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Claire Chambolle, économiste à l'Inrae Relations commerciales : « Il est dangereux d’instaurer une sorte de prix plancher »

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Une loi Egalim 2 est désormais sur les rails. Claire Chambolle, spécialiste des relations commerciales à l'Inrae, livre à Agra Presse son appréciation des principales mesures sur la table.

La récente proposition de loi du député Grégory Besson-Moreau propose la pluriannualité des contrats entre les agriculteurs et leurs acheteurs. Est-ce un bon outil de rééquilibrage des relations commerciales ?

Mettre en place un cadre pluriannuel n’est pas une idée nouvelle. Encourager les relations de long terme entre les industriels et les agriculteurs paraît être une bonne idée. Cela permet à l’agriculteur d’avoir une certaine visibilité et d’engager des investissements. Toutefois certaines filières ont besoin de flexibilité, et certains acteurs ne veulent pas s’engager sur trois ou cinq ans. Dans le secteur laitier, la contractualisation de long terme, qui est déjà obligatoire et pluriannuelle, ne semble pas avoir renversé le rapport de force. Car qui dit contrats pluriannuels ne veut pas dire que les prix ne sont pas renégociés chaque année.

De nombreux acteurs, la FNSEA en tête, veulent renforcer la prise en compte des indicateurs de coûts de production dans le cadre de la contractualisation. Quelle implication cela pourrait-il avoir ?

Il n’y a pas d’uniformité des coûts chez les agriculteurs. Si un producteur est plus efficace que la moyenne il sera prêt à accepter un prix plus bas. De plus, il est dangereux d’instaurer une sorte de prix plancher. Premièrement, si les prix sont basés sur des moyennes, cela n’évitera pas la vente à perte pour les agriculteurs les moins efficaces.

Ensuite, il y a aussi le risque que le prix plancher devienne un prix plafond et que les industriels refusent de mieux valoriser la qualité ou les investissements de certains agriculteurs. Un des effets pervers sera de réduire les incitations des producteurs à faire des investissements, d’autant plus qu’ils seront assurés d’un certain niveau de marges.

Des indicateurs de qualité très précis seraient plus appropriés pour que les agriculteurs puissent rendre visibles leurs efforts et investissements. Il permettrait également aux agriculteurs de se regrouper au sein d’organisations de producteurs de façon homogène en fonction des caractéristiques de leur production.

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Quels sont les remèdes pour rééquilibrer le rapport de force au sein des filières ?

Il y a un énorme déséquilibre structurel entre des distributeurs très concentrés et qui ont tendance à se grouper en centrales d’achat ce qui les rend d’autant plus concentrés vis-à-vis des fournisseurs, des industriels puissants et des agriculteurs trop peu organisés.

Il faut encourager les agriculteurs à se regrouper. Les outils existent, que ce soit des coopératives, des organisations de producteurs (OP) ou des associations d’organisations de producteurs (AOP). Il est possible pour les agriculteurs de se regrouper pour négocier ensemble de meilleures conditions. C’est la mesure phare pour pouvoir se défendre dans les négociations commerciales. La valorisation de l’origine est aussi une piste. Limiter la concentration des structures en aval et des centrales d’achat permettrait également rééquilibrer le rapport de force.

Comment inciter les producteurs à se regrouper ?

Mieux communiquer sur les outils à la disposition des agriculteurs pour mettre en place des négociations collectives. Certes, il y a eu l’affaire du cartel des endives, mais il est tout à fait possible pour les agriculteurs de se grouper à condition de créer les structures nécessaires pour échapper au problème des ententes. Le règlement européen Omnibus clarifie et renforce ces droits. Ces structures doivent être de grande taille pour peser face à des acteurs plus concentrés. Malgré tout, un des freins pour constituer une OP ou AOP est qu’il faut que les membres soient suffisamment homogènes pour pouvoir se mettre d’accord.

« Il faut encourager les agriculteurs à se regrouper »