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Amidon/Stratégie Roquette conforte ses implantations en Asie et regarde à très long terme

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Après 75 années d’activité, le groupe familial Roquette lève un coin du voile sur sa stratégie. Son président Marc Roquette a convié la presse à visiter une petite partie de l’usine de Lestrem, siège social du numéro quatre mondial de l’amidon. Objectifs prioritaires du groupe : consolider les acquis, se développer en Asie et en Amérique du Sud, multiplier les recherches dans des voies prometteuses comme la nutrition-santé et la chimie du végétal.

«La culture Roquette s’exporte bien en Asie et en Amérique », lançait Marc Roquette en recevant pour la première fois la presse au siège du groupe le 2 décembre dernier. A Lestrem, près de Lille, le président du groupe éponyme ne cachait pas sa volonté de se développer en Orient, « notamment pour y accompagner nos grands clients mondiaux dans ces zones de croissance ». Marc Roquette soulignait l’extrême développement de « la plate-forme Asie ». Après une implantation en Inde en 2006, Roquette vient en effet de racheter au printemps 2008 un producteur de polyols chinois (GNCP) implanté à Nanning dans la province de Guangxi située au sud de la Chine.

Pour les dix ans qui viennent, la stratégie de Roquette est claire. « Il s’agit pour nous de consolider nos positions, de diversifier nos implantations géographiques et de booster notre recherche-développement », a précisé Marc Roquette.

Consolider les positions, c’est en quelque sorte accroître encore un peu plus la compétitivité des sites industriels, faire face aux évolutions réglementaires qui viendraient fragiliser certaines activités comme la réforme de la PAC et tenir son rang face à des concurrents mondiaux comme Cargill, ADM ou Corn Products. C’est ce que Roquette a fait en France en regroupant ses deux sites de production d’amidons de pomme de terre de Vic-sur-Aisne et de Vecquemont. Sur ce dernier, il a beaucoup investi pour se préparer à la nouvelle législation européenne.

Diversifier les implantations géographiques

Le groupe familial fait aujourd’hui le pari de son développement en Asie. Il y réalise actuellement 7% de son chiffre d’affaires, mais possède des objectifs ambitieux. Il sait qu’il pourra s’appuyer sur Guy Talbourdet, nommé directeur général du groupe depuis le mois dernier. Cet ancien HEC a acquis chez l’équipementier automobile Faurecia une parfaite connaissance des marchés coréen, chinois, indien et japonais. Monter des projets précis avec des concurrents, en développer d’autres avec les instituts de recherche ou d’autres entreprises du secteur…. « dans l’automobile, on sait faire »,explique-t-il. Les choses étaient souvent très différentes dans certains groupes agroalimentaires où l’on cultivait l’adage du « pour vivre heureux, vivons cachés ».

Marc Roquette, qui incarne la 3e génération de cette lignée d’entrepreneurs nordistes, récuse cette maxime et prône le décloisonnement des acteurs industriels et de la recherche, comme il l’a montré en acceptant la présidence du pôle de compétitivité Nutrition Santé Longévité à la suite de Christophe Bonduelle.

Pour les 75 ans du groupe, il a entrouvert les portes de son entreprise aux journalistes…parce qu’il sait que in fine, « faire parler de soi permet toujours de rallier de nouveaux partenaires à ses projets de recherche-développement, voire de susciter des acquisitions externes », explique-t-on désormais dans le groupe.

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250 chercheurs et un budget qui va doubler

Le groupe en aura besoin : il affiche en effet une véritable ambition en matière de recherche-développement. 250 chercheurs travaillent aujourd’hui à Lestrem et disposent d’un budget annuel de 40 millions d’euros. « Dans les cinq ans qui viennent, nous voulons doubler ce budget », explique Jean-Bernard Leleu, directeur recherche et développement. Le groupe consacre en moyenne 10% de son chiffre d’affaires pour ses investissements et la recherche-développement. Et à Lestrem, Roquette vient de démarrer les travaux d’extension de ses locaux de recherche : « Pour faire face à notre montée en puissance dans le domaine », explique Jean-Baptiste Leleu.

Roquette s’est fixé deux axes stratégiques et prioritaires de développement : l’un concerne la nutrition-santé, l’autre le développement de la chimie du végétal.

La chimie du végétal s’appuie aujourd’hui sur les programmes Biohub, Nutrahub, Gaïahub et Algohub dont certains ont le soutien financier d’Oseo cf Agra alimentation n°2037 du 16.10.08 p. 24. Marie-Hélène Saniez, directrice du programme Nutrition Santé chez Roquette soulignait l’intérêt des protéines de pois, des fibres solubles obtenues à partir des céréales (Nutriose) mais aussi de l’extrême potentialité des microalgues (Chlorelle). « Il y a des composés présents dans les microalgues qu’on ne retrouve pas dans les végétaux ; ce sont par exemple des oméga 3 ou des antioxydants. Les oméga 3 permettent notamment aux poissons de se mouvoir dans l’eau », expliquait-elle.

Une des raisons qui pourrait faire aboutir un dossier du pôle de compétitivité « Filière produits aquatiques de Boulogne-sur-Mer », pour la mise au point de nourriture pour alevins dans les systèmes d’élevage en aquaculture.

« Le secteur des microalgues est encore coûteux et nous ne le réserverons dans les dix ans qui viennent aux débouchés à haute valeur ajoutée », soulignait Marc Roquette. Après le rachat du photobioréacteur allemand BPS en janvier 2008, Roquette aimerait bien désormais associer une production industrielle à ce pilote de recherche. « Nous avons effectivement un axe de développement dans le domaine et nous nous sommes fixés comme objectif le rachat de deux ou trois autres sociétés travaillant dans le domaine des microalgues pour une fertilisation croisée », annonçait Marie-Hélène Saniez.