Alors que le bilan des pertes pour sécheresse n’est pas encore connu, la Martinique demande la reconnaissance accélérée de l’état de catastrophe naturelle. Les filières locales planchent sur un « plan d’urgence » de relance qui devrait être révélé sous peu.
Affectées par la sécheresse depuis mars, les filières agricoles de Martinique ont transmis leurs demandes de soutien au préfet Stanislas Cazelles le 24 juillet, selon le président de la chambre d’agriculture martiniquaise Louis Daniel Bertome. « Nous avons demandé au préfet d’accélérer la procédure de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle sur l’ensemble du territoire » a déclaré ce dernier à Agra Presse le 27 juillet, rappelant au passage que les communes affectées par la sécheresse de 2019 n’ont été reconnues sinistrées qu’en janvier 2020.
« Il n’est pas question d’attendre aussi longtemps pour avoir cette reconnaissance, d’autant que si on veut que la collectivité mette en place une aide d’urgence pour aider notamment les éleveurs et les productions vivrières, il faut absolument que l’état de catastrophe naturelle ou de calamité agricole soit déclaré », a-t-il insisté.
Le président de la chambre d’agriculture a aussi réclamé au préfet « le versement immédiat des indemnités de 2019 », alors que la saison cyclonique approche et pourrait mettre de nouveau en difficulté certaines exploitations. Et il a demandé « un certain nombre d’assouplissements ». Par exemple, une plus grande latitude sur les tonnages et le poids à l’abattage requis pour obtenir les aides du Posei (premier pilier de la Pac), a-t-il expliqué.
Plan de relance
Louis Daniel Bertome a, d’autre part, indiqué que les filières agricoles de Martinique planchent sur « un plan d’urgence pour les trois ou quatre mois à venir ». Ce plan, qui devrait être finalisé « en fin de semaine » puis remis au président de la collectivité Alfred Marie-Jeanne, vise à « relancer les exploitations maraîchères, vivrières et puis aussi un peu la canne à sucre et la banane ».
Ces deux dernières productions ont été particulièrement affectées par le déficit hydrique et les restrictions d’eau, assure le président de la chambre d’agriculture : « Pour la banane, j’ai vu des exploitations qui ont commencé à faire ce qu’on appelle le cyclonage, c’est-à-dire à supprimer les pieds mères qui auraient dû porter maintenant, parce qu’ils sont trop fragiles pour permettre aux rejets de repartir. Ce qui constitue une perte sèche pour les exploitations. »
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Quant à la canne à sucre, il rapporte des retards de pousse, des souches « brûlées » et un manque de plants pour renouveler les plantations. « ll faut absolument qu’on puisse mettre en œuvre un certain nombre d’actions – forages, retenues collinaires, mares – pour pouvoir remédier au moins un petit peu aux effets des sécheresses à venir », a-t-il ajouté.
« Déficit hydrique sans précédent »
Quel est l’impact économique de la sécheresse sur l’agriculture martiniquaise en 2020 ? Il est encore trop tôt pour le dire, mais M. Bertome a indiqué qu’il en saurait plus lors d’une réunion avec la DAAF prévue le 30 juillet après-midi. Ce qui est sûr, c’est que « ça fait plusieurs décennies qu’on n’avait pas eu de sécheresse comme ça », souligne-t-il.
Un constat partagé par le responsable gestion eau et irrigation à la chambre Jean-Daniel Martineau. « Depuis ces deux dernières années nous sommes confrontés à un déficit hydrique sans précédent sur l’ensemble du territoire, a-t-il réagi. Le changement climatique en est certainement la cause. Les modèles météorologiques semblent indiquer que nous serons de plus en plus confrontés à ce phénomène : une pluviométrie moyenne annuelle stable mais de plus en plus inégalement répartie dans le temps et dans l’espace. »
« Plusieurs décennies qu’on n’avait pas eu de sécheresse comme ça »