Les experts vétérinaires de l’UE ont rejeté sans ménagement, le 2 juin, la proposition de la Commission de Bruxelles visant à autoriser l’utilisation de bains chlorés pour la décontamination des carcasses de poulet. Seule la Grande Bretagne a préféré s’abstenir pour ne pas s’attirer les foudres de Washington qui a fait de ce sujet l’une des priorités du dialogue transatlantique.
Les Etats membres de l’UE ne veulent pas de poulet chloré américain dans les rayons des grandes surfaces. Et ils l’ont fait savoir à la Commission de Bruxelles lors d’une réunion, le 2 juin, de leurs experts vétérinaires. A l’approche du sommet UE/Etats-Unis du 10 juin, la Commission voulait satisfaire Washington qui depuis plusieurs mois multiplie les pressions en vue de relancer ses exportations de viande de volaille à destination de la Communauté. Vingt-six représentants des pays de l’UE sur vingt-sept ont voté contre. Seul l’expert britannique a préféré s’abstenir.
Durant les trois prochains mois, il reviendra aux ministres de l’Agriculture de confirmer ce vote. Vraisemblablement, ils suivront l’avis de leurs experts tant l’utilisation de bains chlorés pour nettoyer la viande va à contre-courant des pratiques du Vieux continent : autoriser cette technique reviendrait à balayer d’un revers de main tous les efforts consentis par les producteurs européens pour empêcher, de façon plus naturelle, le développement des bactéries.
Cinglant désavœux
Ce vote constitue un désavœux cinglant pour Gunter Verheugen. Le commissaire allemand s’est, en effet, engagé auprès des Etats-Unis à trouver un accord pour rouvrir les portes de l’Europe au poulet chloré américain avant le sommet UE/Etats-Unis. Une mission impossible désormais.
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Les experts des Vingt-sept n’ont pas été sensibles aux messages de prudence lancés par la commissaire à la santé. Androulla Vassiliou avait assorti son projet d’autorisation d’une série de clauses restrictives. Seules quatre substances auraient été autorisées. Les professionnels n’auraient pu utiliser qu’un seul produit décontaminant et rincer à l’eau potable la viande. De plus, les produits traités par cette méthode auraient dû faire l’objet d’un étiquetage afin d’en informer les consommateurs. Par ailleurs, afin de protéger l’environnement, la Commission proposait de soumettre les industriels à de nouvelles normes de qualité de l’eau.
Aucune contrepartie
A présent, il reste à savoir si Gunter Verheugen poursuivra ses pressions pour obtenir malgré tout la levée des réticences européennes. Il avait, en effet, assuré il y a quelques semaines, que l’hostilité des ministres de l’Agriculture ne lui faisait pas peur. Et que, s’il le fallait, il porterait ce sujet au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement. Mais quoi qu’il en soit, pour convaincre les Etats membres, le dossier présenté par la Commission pâtit d’une faiblesse majeure : à aucun moment, Bruxelles n’a été en mesure de présenter d’éventuelles contreparties américaines à l’autorisation de cette pratique contestée en Europe.