L’Organisation mondiale de la santé animale (Omsa) plaide pour la vaccination en élevage, alors que ces derniers mois ont été marqués par le développement de nombreuses maladies animales, souvent transmissibles à l’homme.
Lors de sa 92e session générale, du 25 au 29 mai à Paris, l’Organisation mondiale de la santé animale (Omsa) a mis l’accent sur la vaccination dans un contexte de développement accru des maladies animales. Il s’agit de « l’un des instruments les plus importants de notre boîte à outils », avec la biosécurité, la prévention et la surveillance, a estimé la Portugaise Susana Pombo, présidente du conseil de l’Omsa, en conférence de presse le 23 mai. « La vaccination, associée à d’autres mesures, a sauvé d’innombrables vies, évité des pertes économiques et réduit le besoin de traitements antimicrobiens », résume encore la directrice générale Emmanuelle Soubeyran. Ce thème devait faire l’objet d’une résolution votée à l’issue de la session. Il devait aussi être abordé lors d’un forum à haut niveau sur les « obstacles » aux stratégies vaccinales, avec l’intervention de ministres.
Ce n’est pas la première fois que l’Omsa promeut ainsi la vaccination : en 2023, ses États membres avaient adopté une résolution reconnaissant son efficacité pour lutter contre l’influenza aviaire, estimant qu’elle « n’a pas de conséquences négatives sur les échanges commerciaux ». Particulièrement dans le cas de l’influenza aviaire, la mise en place de la vaccination peut provoquer des embargos chez les pays importateurs. C’est cette même année que la France a lancé sa campagne de vaccination, devenant le premier exportateur de volailles à prendre ce risque. Un an plus tard, l’Hexagone a enregistré seulement dix foyers, bien loin des 700 « possibles cette année-là en raison de l’exposition aux oiseaux sauvages », selon l’Omsa, qui cite l’École nationale vétérinaire de Toulouse. Côté exportations, après une série de fermetures, certains marchés ont fini par rouvrir, comme les États-Unis, le Canada ou le Royaume-Uni.
Utilisation d’antibiotiques en baisse de 5 %
Cette année, l’Omsa consacre à la vaccination une large part de son premier rapport mondial sur la santé animale, en mettant en avant des pays ayant misé sur les stratégies vaccinales : la France contre l’influenza aviaire, le Royaume-Uni contre la tuberculose bovine, ou encore la Turquie contre la fièvre aphteuse. Outre son intérêt économique, « la généralisation de la vaccination du bétail permettrait de réduire les risques de résistance antimicrobienne ». L’organisation relève que « l’utilisation d’antibiotiques chez les animaux a diminué de 5 % entre 2020 et 2022 ». Mais le développement de bactéries résistantes aux antibiotiques reste une préoccupation mondiale, doublée d’un lourd risque économique. La résistance aux antimicrobiens pourrait « entraîner des pertes massives dans la production animale » (notamment bovine et avicole), allant selon les scénarios de 575 milliards de dollars (Md$) à 5 200 Md$ entre 2025 et 2050. Soit l’équivalent des « besoins alimentaires annuels de jusqu’à deux milliards de personnes ».
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
L’institution souligne que l’utilisation d’antibiotiques comme facteurs de croissance reste autorisée dans près d’un quart de ses États membres (soit une trentaine de pays). Avec à la clé une consommation d’antimicrobiens supérieure de 45 % à celle observée dans les pays où cette pratique est interdite.
« Potentiel zoonotique » pour une maladie sur deux
Dans son rapport, l’organisation pointe la forte extension, en 2024, des maladies animales « dans des zones auparavant épargnées ». Près de la moitié des affections listées par l’Omsa et notifiées entre 2005 et 2023 « présentent un potentiel zoonotique ». En particulier, « le monde est confronté à une bataille sans précédent contre la grippe aviaire », rappelle l’Omsa, avec une multiplication des cas chez les mammifères : ceux-ci « ont plus que doublé en 2024 par rapport à 2023, augmentant le risque de transmission aux humains ». De 459 en 2023, le nombre de cas sur des mammifères est passé à 1 022 en 2024.
Une flambée largement due à l’épizootie en cours, depuis mars 2024, chez les bovins aux États-Unis (926 foyers), la première au monde. Pour la première fois, les foyers impliquant des volailles (943) sont moins nombreux que ceux touchant des mammifères. S’y ajoutent plusieurs autres maladies sources de préoccupation pour les élevages : peste porcine africaine (6 807 foyers en 2024 dans 16 pays), fièvre catarrhale ovine (3 626 foyers dans 24 pays), fièvre aphteuse (216 foyers, 18 pays) ou encore la peste des petits ruminants (165 foyers, 9 pays).