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Récolte de la fleur de chanvre : premières pistes agronomiques

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Des essais agronomiques ont été réalisés sur la récolte 2020 dans la perspective d’une autorisation du gouvernement de récolter la fleur et la feuille de chanvre. Les premiers résultats laissent entrevoir deux grandes voies : celle d’une grande culture et celle d’une culture maraîchère. La première a la préférence de la filière historique représentée par Interchanvre, la seconde convient aux nouveaux entrants du SPC.

Dans l’attente d’une autorisation imminente de Matignon et du ministère de l’Agriculture de récolter la fleur et la feuille de chanvre, les producteurs de chanvre se préparent en examinant différents itinéraires culturaux. Récolter la fleur n’est pas sans conséquence sur le rendement et la qualité de la fibre.

Deux grandes voies agronomiques sont possibles pour obtenir du cannabidiol (CBD), cette molécule si recherchée pour ses atouts dans différents domaines (en nutrition humaine, en produits de bien-être, en cosmétique). Des essais ont été menés avec la récolte 2020, par l’interprofession InterChanvre. Une seconde année d’essais aura lieu dans le courant de l’été avec la récolte 2021. Voici déjà les premières conclusions de la première année d’essais.

Quand on privilégie la fibre…

Une première voie consiste à cultiver assez classiquement, et moduler les dates de récolte. Dans cette voie, le chanvre peut par exemple être récolté bien après la floraison, en septembre, comme c’est le cas traditionnellement. Ainsi on n’altère pas les qualités de la fibre. Le seul changement est la récupération des sépales, ces organes qui soutiennent la corolle de la fleur. On extrairait ainsi du CBD. La teneur en CBD est faible, mais sur les 20 000 ha de chanvre récoltés en France, on pourrait extraire une dizaine de tonnes de CBD par an ainsi, selon l’interprofession InterChanvre.

Toujours dans cette voie classique, au lieu de récolter comme d’habitude en septembre, on peut aussi récolter le chanvre quinze jours après la floraison. Mais les essais réalisés l’an dernier n’ont pas été concluants, la qualité de la fibre n’étant pas assez mature pour l’approvisionnement des marchés spécifiques (isolation, papeterie, plasturgie etc.).

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Deuxième itinéraire cultural : on réduit fortement la densité de pieds de chanvre. Au lieu de semer 200 pieds au mètre carré, on descend à 2. La plante forme ainsi un buisson couvert de fleurs. Cette voie s’apparente plus à l’horticulture qu’à la grande culture qui est actuellement pratiquée pour la production de fibre. Le nombre de fleurs par pied augmente fortement, mais il faut biner pour désherber. Le coût de la main-d’œuvre reviendrait à 20 000 € par hectare, selon l’interprofession. Avec cet itinéraire, la tige prend l’apparence d’un « tronc ». InterChanvre n’a pas identifié de débouchés à ce jour pour le reste de la biomasse.

Une filière maraîchère

Ce deuxième itinéraire cultural est celui en faveur duquel penche le Syndicat des professionnels du chanvre (SPC), constitué en 2018. Cet organisme rassemble des boutiques de CBD, des buralistes et des agriculteurs prêts à cultiver du chanvre pour une filière française du CBD, aujourd’hui intégralement importé. « Le profil d’agriculteur adapté est celui du maraîcher, plus que celui du producteur de grandes cultures », estime Aurélien Delecroix, président du SPC. En désaccord sur ce point avec InterChanvre, il estime « hasardeux de réduire la filière du CBD à une biomasse CBD de faible valeur ajoutée réduite à la vision d’un coproduit. Cela limiterait grandement l’intérêt des chanvriers indépendants qui souhaiteraient cultiver le chanvre principalement pour ses principes actifs ».

Les retours d’expérience venus de tous les pays disposant d’une filière de production de chanvre à destination du CBD « prouvent que cet itinéraire cultural de grandes cultures ne doit pas être le seul possible car pas forcément le plus aligné avec des enjeux propres à notre filière qui vise, elle, la valorisation du principe actif de la plante », indique le SPC dans un document de cinq pages présentant sa position. Le coût d’extraction élevé pousse en effet cultivateurs et transformateurs à privilégier des variétés et des itinéraires culturaux favorisant le fort titrage en principes actifs, le retour sur investissement à l’extraction étant « bien meilleur ».

Le SPC souhaite développer la voie de la culture en buissons, par l’accès à des techniques agricoles qu’il cite : la sélection variétale (bouturage, clonage) et la possibilité d’avoir recours à des graines féminisées. Cela pour éviter le coût de main-d’œuvre élevé que suppose l’arrachage des plants mâles garantissant une qualité de fleurs, sans graine, garante de taux élevés de CBD.

« Le profil d’agriculteur le plus adapté est celui du maraîcher »