Avec 51 % des suffrages, Yannick Jadot a été élu candidat à la présidentielle pour Europe-Ecologie-Les Verts par les militants. Son programme reste à détailler, mais les orientations du parti comme ses propositions des primaires en indiquent les grandes orientations
L’avance est faible, mais elle suffit. Avec un peu plus de 2000 voix de plus que sa concurrente Sandrine Rousseau, Yannick Jadot a obtenu l’investiture des Verts le 28 septembre. « Avec vous, grâce à vous, je serai le président du climat », a promis Yannick Jadot aux militants rassemblés à Pantin. Sur les 104 000 votes exprimés lors du deuxième tour des primaires écologistes sur 122 000 au total, l’eurodéputé remporte au total 52 210 voix, contre 50 098 pour la professeure d’économie qui avait fait de l’éco-féminisme son mantra de campagne.
Invité le soir même sur le plateau de France 2, le nouveau candidat a affiché sa détermination : « Cette fois on ne vient pas pour témoigner, on vient pour gagner », a assuré Yannick Jadot, promettant une écologie pour « reconstruire notre économie ». « Des centres de recherche, des fermes, des associations s’emparent de ces sujets-là, créent de l’emploi qualifié, apaisent nos territoires et relocalisent notre économie, et c’est ça qui est important », a poursuivi le candidat officiel des Verts.
Alors qu’il avait évoqué un plan d’investissement pour la transition écologique de vingt milliards d’euros par an devant la presse début février 2021, Yannick Jadot a indiqué à France 2 que ce plan serait porté à 50 milliards s’il est élu. Évaluant l’effort à 2 % du PIB, l’eurodéputé envisage avant tout pour le financer de « conditionner les politiques publiques au climat, à la justice sociale, à l’égalité femme homme". « Aujourd’hui ce gouvernement dépense beaucoup d’argent mais donne plus à des entreprises qui polluent plus que la moyenne, souvent en oubliant les TPE et PME », s’est ému Yannick Jadot.
Premiers éléments de programme connus
Si les détails restent à définir par le candidat officiel, les primaires écologistes « ont déjà permis de définir un cadre programmatique », rappelle à Agra Presse Sophie Taillé-Polliant, sénatrice EELV du Val de Marne. Diffusée en mars 2020 par EELV, une feuille de route intitulée Prendre soin du vivant entend notamment « généraliser une agriculture paysanne, protectrice des terroirs et du vivant ». Un projet qui comprendrait à la fois la rémunération des services environnementaux, la création d’un label "bien-être animal", le développement de l’installation de producteurs par les collectivités, mais aussi la sanctuarisation de l’eau, ou le relèvement des objectifs climatiques à -60 % par rapport à 1990.
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Lors d’un débat du premier tour des primaires écologistes le 8 septembre sur LCI, Yannick Jadot a précisé son interprétation de ce cadre, en affirmant que sa première mesure, s’il est élu président, sera de « sortir de l’élevage industriel ». Sur son site de campagne, Yannick Jadot a également déjà dévoilé plusieurs autres mesures plus ou moins structurantes dans le secteur agroalimentaire. Des propositions allant de « la sortie progressive des pesticides de synthèse d’ici 2030 » à la « réduction de la consommation carnée », en passant par un approvisionnement 100 % bio et local des cantines, une part de 30 % des fonds de la Pac réservée « à des contrats de transition agricole et alimentaire passés avec les paysans », un abaissement de la TVA à 0 % pour le bio, ou encore « une Union d’action franco-allemande pour les transitions écologiques, politiques, économiques et sociales ».
Autant de pistes qui annoncent de nouveaux débats houleux avec le syndicat majoritaire. « Nous allons nous empresser d’aller le rencontrer pour lui présenter la réalité de l’agriculture française, et qu’au moins nous puissions nous mettre d’accord sur les chiffres sous l’angle de la vérité », réagit Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA, interrogée par Agra presse. Comme elle le rappelle elle-même, Christiane Lambert s’était vivement opposée à Yannick Jadot sur le dossier betteraves à l’université d’été du Medef en 2020. « Sur la Pac également, il a eu des positions qui n’étaient pas les nôtres, alors que cette nouvelle version marque un gros virage vert », souligne Christiane Lambert.
« On vient pour gagner »
Yannick Jadot, parcours d’un militant
Économiste de formation, Yannick Jadot a occupé la direction des campagnes de Greenpeace de 2002 à 2008, après un passage dans la solidarité internationale. Eurodéputé vert depuis 2008, il a été nommé porte-parole d’Eva Joly pour la campagne présidentielle en 2011, démissionnant quelques mois plus tard en raison de la distance que la juge norvégienne souhaitait prendre avec le Parti socialiste. Vice-président de la commission du commerce international au Parlement européen, il remporte ensuite une première fois les primaires écologistes en 2017, avant de se retirer au profit du socialiste Benoit Hamon. Tête de liste aux européennes pour les Verts en 2019, il permet à sa formation de remporter le score remarqué de 13,2 %. À l’issue de ce scrutin, il dévoile sa relation avec Ia journaliste Isabelle Sapporta, auteure de plusieurs enquêtes dédiées au secteur agricole, dont Le livre noir de l’agriculture (Fayard, 2011) ou Vino business (Albin Michel, 2014).