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Quels cépages pour produire du bordeaux en 2050 ?

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Les cépages représentent une parcelle de 2,5 hectares. Crédits : © La Tour Carnet

Le château La Tour Carnet, dans le Médoc, suit l’évolution de 91 cépages différents pour tester leur adaptation aux nouvelles conditions climatiques et leur capacité à produire des vins qui conservent la typicité des bordeaux. Le but est de continuer à produire des vins de qualité à l’horizon 2050.

Même si les premiers pieds de vignes ont été plantés en 2013, on est encore loin de la conclusion pour la vaste étude menée au château La Tour Carnet, grand cru classé du Médoc et propriété de la Maison Bernard Magrez, pour identifier quels seront les cépages capables de s’adapter au changement climatique tout en produisant des vins qui préservent la typicité des bordeaux.

« Dans les prochaines années, le climat va encore évoluer, notamment en ce qui concerne les vagues de chaleur qui, de 8 par an en moyenne aujourd’hui, devraient passer à 34 par an en 2050 », prévoit Lucile Dijkstra, directrice d’exploitation du château La Tour Carnet, sur la base des données scientifiques disponibles. Pour la France, les températures vont continuer d’augmenter, même en respectant l’Accord de Paris. Avec des conséquences déjà visibles sur les vignes (végétation sortie plus tôt, maturation pendant les périodes chaudes) et sur les vins plus alcoolisés et moins goûteux (augmentation des sucres, augmentation des pH, perte de certains arômes et de la fraîcheur).

La piste de la diversité variétale

Aujourd’hui, face à ce constat, la piste de la diversité variétale est explorée. Sachant qu’une perte de cette diversité a été observée dans la région bordelaise, de 21 différents au XIXe siècle à 6 de nos jours (cabernet-sauvignon, cabernet-franc, carménère, merlot, malbec et petit verdot). Etudier à nouveau ces cépages quelque peu oubliés est donc une des solutions à envisager, chaque cépage ayant ses caractéristiques en termes de comportement face aux aléas climatiques mais aussi de typicité du vin obtenu.

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Sur les 91 cépages plantés sur une parcelle de 2,5 hectares (vinifiés séparément dans 91 cuves thermorégulées), certains ayant été cultivés dans le bordelais, d’autres venant du bassin méditerranéen, quelques tendances peuvent être identifiées. Le manseng noir, l’arinarnoa, le fer servadou, le duras (deux variétés autorisées dans le bordelais en 1935) et le vinhao (originaire du Portugal) sont les cinq variétés rouges qui présentent une forte typicité bordelaise. Mais, d’un point de vue de l’adaptation au changement climatique, trois cépages se détachent : l’arinarnoa, le fer servadou le vinhao, caractérisés par leurs maturités tardives. « En 2022, seul le duras présentait des signes de stress hydrique assez avancé, malgré la sécheresse du millésime. Les tolérances aux maladies sont encore à l’étude car le millésime 2022 était trop sain pour clairement distinguer des comportements différents », note la Maison Bernard Magrez.

L’étude pour identifier quels seront les cépages vraiment adaptés aux bordeaux de 2050 n’est pas terminée. Mais la réglementation évolue. Ainsi l'INAO a récemment approuvé l'introduction de six nouveaux cépages, dont l'arinarnoa.