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Protéines de lait in-vitro : une première demande d’autorisation en UE

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L’entreprise états-unienne Perfect Day a déposé un dossier auprès de la Commission européenne pour obtenir le droit de commercialiser ses protéines de lait issues de la fermentation de précision sur le marché intérieur.

Autorisées depuis 2020 aux États-Unis, les protéines de lait issues de la fermentation de précision fabriquées par Perfect Day pourraient débarquer sur le marché européen dans les années qui viennent. En effet, l’entreprise américaine a déposé récemment un dossier auprès de la Commission européenne pour obtenir une autorisation de mise sur le marché dans le cadre de la procédure « novel food » (« nouvel aliment »). Perfect Day est la première entreprise au monde à avoir commercialisé ce type de protéines. Elle fabrique de la bêta-lactoglobuline, une protéine présente dans le lactosérum, qui est utilisée comme ingrédient dans des glaces ou des substituts végétaux au fromage, dont ceux de la gamme Nurishh vendus par le groupe Bel aux États-Unis. Avant de donner son feu vert à Perfect Day, l’administration européenne doit s’assurer que les protéines issues de la fermentation de précision sont aussi sûres que d’autres protéines comparables déjà mises sur le marché en Europe, ne présentent aucun risque pour la santé humaine et ne sont être de qualité nutritionnelle inférieure.

À l’issue d’une première évaluation de la demande, la Commission validera ou non la candidature de l’entreprise et mandatera l’Autorité européenne de la sécurité des aliments (Efsa) pour réaliser une évaluation approfondie des risques. L’Efsa produira un avis sur lequel se baseront les États membres et la Commission pour décider si ces nouvelles protéines peuvent rejoindre la liste des aliments autorisés en Europe. La durée totale du processus est au minimum d’un an et demi. Pour l’heure, aucun dossier n’est arrivé entre les mains de l’Efsa. Perfect Day ne serait pas la seule entreprise à avoir soumis sa candidature auprès de la Commission. D’après Christophe Lafougère, consultant au sein de l’entreprise Gira, un autre dossier aurait été déposé. Interrogée par Agra Presse, la Commission n’a pas donné de précisions à ce sujet.

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Autorisées dans quatre pays

Quatre pays autorisent la vente de protéines de lait fabriquées par fermentation de précision, a expliqué Christophe Lafougère à l’occasion d’une conférence sur les marchés mondiaux des produits laitiers, organisée par l’Institut de l’élevage (Idele), le 7 juin. Les États-Unis, pionniers en 2020, ont été suivis par Singapour, Israël et l’Inde. Le Royaume-Uni et le Canada se montrent également très intéressés.

L’arrivée de ces nouvelles protéines est-elle une menace pour la production laitière traditionnelle ? Les avancées technologiques sont suivies de près par les grandes laiteries qui, pour certaines, y voient une opportunité de diversifier leurs activités. Outre son partenariat commercial avec Perfect Day, Bel a signé en 2022 un partenariat de recherche avec Standing Ovation, l’une des trois start-up françaises du secteur (avec Bon Vivant et Nutropy). De grands groupes internationaux investissent dans le secteur comme l’américain General Mills le suisse Nestlé, le néerlandais FrieslandCampina, l’israélien Tnuva ou le néozélandais Fonterra. D’autres sont encore frileux à l’idée de se lancer, à cause principalement des limites de la fermentation de précision. La technologie ne permet de fabriquer « qu’une protéine à la fois », souligne Christophe Lafougère. Le débouché principal pour ces protéines sera l’amélioration des alternatives végétales aux produits laitiers, notamment pour les similis de fromage dont les fabricants peinent à imiter le goût des produits traditionnels. Certaines entreprises imaginent déjà d’autres applications : dans les peintures à base de caséine ou les produits de beauté, par exemple.

Un autre dossier aurait été déposé

L’amélioration des alternatives végétales aux produits laitiers