Abonné

Présidentielle : les attentes des syndicats agricoles

- - 11 min

En cette période des vœux à la presse, la FNSEA et la Coordination rurale ont présenté leurs attentes vis-à-vis des candidats à la présidentielle. L’occasion de faire le tour des demandes des principaux syndicats agricoles.

La FNSEA insiste sur la poursuite des chantiers en cours

Présentant le 11 janvier les trente propositions de la FNSEA pour l’élection présidentielle, sa présidente Christiane Lambert a insisté sur le besoin de « mettre en œuvre » les chantiers en cours, qu’il s’agisse du nouveau système de gestion des risques ou du développement des réserves d’eau (Varenne de l’eau). Évoquant les aides à l’investissement (plan de relance et France 2030), la présidente de la FNSEA veut que « les engagements budgétaires soient tenus par les candidats ». « Nous souhaitons aussi que la réforme foncière puisse être reprise par les candidats », au-delà des mesures de la loi Sempastous, a-t-elle ajouté. Une réforme qui pourrait concerner « le statut du fermage, le portage du foncier, ainsi que le statut du sol pour l’agrivoltaïsme ou les cultures à vocation énergétique », a complété le vice-président Henri Biès-Péré.

Remettant sur le tapis le projet de chèque alimentaire pour les plus démunis, la FNSEA souhaite voir le futur président « engager un travail plus approfondi » sur la précarité alimentaire. « Ne minimisons pas ceux qui ont besoin d’aller aux Restos du cœur », a lancé Christiane Lambert, plaidant pour un « soutien qui ne tire pas les prix alimentaires vers le bas ». Pour respecter l’équilibrer avec la revalorisation des produits agricoles, le syndicat majoritaire demande au futur locataire de l’Élysée de « mettre en application la totalité des mesures des lois Egalim 1 et 2 ».

Enfin, Christiane Lambert a rappelé son souhait de « mettre un coup d’arrêt à toutes les sur-transpositions franco-françaises », citant l’exemple des zones de non-traitement (ZNT) ou du plan pollinisateurs. Sur le plan européen, le syndicat majoritaire fait de « l’harmonisation des règles de production » une « supra-priorité ». Celle qui préside aussi le Copa-Cogeca plaide pour « une croissance durable rentable », et contre une « application trop stricte de la stratégie De la ferme à la fourchette, qui provoquerait une réduction de la production ». Autant de sujets sur lesquels les candidats seront attendus lors d’un « grand oral » le 31 mars, dernier jour du congrès de la FNSEA à Besançon (Doubs).

La CR publiera le « degré de compatibilité » des candidats

La Coordination rurale est en train d’évaluer les candidats à la présidentielle selon six critères : économie, environnement et transition écologique, social, international, alimentation et consommation, foncier. Elle publiera leur « degré de compatibilité » sur son site internet le 21 février. « Nous sommes apolitiques, apartisans », réaffirme le président Bernard Lannes. À l’occasion de l’élection, la CR veut mettre l’accent sur la « souveraineté », qui est pour elle encore « un beau mot ». « Le point d’achoppement, c’est le revenu », poursuit Bernard Lannes. Sa volonté est toujours d’« interdire de vendre sous les coûts de production », même si la CR convient que la loi ne le permet pas. Et à ce titre, le syndicat voit d’un bon œil le travail de révision de la contractualisation mené avec Egalim 2, même si son souhait est qu’elle reste « volontaire » et non obligatoire.

La CR veut aller encore plus loin sur la transparence : « Nous voulons la transparence des marges. Il faudra dire sur l’étiquette quelle est la part qui revient à l’agriculture, et celle qui revient au distributeur. » Côté environnement, la CR plaide notamment pour « remettre des bêtes à l’herbe », en viande et en lait. L’objectif : produire moins pour l’international et davantage pour le marché intérieur, où la CR veut aller chercher de meilleurs prix et des soutiens publics supplémentaires en provenance du ministère de la Transition écologique.

La CR s’appuie notamment sur le succès de l’ICHN ou des aides Bio pour améliorer le revenu des agriculteurs. « En bio, nous sommes pour cinq ans de conversion, comme la FNSEA, mais avec une aide plus forte sur cette période. » Le marché du carbone intéresse aussi la CR, mais elle veut que la contractualisation soit aussi individuelle que possible, et non pas imposée par des groupements-coopératives. Son garde-fou : au moins 50 % du revenu doit être lié à la fonction nourricière.

La Conf' attend une révision en profondeur des aides

Alors que la campagne présidentielle frémit, Nicolas Girod se dit pour l’heure « circonspect ». « La manière dont les débats s’engagent n’est pas très enthousiasmante, mais nous allons essayer de rendre les sujets agricoles et alimentaires incontournables », prévoit le porte-parole de la Confédération paysanne. Principal objectif pour son syndicat : encourager les candidats à revoir en profondeur les aides publiques. « Nous aimerions qu’ils reprennent notre constat : entre le manque de renouvellement chez les paysans et les difficultés à bien s’alimenter pour les consommateurs, la politique agricole et alimentaire est un échec. »

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Coordination rurale
Suivi
Suivre

La Conf espère donc que les présidentiables repartiront de la base, « en partant de la demande ». Un projet de dialogue entre consommateurs et producteurs, qui pourrait aboutir à un projet de « sécurité sociale de l’alimentation ». Mais le syndicaliste en a conscience : « Ce type de système demandera beaucoup de temps avant d’être mis en œuvre ». D’autant plus que la majorité actuelle, s’inquiète-t-il, a repris le projet à son compte sous la forme des chèques alimentaires. Oubliant au passage la discussion autour de la nature du système agricole, estime Nicolas Girod. Un débat pourtant essentiel aux yeux de la Conf’.

Le syndicat devrait aussi se mobiliser pour exiger une politique foncière ambitieuse, un « préalable », selon Nicolas Girod, « si nous voulons installer plus de paysans demain ». Jugeant la loi Sempastous « trop facile à contourner », la Conf aimerait des mesures ambitieuses sur le renouvellement des commissions des Safer, ou sur la limitation de l’agrandissement des exploitations, avec une mise en réserve du foncier « tant qu’on n’a pas de candidat à mettre en face ». Autant de sujets que le syndicat devrait pousser à l’occasion du Salon de l’agriculture - s’il était maintenu -, et lors de son « salon à la ferme ». Quant au mandat qui s’achève : « On a l’impression d’avoir perdu cinq ans, avec un ministre qui reprend mot pour mot les déclarations du syndicat majoritaire », souffle Nicolas Girod.

L’installation au cœur des demandes du Modef

De son côté, le Modef attend le futur locataire de l’Élysée au tournant sur l’installation. « On veut vraiment que ce soit une priorité », souligne la directrice Sophie Bezeau. Le Modef aimerait voir « un million » de nouveaux paysans installés « sur les dix ou vingt prochaines années ». Il veut favoriser l’installation progressive « sur dix ans » et que soit mis en place « un prêt à taux zéro, plafonné à 30 000 € » pour les projets d’installation. Le Modef demande aussi « la prise en charge par l’État de 100 % des cotisations des nouveaux installés pendant cinq ans, contre 50 % aujourd’hui ». Le syndicat minoritaire appelle à créer une « subvention » pour les agriculteurs en fin de carrière afin de soutenir la transmission progressive d’exploitation. D’autre part, le Modef appelle à rejeter « tous les traités de libre-échange y compris le Tafta » et à sortir de l’OMC « pour pouvoir appliquer un prix garanti par l’État » aux productions agricoles. Il veut l’application des clauses miroirs et la création « d’un Smic européen à hauteur du Smic français ». Enfin, il appelle à soutenir l’approvisionnement local via notamment « la mise en place d’une taxe sur les produits alimentaires transformés au-delà de 500 km de leur lieu de production ».

« Nous souhaitons aussi que la réforme foncière puisse être reprise

La FNSEA multiplie les plateformes

En décembre 2021, la FNSEA a lancé un « manifeste pour des ruralités vivantes », rejoint depuis par 42 organisations, principalement économiques. Ces fédérations y égrènent dix « propositions d’urgence » pour les zones rurales, déclinées en quatre thèmes : l’emploi, la facilitation de l’activité des entrepreneurs ruraux au quotidien, le développement durable (neutralité carbone, revitalisation des centre-bourgs), et le vivre-ensemble. Deuxième plateforme, plus classique : le Conseil de l’agriculture française (1), qui a publié le 9 janvier son propre manifeste. Le document est structuré en cinq axes, le premier étant intitulé « mieux produire » (« valoriser l’acte de production en France », « ne pas sur-contraindre les agriculteurs avec des réglementations nationales », ou encore « traquer les pratiques de concurrence déloyale »). Le deuxième axe vise à « mieux promouvoir les métiers » et le troisième à « mieux valoriser les expertises et services environnementaux rendus par l’agriculture » (captation du carbone notamment). Le quatrième axe porte sur l’activité économique des zones rurales et le dernier sur l’Europe, avec la volonté de « préserver les capacités de production de l’agriculture européenne ».

(1) FNSEA, JA, APCA (chambres d’agriculture), CNMCCA (mutualité, coopération et crédit agricole).

Les Jeunes Agriculteurs demandent de nouveaux outils

« Il n’est pas suffisant de miser uniquement sur la bonne volonté des cédants, nous devons nous munir de nouveaux outils pour accompagner les transmissions et la libération du foncier », estiment les Jeunes Agriculteurs (JA). Ces outils sont : des systèmes de bonus/malus (fiscal, social, économique, etc.) en faveur des cédants qui transmettent à un jeune plutôt que de favoriser l’agrandissement. La mise en place des formations pour aider les cédants à appréhender leur départ. Des mesures fiscales et sociales pour les cédants transmettant à des jeunes, complémentaires aux bonus/malus (taxe sur le foncier non bâti, droits de mutation, etc.). Pour préserver les terres agricoles et en faciliter l’accès pour les porteurs de projet, les JA proposent de lutter contre l’artificialisation des terres agricoles et notamment assurer un développement cohérent des énergies renouvelables en s’opposant au développement de panneaux photovoltaïques au sol. Il appelle à développer des formes innovantes d’accès au foncier pour les jeunes et rénover le statut du fermage. Il demande la création d’une base unique des registres (cadastre, actifs, MSA, etc.) pour en faire un outil plus performant de gestion et de préservation des terrains agricoles.

« Produire global, agir local » : les propositions de la Coopération agricole

La Coopération agricole (LCA) a présenté en décembre sa plateforme de propositions à destination des candidats à l’élection présidentielle intitulée « Produire local, agir global : pour une souveraineté alimentaire par une croissance responsable ». Pour « restaurer notre souveraineté alimentaire », LCA identifie deux « priorités » : « favoriser l’approvisionnement en produits français de la restauration hors domicile et réduire la dépendance française aux protéines végétales importées ». Elle demande aux candidats de s’engager à « baisser les charges et poursuivre la baisse des impôts de production » et à « garantir l’absence de distorsion de concurrence entre les Etats membres [de l’UE] ». Elle soumet également l’idée de créer un fonds de transition agroécologique afin de « financer les investissements des entreprises dans la conversion écologique de leur modèle productif ». Enfin, elle recommande l’élaboration d’un programme européen de « réduction de l’insécurité alimentaire » et la rémunération « des services écosystémiques rendus par les exploitations agricoles ».