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Quand les Africains investissent en Afrique

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Pour apporter des capitaux et moderniser le continent, il n’y a pas que les Chinois, Américains ou Français. Depuis quelques années, les Africains eux-mêmes investissent dans des pays voisins. C’est ce qu’a notamment montré une récente conférence intitulée « Investir au Cameroun » fin mai, à Yaoundé.

Du Nigéria au Cameroun : Tony Elumelu (TEEP), économiste du Nigeria et président de la United Bank for Africa (UBA) est à l’origine d’un programme d’investissement au Cameroun. « Nous avons vu des opportunités au Cameroun depuis 2008 et nous y sommes depuis. En fait, depuis que nous investissons en Afrique, le Cameroun est le premier pays francophone dans lequel nous nous sommes établis. Et nous réussissons très bien depuis neuf ans que nous opérons dans le marché », expliquait Tony Elumelu à l’ouverture de la conférence de Yaoundé.

De quoi s’agit-il ? Président depuis 2010 de Heirs Holdings, une société d’investissement, Tony Elumelu accompagne depuis deux ans les agriculteurs sur des plateformes commerciales basées au Nigeria et en Afrique de l’Est. Ces plateformes commerciales aident les agriculteurs à devenir des entrepreneurs en leur donnant accès aux marchés multiples et concurrentiels d’acheteurs, afin de leur permettre de vendre leurs produits aux meilleurs prix. Le programme ambitionne de rendre les petits exploitants agricoles plus compétitifs en facilitant la vente de produits de qualités similaires pour satisfaire de grosses commandes dans les zones urbaines. Quarante-quatre jeunes Camerounais font partie de son programme. 25 % d’entre eux sont dans le secteur agricole. Objectif : promouvoir l’accès à la nutrition et la sécurité alimentaire au Cameroun. « Je crois que le secteur privé a un rôle à jouer dans le développement de l’Afrique. Je crois que nous devons reconnaître et prendre cette responsabilité en faisant des investissements à long terme dans des secteurs stratégiques, qui offrent des dividendes aux actionnaires et des “dividendes sociales„ à la société. J’appelle ça l’Africapitalisme », explique Tony Elumelu.

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Avec sa fondation, en collaboration avec le gouvernement camerounais, l’entrepreneur nigérian souhaite mettre en place des programmes concrets et des politiques qui encouragent plus de jeunes Camerounais à entreprendre. Mais tout dépendra de la rapide transformation économique du pays. Pour le Nigérian Ade Ayeyemi, directeur général de la banque commerciale Ecobank, l’aspect multilingue du Cameroun est intéressant. Non seulement il a le Nigéria comme voisin mais il se trouve aussi au sein de la Communauté Économique et Monétaire des Etats de l’Afrique Centrale (CEMAC). De quoi permettre d’atteindre un marché de 240 millions de personnes. " Un grand marché au nombre d’habitants équivalant à celui des Etats Unis », observe Ade Ayeyemi.

Les investissements au Cameroun sont facilités par la possibilité d’avoir davantage une vision à long terme. Le gouvernement y a mis en place un « plan d’émergence » capable d’améliorer les infrastructures du pays. Ce qui se concrétise par l’investissement dans vingt-quatre projets structurants représentant plus de 2,5 milliards d’euros. Un des objectifs vise à faire participer la jeunesse à la mise en valeur de la production agricole. « L’agriculture perçue comme un problème, peut devenir une solution si on arrive à sédentariser les agriculteurs par l’implication de la jeunesse, si on arrive à augmenter les rendements », explique Denis Sonwa, chercheur au Centre de recherche forestière international (CIFOR). A travers le secteur privé, elle est présentée comme celle qui peut accompagner les investisseurs tels que Tony Elumelu.