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S. Le Foll veut introduire de l’agro-écologie dans les filières sous signe de qualité

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Le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll souhaite introduire de l’agro-écologie dans les filières sous les signes officiels de qualité, (Siqo), a-t-il déclaré aux vœux de l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO) le 5 janvier. Il a commandé une étude à ses services et à l’INAO, pour lui « faire des propositions » à remettre au moment du Salon 2016.

Stéphane Le Foll compte inciter les agriculteurs produisant sous signes de qualité à « intégrer davantage les principes de l’agro-écologie dans leurs modes de productions ». Les Siqo que sont les appellations d’origine contrôlées (AOC), les indications géographiques protégées (IGP), les labels rouges et le bio « doivent être associés à la stratégie d’agro-écologie ». Le ministre voit dans ces deux démarches une complémentarité concourant à augmenter la valeur ajoutée des exploitations, a-t-il insisté dans son discours. Il a en effet démarré son propos sur la crise de l’élevage qui révèle que « quelque chose ne va pas » dans l’agriculture, une situation inédite depuis l’après-guerre : la fuite de la valeur ajoutée vers l’amont et vers l’aval, a-t-il stigmatisé.

La réduction des charges par la baisse des intrants

Il a expliqué le sens de son projet par un exemple. « Je suis allé visiter un GIEE viticole dans le sud de la France (un groupement d'intérêt économique et environnemental, autrement dit un modèle d’agro-écologie). Les vignerons ont laissé l’herbe pousser entre les ceps de vigne et parfois ils sèment des légumineuses ». La paille laissée par l’herbe apporte une matière organique fertilisante sous l’action des micro-organismes qui y prolifèrent et retient l’eau de pluie. Les légumineuses quant à elles captent l’azote de l’air et remplacent ainsi les engrais azotés. Et de plus elles produisent des aliments riches en protéines. Voilà le type de modèle que l’on peut développer, affirme Stéphane Le Foll.

Pour une « séquestration de la valeur ajoutée »

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Les productions sous signes de qualité ont déjà des cahiers des charges imposant l’autonomie : l’aliment des laitières pour les fromages AOC du Jura et de Normandie est en grand partie de l’herbe et du foin, donc de provenance locale, le recours au tourteau de soja est limité pour le porc du jambon de Bayonne, les poulets de Loué sont nourris aux céréales locales, etc. Ce modèle partage des valeurs communes avec celles de l’agroécologie, notamment l’autonomie.

Quelle évolution pour les cahiers des charges ?

Une fois ce principe posé, il reste le choix des outils à mettre en place. Mais faudra-t-il faire évoluer les cahiers des charges des Siqo pour y intégrer plus d’écologie?  S’agira-t-il de contraintes supplémentaires pour des producteurs qui font déjà du bon travail ? Ou des occasions de réduire encore leurs charges opérationnelles (intrants)?
Le ministre a donc adressé une commande à ses services et à l’INAO pour lui « faire des propositions » qui doivent déboucher « sur un contrat » entre les indications géographiques (IG) et l’agro-écologie pour la captation, « voire la séquestration de la valeur ajoutée ». Il a rappelé que les IG et l’agroécologie concourent à la fixation de la valeur ajoutée, en évitant la banalisation des produits et en réduisant les charges par une plus grande autonomie des exploitations.

« Dans une période où toutes les filières ont compris leur intérêt à mieux valoriser leur savoir-faire, leurs terroirs et leurs spécificités, il y a matière à un dialogue constructif et à une fertilisation croisée entre les filières sous Siqo et celles qui sont plus exposées aux aléas du marché, mais qui sont aussi promptes à en saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent ». Aurement dit, Stéphane Le Foll désigne les projets d’agroécologie, à travers leur recherche d’autonomie pour économiser les charges opérationnelles en réduisant les intrants. L’échéance demandée pour la remise de cette étude est fin février-début mars, au moment du Salon.