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INGRÉDIENTS/INVESTISSEMENT Roquette, pionnier sur le nouveau marché des microalgues

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Le 5e amidonnier mondial et 2e européen basé à Lestrem (62) vient d'inaugurer son unité industrielle de microalgues d'une capacité de production de 5 000 tonnes/an et mise en service depuis février 2013. Dans un marché des microalgues totalement émergent où la concurrence est quasi-inexistante, Roquette a pour ambition de conserver une position de leader mondial acquise par la mise en service de cette unité de production, grâce à de nouvelles implantations.

Aprés la pomme de terre, le maïs, le blé et enfin le pois, Roquette rajoute les microalgues à la palette des matières premières mises en œuvre sur ses 21 sites industriels. Mais cette fois-ci, et pour la première fois, le 5e amidonnier mondial produira sa propre matière première dans sa toute nouvelle unité industrielle mise en service en février 2013 à Lestrem (62). Elle concrétise « le lancement d'une gamme d'ingrédients alimentaires de nouvelle génération issus d'une matière première végétale renouvelable au potentiel nutritionnel exceptionnel. Les microalgues possèdent un potentiel nutritionnel et de biodiversité très peu exploité jusqu'à présent », souligne Sergio Neves, le directeur de la filière microalgues chez Roquette. La mise en route de cette unité de production industrielle, dont l'investissement a été décidé mi2011 et qui a été inaugurée le 12 juin dernier, marque l'aboutissement de quatorze années de recherche-développement sur les microalgues, notamment avec le projet Algohub (cf encadré) présenté en 2008. Et survient également après la mise en service du site spécialisé en production de Gaïalène (plastique végétale) mise en service en 2012 et après celle des 4 000 m2 dédié à la production de glucose injectable la même année sur ce même site de Lestrem.

TROIS PRODUITS COMMERCIAUX

Ces investissements confirment les deux axes stratégiques fixés dès 2008 par Marc Roquette lors de la célébration des 75 ans de l'entreprise familiale : l'alimentation-nutrition-santé (79% de l'activité du groupe) et la chimie du végétal (21%). Le nouveau site, développé sur 2 000m2 et sur trois niveaux d'une hauteur totale de 30 mètres, possède une capacité de production de 4 à 5000 tonnes de farines de microalgues par an et uniquement obtenues à base de chlorelle. ll permet désormais de commercialiser en B to B, trois produits distincts sous les marques : Agility HL, Algility HP et Algility chlorella. Un 4e produit, riche en DHA (acide docosahéxaéonique, l'un des 3 omégas nécessaires au bon fonctionnement de l'organisme NDLR), devrait sortir dès le début de 2014. « Nous avons choisi un nom commercial qui fasse référence à la naturalité du produit (sans OGM, sans gluten...), explique Valérie Le Bihan, chef de produits microalgues. Ces ingrédients peuvent être intégrés dans des matrices alimentaires et permettent de diminuer la teneur en graisses et ovoproduits tout en maintenant goût, saveur, et texture sans pour autant nuire au côté aliment-plaisir qui manque parfois dans ce type d'ingrédients ».

Les marchés visés sont avant tout ceux de la boulangerie, des sauces, des plats préparés pour l'Agility HL, une farine complète qui permet de réduire la teneur en matières grasses. L'Agility HP, farine d'algue protéique cible notamment les seniors ou les sportifs qui ont besoin d'une alimentation fortement protéinée. L'Agility HP combine en effet la présence de protéines végétales, de fibres et de lipides sains. Quant à l'Al-gility Chlorella, riche en protéines, antioxydants vitamines et minéraux, il devrait trouver sa place sur les marchés des compléments alimentaires et de l'aquaculture.

Roquette a déposé une quarantaine de brevets pour la seule production de microalgues qui viendront rejoindre la panoplie des 5 000 brevets déjà déposés par le groupe familial depuis 80 ans !

DISSOLUTION DE LA JV AVEC SOLAZYME

Deux années de travaux avec une centaine d'ouvriers sur le site, plusieurs dizaines de millions d'euros investis (sans autre précision de la part du groupe), quelques mois de réglage ont été nécessaires avant la mise en service opérationnelle de l'unité dès février 2013. Mais pour parvenir à ce stade ultime, Roquette a participé à des programmes de recherche dont le programme Algohub et fait beaucoup de « fertilisation croisée » avec de nombreux laboratoires et centres de recherche. Il a également créé en 2006 un laboratoire de phycologie permettant la sélection des meilleures souches. Il a fait de la croissance organique. Il a aussi racheté en 2008, une unité de production allemande (Klötze) d'une capacité de 20 à 40 tonnes/an de microalgues et enfin Roquette a également fait également l'acquisition d'une unité spécialisée dans la production d'acides gras polyinsaturés extraits de microalgues à Wuhan en Chine.

À Lestrem, la nouvelle unité produit des microalgues uniquement à partir de chlorelles et obtenus par fermentation, contrairement au site allemand de Klötze, où Roquette produit des microalgues (spiruline et 7 à 8 autres espèces) par photosynthèse. « A Klötze, nous sélectionnons des souches qui alimenteront notre pipe-line de Lestrem », a ainsi précisé Sergio Neves.

Par contre, Roquette a mis fin a son partenariat avec son ancien partenaire américain fin 2013. Le groupe familial français avait en effet signé le 8 novembre 2010 un joint-venture (JV) avec Solazyme Inc, le leader dans le secteur de la biotechnologie à base d'algues créée en 2003 en Californie. Celui-ci avait mis au point une « technologie inédite permettant de produire rapidement efficacement et à grande échelle des huiles et des biomatériaux renouvelables dans des installations de fermentations standards ». Cette JV est désormais dissoute. « Nous sommes dans un processus d'arbitrage entre nos deux sociétés, mais nous n'avons aucun litige », a souligné Guillaume Fichet, sans donner plus de précisions, tout en reconnaissant que chacune des deux entreprises possédait la technologie de fabrication des microalgues.

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LES MICROALGUES

Les microalgues sont des cellules végétales unicellulaires à la base de la vie terrestre et que l'on retrouve dans tous les environnements aqueux qui font partie de notre univers. Elles ont la particularité de se développer en utilisant la lumière grâce à la photosynthèse (autotrophique). C'est le procédé utilisé dans l'usine allemande de Klötze. Elles peuvent également se développer par fermentation (hétérotro-phique) qui permettra de produire de la biomasse en absence de lumière, mais en contrôlant tous les paramètres permettant de garantir une constance de la qualité du produit. Dans sa banque de microorganismes, Roquette possède 3 000 microorganismes différents parmi lesquels des levures, des moisissures, des bactéries et des microalgues.

CHIFFRES CLÉS

Créé en 1933, le groupe Roquette transforme 8 millions de tonnes de matières premières dont le maïs (5Mt), le blé (2Mt), la pomme de terre (1Mt), le pois (80 000T) et les micro-algues.

Il possède 21 sites implantés à travers le monde, dont 10 en Europe, Lestrem étant le plus important de ces 21 sites.

Chiffre d'affaires : 3,4 milliards d'euros

10% de ce chiffre d'affaires sont réinvestis chaque année dans la recherche développement

8000 collaborateurs de 25 nationalités différentes

5000 clients à travers le monde.

600 produits différents dont les amidons et dérivés, les polyols, les glu-coinjectables et amidons cationiques pour la papeterie.

ALGOHUB, UN BUDGET DE 40 M€

Le programme Algohub d'une durée de 5 ans et lancé en octobre 2008, s'élevait à près de 40M€ dont 9,7M€ de subventions.Il a obtenu le soutien d'Oseo Innovation. Il a fédéré les compétences microalgues au sein d'un consortium européen composé de 14 partenaires (Algenics, Bonduelle, Cellial, Eco-solution, Etap, Evialis, Greensea, Glon-Sanders, Institut Océanographique Paul Ricard, Institu Pasteur de Lille, Institut de recherche Pierre Fabre, Pastis-France Puratos, Separex, Setu-bio. Il visait à utiliser les microalgues et leurs dérivés dans la nutrition-santé.