Les pluies ne permettant plus à la vigne de se sortir du déficit hydrique, dans le sud de la France depuis dix à vingt ans, un projet de 80 hectares de vignes irriguées à l’eau usée urbaine traitée est sur les rails, a indiqué Frédéric Vrinat, directeur de la cave coopérative de Gruissan (Aude). L'objectif : permettre aux régions qui n’ont pas accès à l’eau de faire vivre leur viticulture, comme le font déjà plusieurs pays.
Mené depuis 2013 par cinq partenaires, dont Véolia et la cave coopérative de Gruissan, le projet Irri-Alt’Eau termine sa phase expérimentale pour passer au pilote de démonstration sur 80 hectares en 2018 : il s’agit d’expérimenter l’utilisation de l’eau usée, traitée en station d’épuration, pour l’irrigation des vignes dans des régions qui n’ont pas accès à l’eau (peu d’eau dans les nappes, pas de rivières ni de retenues collinaires) et qui sont de plus en plus en déficit hydrique. Les régions qui souffrent d’un déficit hydrique maintenant quasi-chronique sont entre autres l’Aude et le Lubéron, d’après les témoignages des milieux viticoles. De nombreuses communes, préoccupées par cette nouvelle donne climatique, sont intéressées par ce genre de solution, qui résout le problème du rejet des eaux épurées en rivières ou dans la mer.
Après 2020, une phase en vraie grandeur
Les partenaires du projet Irri-Alt’Eau sont Véolia Eau région Méditerranée (qui coordonne le projet), Aquadoc (spécialiste des systèmes d’irrigation), la Cave de Gruissan (assisté de Coop de France Languedoc Roussillon), l’Inra avec l’unité expérimentale Pech Rouge et le Laboratoire de biotechnologie de l’environnement (LBE) de Narbonne, et la communauté d’agglomération du Grand Narbonne. La phase 1, celle du stade expérimental, a commencé en juillet 2013 et s’est terminée en juillet 2016. Elle s’est déroulée sur un hectare et demi (phase 1), et passera au stade du démonstrateur (phase 2) sur 80 hectares en 2018, indique Frédéric Vrinat, directeur de la cave coopérative. L’objectif « est de répondre à un manque d’eau de plus en plus criant dans une zone qui n’a pas accès à l’eau ». Après 2020, la phase 3 sera celle de la dimension en vraie grandeur, sur 360 hectares prévus.
Les eaux usées traitées sont déjà une source d’eau alternative en Espagne, en Israël (où 80 % de l’eau d’irrigation provient des eaux urbaines traitées), aux États-Unis, en Australie, indique la Revue des Œnologues de juillet. Mais avec des exigences moins strictes qu’en France, précise Flor Etchebarne, chercheuse au centre Inra de Pech Rouge, près de Narbonne. L’utilisation des eaux urbaines recyclées n’est pratiquée en France que sur certains golfs. Du fait de l’expérimentation de Pech Rouge, qui se termine en juillet, « beaucoup de communes demandent à visiter » les essais depuis environ un an, intéressées à la fois par cette nouvelle source d’eau et par cette solution pour éviter les rejets d’eau de station d’épuration en mer ou en rivière, a témoigné Flor Etchebarne. « Il reste à construire un cadre réglementaire précis en France » pour développer cette nouvelle utilisation de l’eau, conclut Frédéric Vrinat.
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« Beaucoup de communes demandent à visiter » les essais depuis environ un an »
Recyclage de l’eau de station pour la viticulture : méthode
Le recyclage de l’eau de station d’épuration tel qu’il a été expérimenté au cours de ces trois années (de juillet 2013 à juillet 2016 à Pech Rouge) pour la viticulture a permis de mesurer la qualité des sols, celle des nappes phréatiques, celle des raisins, et finalement celle du vin. Quatre types d’eau ont été utilisées : de l’eau potable, de l’eau de rivière, et deux types d’eau recyclées. Le souci des scientifiques est surtout l’aspect bactériologique : éviter les contaminants bactériens, les contaminants chimiques ne semblant pas poser de problèmes après le traitement en station. Celui-ci est plus poussé que le traitement préalabale à un rejet en rivière ou en mer. L’expérimentation a consommé 450 à 500 mètres cubes d’eau par hectare, à raison d’une cinquantaine de mètres cubes par semaine pendant 9 à 10 semaines.