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Saint-Louis : mobilisation contre les fermetures de sucrerie

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Environ 300 personnes, selon la préfecture, essentiellement des betteraviers mais aussi une quinzaine d’élus locaux et des ouvriers, ont manifesté le 22 février devant la sucrerie Saint-Louis de Cagny, près de Caen, pour protester contre sa fermeture. La CGB a appelé à un autre rassemblement le 1er mars à Eppeville (Somme).

« Fermeture de la sucrerie : 500 emplois (directs et indirects, ndlr) supprimés », pouvait-on lire sur une banderole à Cagny (Calvados). Cette filiale du groupe allemand Südzucker a annoncé le 14 février la fermeture de deux de ses quatre sucreries en France en 2020, à Cagny, où 77 emplois seront supprimés selon le groupe, et à Eppeville, qui compte 122 salariés selon la direction. « Plus de mille agriculteurs utilisent la sucrerie pour la transformation des betteraves. C’est un pan entier de l’agriculture normande qui est menacé par la décision brutale de la direction de Saint-Louis Sucre », a déclaré le député LREM Alain Tourret dans un communiqué. De son côté le président de région Hervé Morin a affirmé que « le site de Cagny » était « parmi les plus performants dans le domaine ». « La justification aujourd’hui du groupe Südzucker de la fermeture du site permettant ainsi une hausse des prix est un mensonge », écrit le Centriste dans un communiqué.

Un bassin de production menacé

Ce projet de fermeture « est la conséquence de la décision politique de libéraliser le marché du sucre », estime la FRSEA de Normandie. « En ouvrant le marché européen, au nom de l’idéologie libérale qui l’anime, la Commission européenne provoque ce type de conséquences, avec la bénédiction des États membres », d’après elle. Pour la Coordination rurale, « c’est à Bruxelles qu’il faut manifester pour demander la régulation des produits agricoles », déclare le président de la CR de l’Eure Jacques Lamiot, cité dans un communiqué. L’arrêt de cette usine serait « catastrophique » : « il condamnerait la production de betteraves dans le Calvados et l’Orne », affirme de son côté la CGB. Cagny est en effet « la seule sucrerie » dans le secteur, rappelle Benoît Carton, directeur régional du syndicat. La Normandie compte 15 000 ha de betteraves, selon la FRSEA.

« Des planteurs se tourneront vers la concurrence »

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Saint-Louis Sucre de son côté avait justifié ces fermetures par la « libéralisation du marché européen depuis octobre 2017 avec la suppression des quotas », la « surproduction à l’échelle mondiale, avec une chute des prix sans précédent » et un « contexte de pertes de la branche sucre de Südzucker ». Une réunion avec la CGB s’est tenue, le 19 février à Paris, au cours de laquelle la direction n’a montré « aucune volonté de trouver des solutions d’avenir pour la sucrerie », selon le syndicat. La prochaine étape est de parvenir à rencontrer le comité exécutif de la maison mère. « Il sera très difficile de faire revenir Südzucker sur sa décision », estime Benoît Carton (CGB Calvados, Sarthe et Orne). Les planteurs normands se sentent d’autant plus dans l’impasse que le groupe n’est pas vendeur des sucreries condamnées, selon lui.

En Picardie, l’heure est aussi à la mobilisation pour sauver Eppeville. Si elle échoue, l’avenir de quelque 1 300 planteurs semble en pointillé. Même si le bassin de transformation paraît dense. « C’est trop tôt pour envisager des solutions alternatives, considère Emmanuel Pigeon, directeur de la CGB Haut-de-France. Cristal Union, Tereos restent des possibilités. Mais pour quels volumes, quelles sont leurs intentions ? » Au final, il y aura « sûrement des planteurs qui se tourneront vers la concurrence », d’après lui.

« Il sera très difficile de faire revenir Südzucker sur sa décision »