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Matières premières Risque de pénurie de cacao : les solutions de Barry Callebaut

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Selon le numéro un mondial du chocolat, Barry Callebaut, il faudra l’équivalent d’une production supplémentaire de la Côte d’Ivoire en cacao pour répondre à la demande mondiale dans les prochaines années. Le géant suisse mise notamment sur l’innovation pour y pallier. Les explications de Raphael Wermuth, chargé des relations extérieures chez Barry Callebaut.

Le directeur général de Barry Callebaut, Jürgen Steinemann, a annoncé dans l’hebdomadaire suisse Sonntag, un doublement du prix du cacao d’ici 3 ou 5 ans. Pouvez-vous nous expliquer les raisons d’un tel phénomène ?
La perspective d’un doublement du prix du cacao ces prochaines années est principalement due à l’augmentation de la demande mondiale en produits à base de cacao, une demande dopée surtout par les marchés émergents de la zone Asie Pacifique. (NDLR, selon l’EIU, les ventes de produits chocolatés ont augmenté de respectivement 21 et 26 % en Chine et en Indonésie en 2010). C’est aussi lié à la limitation naturelle de cette production qui n’est possible que dans les régions équatoriales. Cette production baisse en effet régulièrement depuis des années dans les principaux pays producteurs, comme la Côte d’Ivoire qui représente 40% de la production mondiale. D’autres cultures sont en effet devenues plus rentables pour ces agriculteurs. C’est le cas, par exemple, du caoutchouc en Côte d’Ivoire et au Ghana ou de l’huile de palme en Asie.

Le cacao sera ainsi plus cher, mais peut-on aussi craindre sa pénurie ?
Ce n’est pas certain, non. L’innovation est en effet une part importante de la stratégie de notre entreprise, nous cherchons par tous les moyens à pallier cette demande grandissante. Nous faisons par exemple en sorte d’inciter les producteurs de cacao à agrandir leurs champs et à améliorer la qualité de leurs récoltes. Nous voyons deux avantages à cette approche : d’une part l’agriculteur augmente ses revenus sans changer de culture, d’autre part nous bénéficions d’une quantité suffisante de cacao d’une grande qualité. Nous avons en outre lancé cette année la gamme Terra Cacao qui est un succès. Une production obtenue à partir d’une technique innovante appelée « fermentation contrôlée ». Ce dispositif nous permet de produire des fèves de cacao d’une qualité supérieure et d’en utiliser la totalité sans aucune perte. Rappelons qu’avec la fermentation traditionnelle, il faut compter une perte d’environ 20% des fèves de cacao

En volume, à combien estimez-vous cette nouvelle demande  émanant des pays émergents ?
Nous estimons que d’ici 2020, la planète aura besoin d’un million de tonnes de cacao de plus qu’aujourd’hui – c’est une demande globale qui retient autant les anciens marchés comme les nouveaux. C’est à peu près ce que fournit la Côte d’Ivoire, le plus gros producteur mondial – ce qui signifie qu’il faudrait trouver une autre Côte d’Ivoire. Cela peut donc être vu comme une excellente nouvelle pour les entreprises et les pays producteurs de cacao. Nous recherchons en effet de nouveaux pays producteurs. Notre production de cacao vient en effet essentiellement d’Afrique de l’ouest. Et nous poursuivons désormais notre développement en Amérique du Sud et en Indonésie. Mais aujourd’hui, nous devons faire surtout davantage pour assurer la durabilité de la filière cacao. 

Barry Callebaut a annoncé un programme en vue d’anticiper cette hausse du prix du cacao. Pouvez-vous nous en dire davantage ?
Dans un souci de sécuriser davantage nos importants volumes de cacao, nous avons ajouté un 4e pilier à notre stratégie baptisée « cacao durable » : il vient se positionner aux côtés  de nos autres priorités que sont l’expansion, l’innovation et le leadership sur les coûts. Derrière cette appellation « cacao durable », nous prévoyons d’améliorer nos efforts dans trois domaines. Tout d’abord, il s’agit d’accroître la récolte de fèves de cacao en collaboration avec les producteurs. A travers la mise en place de ce que l’on appelle le « Yield Enhancement Services », nous ambitionnons d’augmenter la productivité des fermes de cacao de 400kg/ha à 800kg/ha. Nous voulons aussi mieux informer les agriculteurs, leur fournir tous les outils nécessaires à la gestion d’une ferme rentable. Nous voulons ainsi démontrer aux plus jeunes que la profession d’agriculteur peut être rentable. La grande majorité des enfants ne prennent pas en effet la relève aujourd’hui. Améliorer la santé des agriculteurs est aussi l’une de nos priorités.

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