa, pour expliquer l’ampleur de la fourchette.
Rétablir les ordres de grandeur
Duralim et le Céréopa ont choisi une approche « empreinte soja », basée sur la conversion de tous les volumes en équivalent graine sur la base de coefficients techniques et économiques. « Tracer les tourteaux, même à l’échelle de la municipalité brésilienne, est beaucoup plus compliqué », souligne Patricia Le Cadre. Un exercice que le Céréopa a mené non seulement en France, mais également chez des pays voisins comme la Belgique et l’Espagne, qui envoient environ 600 kt sur les 3,02 Mt de soja importées au total en France.
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« Nous voulions aussi rétablir les ordres de grandeur », souligne Patricia Le Cadre. Car en considérant tous les types d’aliments (y compris pâtures) et toutes les origines (importée ou produite en France), seulement 2,2 % de l’alimentation des animaux français ne garantissent pas l’absence de déforestation, selon Duralim. Pour les seuls concentrés, cette proportion s’élèverait à 6,5 %.
La plateforme confie avoir rencontré fin juin le ministère de la Transition écologique, qui se serait montré « très intéressé » par ses résultats. « Grâce aux importateurs de la plateforme, nous disposons de données actualisées auquel le ministère n’a pas accès par les douanes », explique Jean-François Arnauld. Alors que l’Union européenne devrait publier en 2021 son initiative contre la déforestation importée, l’outil français pourrait permettre à Paris de prendre de l’avance.