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Grippe aviaire Scénario catastrophe pour la filière avicole

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La grippe aviaire donne des sueurs froides à la filière avicole. La succession de contre-publicité sur les écrans de télévision pour les produits à base de volaille depuis le mois d’août commence à avoir ses premiers effets : une fébrilité des acheteurs de la grande distribution. Elle risque dans les prochains jours de faire vaciller la consommation. Une mauvaise nouvelle à quelques semaines des fêtes de fin d’année. L’épidémie pourrait reléguer aux arrières-boutiques les dindes et les chapons. Pourtant, toutes les mesures sanitaires pour enrayer la flambée de grippe chez les animaux semblent être prises : malgré quelques dissensions, les Etats membres, de l’Union européenne se sont entendus, le 14 octobre, sur un plan de biosécurité pour éviter les contacts entre les oiseaux migrateurs et les élevages.

En début de semaine, la Grèce découvre un migrateur terrassé par la grippe aviaire. Aujourd’hui peut-être l’Italie et demain la Camargue ? D’une façon lancinante pour la filière volaille se succèdent les annonces alarmistes de nouveaux cas de grippe aviaire. Et l’effet est immédiat, selon les derniers pointages réalisés en début de semaine, «  la situation est mouvementée, surtout pour les volailles de tradition, indique André Lepeule, de la Fédération des industries avicoles (FIA). Les commandes baissent de 10% ». La première mesure prise par la filière, à la demande notamment de la distribution, est la généralisation des règles d’étiquetage « volaille française ».

Soutien financier

Il s’agit de multiplier les outils de réassurance pour les consommateurs. Par la suite, les professionnels devraient demander à Paris et à Bruxelles de soutenir financièrement des campagnes de communication sur la filière pour empêcher la dégringolade de la consommation de volaille avant les fêtes de fin d’année. Ce sujet devait être abordé, lors d’une réunion entre la filière et le ministère de l’Agriculture, le 19 octobre.

Pourtant, rien n’indique, selon la FIA, une inquiétude particulière des consommateurs face à la viande de volaille. Et de citer un sondage Ispos réalisé durant la première semaine d’octobre, qui souligne la confiance portée par les Français au gouvernement pour prendre toutes les mesures aptes à protéger la santé publique.

Plan de biosécurité

D’ailleurs, malgré les réticences de certains Etats pour des mesures qu’ils jugent disproportionnées, les pays européens parviennent à coordonner leur approche. Ils ont ainsi avalisé, le 14 octobre, un plan de biosécurité proposé par la Commission européenne. Mais il a fallu trois jours de réunions de crise pour que les experts vétérinaires des Vingt-cinq s’entendent sur des mesures permettant de limiter les contacts entre les oiseaux migrateurs et les animaux d’élevage.

Pour éviter l’intrusion dans les poulaillers d’oiseaux attirés par la nourriture, la Commission européenne préconise de ne plus élever les volailles en plein air. Ou tout au moins de placer des filets de sécurité au-dessus des enclos. Ce qui ne sera pas sans poser de problèmes pour l’étiquetage « élevé en plein air ».

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Ces mesures sont limitées aux régions à risques, notamment les marais et les estuaires placés dans les zones de passage des migrateurs, malgré la demande insistante des Pays-Bas de l’imposer à tout le territoire européen. Chaque Etat devra dresser la liste de ces zones sous haute surveillance et remettre cette information à Bruxelles avant le 5 novembre.

« Bien des soucis »

Hors de ces décisions techniques proposées, l’exécutif européen pose « bien des soucis » aux industriels dans sa gestion de la communication de crise. Ils regrettent l’amalgame incessant qui est fait entre les risques de pandémie humaine et le problème de santé animale lié la grippe aviaire. Quand Markos Kyprianou déclare «  nous n’avons pas atteint le niveau de préparation que nous devons avoir », les consommateurs font un lien direct entre la pandémie de grippe chez les volailles, et ce qui va dans nos assiettes ou simplement la grippe saisonnière. Pour cette raison notamment, les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne réunis à Luxembourg pour un sommet de crise ont lancé un message rassurant à l’opinion, le 18 octobre. Ils insistent, dans un communiqué conjoint, sur l’importance de la coordination au plan européen pour « renforcer les mesures nationales »

Il faut «  rassurer les citoyens européens sur le fait que la Commission européenne et les Etats membres se coordonnent vraiment et effectivement pour assurer un traitement rapide et efficace de toute apparition de la grippe aviaire parmi la volaille et les autres oiseaux », a insisté Jack Straw, le chef de la diplomatie britannique, lors d’une conférence de presse organisée à l’issue de la réunion.

La Grèce touchée par le virus ?

Par ailleurs, les mesures d’embargo sur les volailles sont prises par Bruxelles dès l’annonce de cas de grippe aviaire dans de nouvelles régions. «  Pour nous, cela reste une suspicion de cas tant qu’il n’y a pas de confirmation des tests virologiques », affirmait le porte parole de M. Kyprianou, le 18 octobre. Toutefois, le ministre grec de l’Agriculture avait alors déjà décrété une interdiction de transporter des volailles en provenance de la région de l’île de Chios, en mer Egée.

La Turquie et la Roumanie font toujours l’objet d’un embargo décrété par Bruxelles, suite à la confirmation des premiers cas d’animaux malades.