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Sécurité alimentaire : le G20 prend des engagements vis-à-vis des pays les plus vulnérables

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Pour éviter une crise alimentaire mondiale dans un contexte de forte inflation liée aux crises successives (Covid-19 et guerre en Ukraine), les dirigeants des pays du G20 réunis à Bali (Indonésie) se sont engagés à garantir l’accès aux aliments de base et aux engrais pour les pays les plus vulnérables. Cela passera notamment par le lancement d’un corridor visant à acheminer des engrais russes de l’Europe vers l’Afrique.

En raison de la flambée des prix des denrées alimentaires et des engrais dans le contexte de la guerre en Ukraine, les dirigeants des pays du G20 réunis à Bali (Indonésie) ont souligné dans leur déclaration finale adoptée le 16 décembre l’importance « d’assurer un fonctionnement optimal des chaînes d’approvisionnement » et de « lutter contre l’insécurité alimentaire en garantissant l’accessibilité, le caractère abordable et la durabilité des aliments, en particulier dans les pays les plus vulnérables ». Dans un contexte de crises permanentes, ils réitèrent leur soutien à un « commerce agricole ouvert, transparent, inclusif, prévisible et non discriminatoire, fondé sur les règles de l’OMC ». Et ils réaffirment « la nécessité d’actualiser les règles du commerce mondial des produits agricoles et alimentaires » et « l’importance de ne pas imposer d’interdictions ou de restrictions à l’exportation de produits alimentaires et d’engrais ».

Garantir des engrais pour l’Afrique

D’autre part, ils s’engagent « à faciliter l’approvisionnement humanitaire pour garantir l’accès à la nourriture dans les situations d’urgence et appellent les membres des Nations unies et toutes les parties prenantes concernées disposant de ressources à fournir des dons en nature et des ressources pour soutenir les pays les plus touchés par la crise alimentaire ». Sur ce point, le président français Emmanuel Macron a indiqué en conférence de presse qu’un accord avait été trouvé « dans le cadre de l’initiative “Opération sauvetage des récoltes” (lancée en septembre) avec le Programme alimentaire mondial pour l’instauration d’un corridor visant à acheminer des engrais russes de l’Europe vers l’Afrique ». « Les premières cargaisons seront livrées la semaine prochaine, a-t-il indiqué, la France contribuant à hauteur de 7,5 M€ ». Sur ce dossier, l’ONU a confirmé la livraison à titre humanitaire de 260 000 t d’engrais russes à destination du Malawi, l’un des pays d’Afrique australe les plus démunis. Le président français a ajouté que « des avancées concrètes ont également été réalisées lors d’une réunion technique en marge du G20 avec le FMI, la Banque mondiale, l’UE et l’Union africaine sur la mise en place de mécanismes de transfert et de circulation dans la durée et surtout de développement de capacités africaines de production d’engrais, en particulier d’engrais durables ». « Un projet qui est conforme à l’initiative FARM (initiative pour la sécurité alimentaire des pays les plus vulnérables visant à répondre aux risques de famine liés à la guerre en Ukraine) lancé en mars dernier à l’occasion du G7 » a-t-il assuré.

L’UE mobilise 710 M€ au titre de l’aide humanitaire

Pour assurer la sécurité alimentaire mondiale, l’UE s’est également engagée le 14 novembre, à la veille du G20, à mobiliser au total 710 M€. La Commission européenne compte ainsi octroyer 210 M€ supplémentaires pour éviter la famine dans les pays les plus vulnérables. Les fonds seront répartis comme suit : 10 M€ pour les pays d’Afrique de l’Ouest et centrale (Burkina Faso, Mali, Niger, Tchad et République centrafricaine), 25 M€ pour les pays d’Afrique de l’Est (Soudan, Sud-Soudan, Éthiopie), 55 M€ pour les pays du Moyen-Orient (Yémen, Syrie, Liban), 75 M€ pour l’Afghanistan ; 30 M€ pour les pays d’Amérique du Sud (Venezuela, Colombie, Équateur, Pérou) et 5 M€ pour plusieurs pays d’Amérique centrale (Mexique, Guatemala, Costa-Rica…). De son côté, la Banque européenne d’investissement a conclu avec le Fonds international de développement agricole des Nations unies un accord de prêt de l’ordre de 500 M€, visant à garantir la sécurité alimentaire et à réduire la pauvreté dans les zones rurales. Une première tranche de 150 M€ sera disponible immédiatement et les 350 M€ restants devraient être distribués au cours des deux prochaines années. Le prêt a une durée de vingt ans avec un délai de grâce de cinq ans. Entre 2020 et 2024, le soutien global de l’UE à la sécurité alimentaire mondiale se porte à 8 Md€.

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Sur le long terme, les dirigeants du G20 demandent également à la FAO et au Groupe de la Banque mondiale de partager les résultats de leurs exercices de cartographie sur l’insécurité alimentaire, qui « seront consolidés à l’avenir avec les contributions d’experts techniques et d’autres organisations internationales concernées, et fourniront une analyse systémique des réponses à la sécurité alimentaire ». Il s’agira ainsi d’identifier les principales lacunes des réponses mondiales, d’examiner les moyens de financement de l’alimentation et de la nutrition, d’examiner l’offre et la demande d’engrais ou encore de s’appuyer sur le système d’information sur les marchés agricoles (AMIS) du G20.

OMC et FAO appellent le G20 à garantir un accès aux engrais

Dans le contexte de la guerre en Ukraine, l’OMC et la FAO appellent, dans une étude publiée le 14 novembre, leurs pays membres à réduire les perturbations du commerce mondial des engrais en maintenant les marchés ouverts, afin de juguler durablement la hausse des prix des engrais liée à la crise énergétique et d’assurer la production agricole à l’échelle mondiale. Les organisations insistent aussi sur l’importance de ne pas imposer de nouvelles restrictions à l’exportation. Concernant les pays les plus vulnérables, les deux institutions invitent également les gouvernements du G20 à réduire sans délai les droits de douane afin de remédier aux pénuries d’engrais domestiques. À moyen et long terme, un renforcement des mesures de transparence des marchés et de suivi des politiques est indispensable, indiquent-elles. Avant de souligner l’importance pour les pays du G20 d’améliorer la fertilité des sols et d’accélérer l’innovation pour une utilisation plus efficace des engrais, avec un recours accru aux pratiques agricoles de précision, de réduire les subventions aux engrais et de promouvoir des systèmes alimentaires durables et résilients.