En dépit de l’offre de rachat de planteurs, qui bénéficie du soutien des présidents de régions Normandie et Hauts-de-France, le propriétaire allemand des sucreries refuse de les vendre pour limiter les quantités de sucre sur un marché excédentaire.
Dans un courrier adressé le 16 mai au ministre de l’Agriculture et à celui de l’Économie à propos des sucreries de la société Saint Louis, Xavier Bertrand, président de la région des Hauts-de-France, demande au gouvernement d’être ferme avec la maison mère, Südzucker. En effet, le groupe allemand refuse de céder les deux sites (Eppeville dans la Somme, Cagny dans le Calvados), pourtant bientôt fermés.
« Il est évident que c’est un moyen » pour le groupe sucrier coopératif « de contourner la loi Florange, qui obligerait le groupe à rechercher un repreneur et à associer à cette recherche le comité d’entreprise », affirme Xavier Bertrand. « Ce comportement inacceptable de Südzucker appelle des réponses fortes de la part du gouvernement », estime le président de la région dans son courrier. Il demande au gouvernement d’engager des procédures de remboursement des 8,8 millions d’euros versés au groupe sucrier au titre du CICE si le groupe « persiste dans sa volonté de contourner la loi Florange ». « Ce crédit d’impôt a pour finalité de garantir la compétitivité et l’emploi en France, or chacun peut constater que ce crédit n’aura en rien permis de garantir la compétitivité et l’emploi dans notre pays », commente Xavier Bertrand.
De son côté, le président de la région Normandie Hervé Morin a affiché le 22 mai son soutien à l’offre de reprise des sucreries que la CGB, au nom des planteurs, propose à Südzucker. « La région Normandie, le moment venu, mobilisera ses dispositifs pour accompagner ce plan de reprise », affirme-t-il dans un communiqué. « Plusieurs réunions se sont d’ores et déjà tenues entre l’ADN (Agence pour le développement économique de la Normandie) et la CGB afin de déterminer les moyens financiers mobilisables en complément des investissements privés. » Un fonds de planteurs, avec un « accompagnement » des régions concernées, est prévu dans le cadre de l’offre de reprise de 30 millions d’euros pour Eppeville et Cagny, a annoncé le 16 mai la CGB en dévoilant son plan à la presse.
Limiter les quantités de sucre sur le marché
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Cette mobilisation des présidents de région n’a pourtant pas eu d’effet auprès de Südzucker (6,8 Mrd€ de chiffre d'affaires en 2018/19). Le 23 mai, il a annoncé que « Saint Louis Sucre ne vendra pas ses sites de production » menacés de fermeture.
« Nous n’arrêtons pas la production de sucre pour la proposer à d’autres acteurs, mais bien pour retirer des capacités du marché », a expliqué le président du directoire, Wolfgang Heer, cité dans le communiqué. « La France représente un marché excédentaire et produit deux fois plus de sucre qu’elle n’en consomme, souligne le communiqué. La concurrence y est très forte, tant pour l’approvisionnement en betteraves que pour les débouchés. » Südzucker, qui a publié les comptes de son exercice 2018/2019 (clos le 28 février) le 16 mai, a enregistré pour sa branche sucre, une perte d'exploitation de 239 millions d’euros (contre un résultat opérationnel de 139 millons).
Protestant contre le rejet de toute reprise de sucreries, la CGB affirme que le groupe accroît « la rupture de confiance avec les planteurs français », selon un communiqué.