Le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a salué le 30 janvier l’« inversion de la courbe » d’utilisation des pesticides. « Pour la première fois » depuis le lancement du plan gouvernemental Ecophyto en 2008, il y a « une baisse du Nodu » (nombre de doses unités) montrant un recul de 2,7 % des ventes de produits phytopharmaceutiques entre 2014 et 2015, a-t-il déclaré. Stéphane Le Foll a aussi salué les « résultats très encourageants » des fermes pilotes Dephy, qui affichent des IFT (indices de fréquence de traitement) en baisse de 18 % depuis leur entrée dans le réseau par rapport à la moyenne 2013-2015. Pierre angulaire du plan de réduction des phytos, les CEPP (certificats d’économie de produits phytopharmaceutiques) poursuivent leur phase d’expérimentation. La mise en place du dispositif doit être examinée au Sénat le 7 février.
Le pari de la réduction des pesticides en agriculture est-il en passe d’être gagné ? Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, s’est en tout cas montré optimiste le 30 janvier, devant la presse, à l’issue du comité d’orientation stratégique et de suivi d’Ecophyto 2. Les organisations professionnelles, tout en émettant des réserves, ne l’ont pas contredit. « L’inversion de la courbe » des pesticides est « un point que l’on veut poursuivre et conforter », insistait le ministre. Et d’indiquer : « Pour la première fois » depuis le lancement du plan gouvernemental Ecophyto en 2008, il y a « une baisse du Nodu » (nombre de doses unités) montrant un recul de 2,7 % des ventes de produits phytopharmaceutiques entre 2014 et 2015.
Cependant, le recul des ventes sur un an est encore loin d’inverser les tendances de fond puisque le Nodu (Nombre de doses unité), indicateur de suivi du plan, augmente en valeur triennale de 4,2 % sur la période 2013-15 par rapport à 2012-14. Stéphane Le Foll a lui-même reconnu que l’analyse est faussée par des achats importants de produits phytos en 2014, juste avant l’instauration d’une nouvelle fiscalité : les agriculteurs ont anticipé l’élargissement de l’assiette de la redevance pour pollution diffuse au 1er janvier 2015. Avant de reculer de 2,7 % entre 2014 et 2015, le Nodu avait progressé de 9,4 % entre 2013 et 2014.
Cette évolution diffère selon la catégorie de phytos. « Le Nodu a diminué en insecticides et en fongicides, mais pas en herbicides », a relevé Eric Thirouin, président de la commission environnement de la FNSEA, le 31 janvier au colloque IBMA (entreprises du biocontrôle). « Il faut trouver des solutions de biocontrôle en herbicides. »
Les fermes Dephy en pointe
Stéphane Le Foll s’est félicité que les 2 000 fermes Dephy, engagées dans une démarche volontaire de réduction des phytos, « montrent une nouvelle fois qu’il est possible de réduire l’utilisation des produits phytopharmaceutiques sans impact économique », d’après un communiqué du ministère de l’Agriculture. Ces exploitations, intégrées au plan Ecophyto sur la période 2010-2015, affichent une baisse de leur IFT (indice de fréquence de traitement) de 18 % à compter de leur entrée dans le réseau par rapport à la moyenne des années 2013-15 et cela « sans diminution de productivité ni de marge ». Dans le détail, l’évolution de ces IFT atteint -11 % en grandes cultures et polyculture-élevage, -12 % en viticulture, -25 % en cultures légumières, -8 % en arboriculture, -33 % en horticulture, de-28 % à -75 % en cultures tropicales. Le réseau Dephy a été porté à 3 000 fermes l’an dernier.
Ecophyto marque d’autres progrès, a noté le ministre. Pour ce qui est de la formation, 575 000 professionnels détiennent désormais le Certiphyto (certificat individuel à destination des utilisateurs de produits phytopharmaceutiques), dont 375 000 agriculteurs et salariés agricoles. Sur le volet information, 3 500 bulletins de santé du végétal ont été publiés l’an dernier en régions. Concernant la recherche et l’innovation, 2,3 millions d’euros sont alloués chaque année. En matière de surveillance, l’Anses monte en puissance dans la mise en place de la phytopharmacovigilance, un dispositif visant au contrôle des effets indésirables des pesticides.
L’enjeu des CEPP
L’objectif du plan Ecophyto est de parvenir à réduire de 50 % le recours aux pesticides à l’horizon 2025, selon une trajectoire en deux temps. Dans ce cadre, le ministre a souligné la nécessaire mise en place des CEPP (certificats d’économie de produits phytopharmaceutiques), sur laquelle le Sénat sera invité à se prononcer le 7 février : « Je serai déterminé » à faire en sorte « que cet outil innovant d’association des acteurs soit acté dans la loi » Potier. Les CEPP, créés sur le modèle des certificats d’économie d’énergie, sont un dispositif de politique publique visant à inciter financièrement les principaux vendeurs de produits phytosanitaires agricoles à encourager des modes de production alternatifs. Un outil qui « responsabilise tout le monde », a insisté Le Foll. « Si on a comme objectif de montrer du doigt les agriculteurs et de les faire payer, ça ne me satisfait pas. Ceux qui vendent ont aussi leur part de responsabilité. Les CEPP, c’est leur donner, en cinq ans, les moyens de baisser de 20 % leurs ventes » de phytos. Chaque distributeur se voit fixer un objectif de certificats à atteindre en 2021, proportionnel à la moyenne des ventes réalisées pour les années 2011 à 2015. Les CEPP seront obtenus en échange de la mise en place d’actions dites « standardisées » par les agriculteurs. Une pénalité de 5 euros par certificat manquant est prévue, à la charge du distributeur.
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L’expérimentation du dispositif a commencé en septembre avec « plusieurs dizaines de fiches action » validée par l’Inra et « une cinquantaine dans les tuyaux », a précisé le ministère. Le Conseil d’État avait annulé fin décembre l’ordonnance encadrant les CEPP, à la suite d’un recours des fabricants et distributeurs de phytos. Les certificats ont été réintroduits dans la proposition de loi contre l’accaparement des terres, votée le 18 janvier à l’Assemblée nationale, examinée au Sénat le 7 février. « Je ne partirai pas sans que ce dispositif soit définitivement acté », a lancé Stéphane Le Foll le 30 janvier.
Pour le co-président du comité d’orientation et de suivi d’Ecophyto Dominique Potier, député PS de Meurthe-et-Moselle, la réduction des phytos est « un processus irréversible » : « la sensibilité notamment à la santé publique est devenue un phénomène culturel », a-t-il déclaré lors de la même conférence de presse. Et de souligner qu’« on peut concilier économie, qualité de vie et santé des agriculteurs, résultat écologique efficient », au vu des résultats obtenus par les fermes Dephy.
« Il est possible de réduire les phytos sans impact économique »
Des réactions constructives chez les syndicats
La FNSEA a salué le 30 janvier la première baisse des phytos, soulignant que c’était la preuve que « l’écologie incitative est plus efficace que l’écologie punitive ». Elle a également demandé de soutenir la recherche et l’innovation pour garantir des « solutions alternatives ».
L’UIPP (industries de la protection des plantes) a demandé le 31 janvier un nouveau mode de gouvernance d’Ecophyto 2, tout en saluant les « avancées positives » du plan de réduction des phytos. « La tenue annuelle d’un Comité national d’orientation et de suivi n’est pas suffisante pour piloter efficacement la mise en œuvre du plan ni mesurer son efficacité sur le terrain », affirme un communiqué. Et l’UIPP d’appeler à « définir un nouveau mode de gouvernance pour associer toutes les parties-prenantes dans des discussions plus régulières et plus transversales ». Il s’agit, pour l’organisation, de participer au déploiement régional d’Ecophyto, explique le communiqué. L’UIPP voit « des avancées positives » comme Certiphyto, la prévention des risques, les fermes pilotes Dephy, qui « portent leurs fruits et démontrent l’implication de la filière dans des démarches de progrès ». L’organisation salue aussi la volonté de compléter le plan par des indicateurs qualitatifs : « La réussite du plan Ecophyto ne peut dépendre du seul objectif chiffré de réduction des produits phytos » affirme le syndicat.
L’association Générations Futures a pour sa part souligné que le recul des ventes de phytos était beaucoup plus prononcé en zones non agricoles (-14 %).