Les mesures annoncées dans le plan viticole ne vont pas permettre de remédier à la crise, selon les organisations professionnelles de la filière car elles sont insuffisantes en regard des besoins. La distillation de crise – pour soulager le marché – et la réforme de l’OCM – pour se tourner davantage vers l’exportation – restent les principaux espoirs du monde viticole.
Si le plan dévoilé par Dominique Bussereau le 29 mars a été accueilli par les principales organisations professionnelles viticoles comme allant « dans le bon sens », ces dernières ont regretté qu’il ne soit pas « à la hauteur des besoins exprimés ». La CCVF (caves coopératives), la CFVDP (vins de pays), la Cnaoc (producteurs d’AOC) et les VIF (vignerons indépendants) ont formulé ce constat dans un communiqué de presse commun. Sans savoir d’ailleurs si les sommes détaillées dans ce plan viticole (au total 38 M euros d’aides conjoncturelles et 40 M euros en prêts de consolidation) s’ajoutaient à celles annoncées précédemment ou les englobaient. La Confédération paysanne estimait de son côté que le plan n’apportera pas de remède à la crise car « peu d’argent en regard des besoins parviendra aux producteurs ». Le syndicat craint que nombre d’exploitations plongent encore après les vendanges 2006.
Distillation : une indemnité insuffisante
A court terme, la distillation soulève plus d’espoir pour redynamiser le marché français. La demande formulée à hauteur de 4 Mhl par le gouvernement à Bruxelles, est largement supérieure aux précédentes distillations mais ne paraît pas excessive. Les professionnels craignent toutefois que l’indemnité proposée par Bruxelles soit trop peu incitative même si elle est relevée pour les AOC. L’an dernier Bruxelles avait accordé une distillation de crise à la France pour 1,5 Mhl (AOC uniquement), indemnisé 3,35 euros le degré hectolitre (au lieu de 1,914 euro le degré hectolitre pour les vins de table). La France a péniblement distillé 1 Mhl en raison de la faiblesse de l’indemnisation. « A ce prix-là, on ne couvre pas les coûts de production », précise un représentant de la filière. Le problème pourrait se reproduire cette année, d’autant que la moitié du contingent concerne les vins de table et de pays.
« La réussite de la distillation dépend de l’engagement des professionnels mais aussi du soutien complémentaire que doivent apporter les pouvoirs publics nationaux », écrivent les organisations viticoles dans leur communiqué.
Export : le négoce très critique
Reste les mesures structurelles qui, pour l’essentiel, concernent l’organisation par bassin, l’assouplissement des pratiques œnologiques, des regroupements aval (coopératives surtout) et des aides à l’exportation.
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L’assouplissement des pratiques œnologiques (copeaux et désalcoolisation) est diversement apprécié. Il peut apporter un peu d’air mais sans doute provisoirement, selon la Confédération paysanne. Car il va placer le vin français sur les mêmes marchés que les vins du Nouveau monde, produits à prix plus compétitifs. Les autres organisations y voient une « innovation ».
Quant aux aides export (12 millions euros), elles sont mal employées, selon le commerce.
« Il semblerait que l’on s’apprête à soutenir des initiatives à l’exportation qui ne pourraient qu’être de nature à fragiliser l’offre française en dispersant encore plus le nombre de ses opérateurs », ont estimé la FEVS (exportateurs), EGVF (négociants) et AFED (embouteilleurs) dans un communiqué commun. La production viticole les a jugé insuffisantes. « Des moyens beaucoup plus importants doivent être mobilisés par des crédits vers la communication aurpès des consommateurs et le soutien à la commercialisation et au travers de l’Organisation commune des marchés », ont écrit la CCVF, la CVDP, la Cnaoc et les VIF. La réforme de l’OCM soulève l’espoir. En effet, France, Italie, Espagne et Portugal viennent de s’entendre sur un memorandum. Ils ont défini les grands axes de la réforme qu’ils veulent défendre ensemble devant la Commission européenne et les pays non producteurs. Les professionnels espèrent trouver un nouvel équilibre du marché européen à travers une OCM plus orientée vers l’exportation.