Abonné

Faim dans le monde Produire plus pour nourrir l’humanité en 2050 serait une fausse solution

- - 4 min

Le rythme de production alimentaire est de 0,4% supérieur au rythme d’accroissement de la population depuis 1950, selon le démographe et historien Hervé Le Bras qui s’est exprimé lors d’un débat organisé par l’Afja (Association française des journalistes agricoles) le 11 mai 2010 à Paris sur le thème « Produire plus pour nourrir la planète ou manger moins de viande ? ». Si multiplier la production agricole mondiale par 2 ou 3 pour nourrir les 9 milliards d’humains en 2050 n’est pas une solution, quelle est-t-elle ?

Produire plus pour nourrir la planète ou manger moins de viande ? Telle est la question qui a été posée le 11 mai 2010 à Paris dans le cadre d’un débat organisé par l’Afja (Association française des journalistes agricoles). Or, le rythme de production alimentaire est déjà 0,4% supérieure au rythme d’augmentation de la population, selon le démographe et historien Hervé Le Bras. Doubler la production agricole mondiale pour nourrir les 9 milliards d’humains en 2050 serait donc une fausse solution, si l’on en croit le spécialiste. « Je ne pense donc pas que la croissance démographique soit un vrai problème. La baisse est quasi générale dans le monde, et c’est un mouvement irrévocable. Dire que c’est l’explosion démographique qui est responsable, c’est une façon de rejeter le problème sur les pays du Sud. Et dire qu’il faut manger moins de viande c’est rejeter la faute sur les pays du Nord », a-t-il déclaré en guise d’introduction.
« On a augmenté la disponibilité alimentaire en 20 ans en multipliant les rendements par deux, a expliqué Marion Guillou, présidente-directrice générale de l’Institut de recherche agronomique (Inra). Avant on avait besoin de 0,45 hectare pour nourrir une personne, maintenant on a besoin que de 0,25 hectare. Mais en revanche, ce sont les écarts entre régions du monde qui augmentent. »

Une disponibilité alimentaire inégalement répartie
« En France, 45% des calories dans l’alimentation sont d’origine animale. Au Nigeria, elles représentent 3%. Je me suis donc posé la question : combien pourrait-on nourrir de personnes en adoptant le régime alimentaire européen ?, a expliqué Hervé Le Bras. La réponse est 3 milliards d’habitants. Mais en adoptant ce schéma, on va vers une impossibilité. Je ne recommande pas d’être végétarien mais on pourrait nourrir tout le monde avec 18% de calories d’origines animales. Le principal ennemi des pauvres ce ne sont pas les riches mais les vaches des riches. » Une idée reprise par Jean Claude Bevillard, secrétaire national de France Nature Environnement chargé des questions agricoles, qui a mis en garde contre les importations massives de nourriture provenant des pays tiers pour le bétail européen. « L’élevage en Europe contribue à la déforestation en Amazonie », a-t-il déclaré. Autant d’annonces qui n’ont pas été sans susciter l’émoi de certains défenseurs de l’élevage présents lors du débat. « Les importations de soja ne représentent que 6% de l’alimentation des bovins. Est-ce qu’on doit s’alerter pour 6% ? », a renchéri Louis Orenga, directeur du Centre d’information des viandes (Civ).

Consensus en faveur de la nécessité de l’élevage dans le monde
Au final, un seul consensus semble avoir trouvé place lors du débat. Celui de favoriser une analyse globale, tenant compte des nombreuses différences régionales. « Il faut travailler à un meilleur équilibre des différents types d’élevages », a rappelé Marion Guillou. « Les discours qui partent d’un constat mondial ne s’adaptent pas à chaque région. On regarde les systèmes de production des pays tiers et on en arrive à la conclusion qu’il faut arrêter de manger de la viande rouge, regrette Louis Orenga. Donnons une information correcte ! La mondialisation actuelle de la communication à propos de la viande a le même effet pervers que la mondialisation de la finance. »

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

production agricole
Suivi
Suivre