Abonné

Protéines : les Vingt-sept demandent une stratégie aux contours flous

- - 3 min

Tout le monde est d’accord sur l’objectif : il faut réduire la dépendance de l’UE aux importations de protéines végétales destinées principalement à l’alimentation animale. Mais sur la manière d’y parvenir, et notamment la place à accorder à l’élevage et à la viande de synthèse, les ministres de l’Agriculture de l’UE sont beaucoup plus divisés.

Tous les ministres de l’Agriculture de l’UE ont demandé à la Commission européenne, lors de leur réunion du 18 novembre, de présenter au plus vite une stratégie sur les protéines végétales. Mais s’ils s’accordent sur la nécessité de réduire la dépendance de l’UE aux importations de soja notamment, ils sont moins unanimes sur les moyens d’y parvenir. Principal sujet de discorde qui est ressorti de leur discussion sur la base d’un document présenté par l’Allemagne et le Danemark : la place à donner à la viande dans cette stratégie. Les uns (Italie, France, Autriche) préviennent que la viande de laboratoire ne devra pas être considérée comme une option. Le ministre hongrois Istvan Nagy, dont le pays préside actuellement le Conseil de l’UE, a partagé ces préoccupations. Or, dans leur document, l’Allemagne et le Danemark promeuvent la recherche et de l’innovation dans le domaine des sources alternatives de protéines, et ce qu’ils appellent les « protéines vertes ». Un concept trompeur « utilisé comme un outil de marketing, basé sur des affirmations non scientifiques et non fondées », estime le think tank Farm Europe.

Protéiforme

Beaucoup de délégations (France, Italie, Autriche, Roumanie, République tchèque) précisent aussi qu’il ne faudra pas non plus remettre en cause la consommation de viande en Europe. Pour certains (Grèce en particulier), ce sont des protéines d’insectes dont il n’est pas question de discuter. Quelques-uns (Finlande, Portugal, Pays-Bas) ne manquent pas non plus de souligner l’importance de l’innovation, et en particulier des nouvelles techniques de sélection génomiques (NGT), pour améliorer les rendements dans l’UE. Autre sujet : les soutiens de la Pac. Le Luxembourg et la Bulgarie ont rappelé l’importance des aides couplées pour développer la production de protéines végétales notamment pour l’alimentation animale. Le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, en conférence de presse, a estimé qu’il faudrait même augmenter ces aides couplées à 5 % pour les protéagineux. « Je crois que c’est nécessaire. » Actuellement la part maximale des aides couplées dans le budget du premier pilier est fixée à 13 % avec la possibilité de porter ce plafond à 15 % si les aides supplémentaires sont destinées aux protéines végétales.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Commission européenne
Suivi
Suivre

Lire aussi : Protéines végétales : changer d’alimentation, meilleur moyen de réduire le déficit de l’UE

Tous ces éléments devront être abordés par la Commission européenne, qui s’était engagée à présenter une stratégie sous la précédente mandature mais s’en est finalement tenue à quelques rapports. La Vision pour l’agriculture et l’alimentation, qui doit être adoptée par la future Commission dans les 100 premiers jours de son mandat, « constituera certainement une étape importante dans la révision de la politique protéique de l’UE », assure Janusz Wojciechowski.