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OCM Vin Réforme radicale de l’OCM vin en perspective

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Après la grande refonte de la Politique agricole commune de 2003, la révision du régime sucre l’an passé, la Commission européenne s’attaque à présent à la réforme de l’Organisation commune de marché du vin. A l’occasion d’un séminaire sur le sujet, à Bruxelles le 16 février, Mariann Fischer Boel, la commissaire à l’Agriculture, a montré sa détermination à s’attaquer aux derniers bastions de l’intervention communautaire sur les marchés. Elle veut forcer le secteur à se restructurer pour lui permettre de reconquérir les marchés perdus au profit des vins du Nouveau Monde en Europe et dans le monde. Et revoir l’utilisation du 1,2 milliard d’euros communautaire englouti par l’OCM. L’industrie et le commerce du vin partagent l’essentiel de son analyse.

Les règles qui régissent le marché et l’étiquetage du vin sont-elles caduques ? C’est la question lancée par Mariann Fischer Boel, la commissaire européenne à l’Agriculture, lors d’un séminaire sur l’avenir du marché du vin, le 16 février. Elle avait convié à Bruxelles plus d’une centaine de professionnels de la filière pour se forger un avis avant de présenter un projet de réforme de l’Organisation commune de marché. « Un dossier qu’en tant qu’ancienne ministre de l’Agriculture danoise, la commissaire ne connaît absolument pas », s’amuse l’une des participantes. Pourtant, face à la crise que traverse le monde du vin, les solutions qu’elle va présenter dans les prochains mois sont très attendues.

« Nous devons changer »

Mariann Fischer Boel a d’ores et déjà affiché ses priorités, à l’occasion de cette rencontre avec les professionnels et les représentants d’associations de consommateurs : la réforme doit permettre d’accroître la compétitivité des producteurs de vins européens et de renforcer la réputation de leurs produits afin de regagner les parts de marchés perdues ces dernières années en Europe et dans le monde, et ce, sans porter atteinte aux meilleures traditions de production de vin. « Il est évident que nous devons changer, que nous devons le faire maintenant et que nous devons décider une réforme solide et fiable », a insisté la commissaire à l’ouverture du séminaire.

Les interventions des différents participants ont, semble-t-il, conforté la Commission européenne dans son analyse des problèmes du secteur : les outils dont elle dispose par le biais de l’OCM ne sont pas satisfaisants car ils n’ont pas permis de réduire le déséquilibre récurrent entre la production et la consommation de vin, tire-t-elle comme première conclusion des débats.

Répondre aux attentes des consommateurs

Par ailleurs, l’OCM contient des règles sur les pratiques œnologiques, l’étiquetage, la définition du vin, notamment les vins de qualité produits dans des régions spécifiques et les vins d’appellations qui nécessitent une redéfinition pour mieux répondre aux attentes des consommateurs. Elles doivent en particulier permettre de mêler respect des traditions et ouverture sur les nouvelles techniques de production, d’étiquetage et de marketing.

De l’avis des participants, la réforme de l’OCM vin devra donc renforcer la compétitivité du secteur, en conclut la Commission. Elle doit pousser l’industrie du vin à se moderniser tout en préservant le caractère authentique des produits.

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Pour y parvenir, la Commission devrait développer des outils d’analyse du marché, simplifier le cadre réglementaire et jeter les bases d’une politique du vin plus soucieuse des questions de santé et de protection des consommateurs.

Une « forte adaptation » est nécessaire, pour le CEEV

Bruxelles ne cache donc pas sa volonté d’imposer une restructuration rapide du secteur qui permette de réduire la capacité de production de la filière européenne dès les prochaines années. Elle souhaite rationaliser l’usage des fonds communautaires. En d’autres termes, elle entend bien réduire les dépenses d’intervention sur les marchés comme elle l’a déjà fait pour la plupart des autres productions agricoles en 2003 et améliorer l’utilisation du 1,2 milliard d’euros consacré chaque année au secteur.

Cette analyse est proche de l’option préconisée par les industriels et les distributeurs de vin. Le Comité européen des entreprises vins (CEEV) qui compte parmi ses membres l’EGVF (Entreprises de grands vins de France) et la FEVIS (Fédération française des vins spéciaux) estime « ne plus pouvoir se satisfaire d’une OCM limitée aux aspects de gestion du potentiel de production et de certains aspects réglementaires ». Face à « la baisse de la consommation » et aux « pertes de parts de marché », l’organisation dénonce « l’esprit protectionniste et de repli sur lui-même » du secteur.

Elle s’affiche ouvertement en faveur d’une réforme radicale de l’OCM qui passe, selon elle, par une « adaptation forte » des mesures d’intervention conjoncturelles. Celles-ci, « justifiées d’un point de vue social, n’en sont pas moins perturbatrices et retardatrices des nécessaires adaptations des produits aux besoins du marché », tranche le CEEV.

Les producteurs ne partagent pas cette analyse. Pour eux, les principes fondamentaux de l’OCM doivent être maintenus. Ils refusent une réforme qui ne prendrait pas en compte les spécificités du secteur et lui imposerait un remodelage tel qu’il a été opéré pour la plupart des autres filières, en 2003.