Les branches investissement et banque privée de Rothschild s’intéressent au secteur agricole et agroalimentaire, mais les opportunités manquent en Bourse. En Europe et ailleurs, le puissant banquier se tourne désormais vers l’économie réelle, par des usines de première et seconde transformation au Sud, ou des start-up de l’agritech en Europe.
Carrefour, Bonduelle, John Deer ou DSM : la banque Rothschild s’intéresse au secteur agricole, mais les opportunités demeurent rares. « En Bourse, il y a très peu de véhicules qui permettent d’aller sur le secteur agricole », a souligné Jean-Philippe Desmartin, directeur de l’équipe Investissement responsable du groupe Rothschild lors d’un échange avec la presse le 5 octobre.
Les initiatives du puissant banquier se tournent donc plutôt désormais vers l’économie réelle. Au sud, tout d’abord, avec Moringa, le fonds de la banque Rothschild dédié à l’agroforesterie créé il y a dix ans, et qui aurait déjà investi près de 60 millions d’euros dans dix projets de production et de transformation dans le monde. Le modèle : trouver de la valeur grâce au développement de première et seconde transformations sous cahier des charges bio ou équitable dans les pays producteurs.
« Ce sont les premiums sur les produits qui permettent de rendre ces projets rentables », insiste Clément Chenot, p.-d.g. de Moringa, et ancien directeur du développement de l’ONF International. NicaFrance pour la plantation de caféiers au Nicaragua, Tolaro pour les noix de cajou au Mali, ou encore Floresta viva (Brésil) et B-B Bovid (Ghana) pour l’huile de palme : « Quand nous avons investi, la plupart de ces entreprises étaient encore des start-up, dans des filières qui n’étaient pas encore très structurées », souligne Clément Chenost
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Responsables mais prudents
« En Europe aussi il y a un vrai enjeu sur l’agroforesterie, et nous regardons de très près ce qui pourrait être fait, en France en particulier », poursuit Clément Chenost, évoquant des travaux en cours au sein du groupe Rothschild.
Sur un créneau plus technologique, Rothschild pourrait aussi dans les prochaines années renforcer sa présence sur les start-up agricoles, pour faciliter « la quatrième révolution agricole ». « Protéines végétales, robotique, agriculture verticale ou logistique : nous souhaiterions accompagner les entreprises de la création à la croissance », indique Lars Kalbreier, CIO de la branche banque privée du groupe.
Malgré la bonne volonté affichée en matière de climat, de réduction des pesticides ou de la consommation d’eau, Rothschild n’envisage cependant pas encore de refuser son soutien aux pratiques agricoles les plus polluantes. « Le vrai sujet, c’est l’accès à l’information pour des projets autour du monde. Si les informations sont disponibles, nous pourrions aller sur ce type de disposition dans les prochaines années, en laissant du temps au secteur d’évoluer », nuance Jean-Philippe Desmartin.