Alors que la guerre en Ukraine aggrave l’insécurité alimentaire mondiale, le Parlement européen appelle l’UE, dans une résolution adoptée à une large majorité, à concentrer son aide au développement à la réduction de la faim. Ils invitent également Bruxelles à mettre fin à la spéculation financière sur les denrées agricoles et à augmenter son soutien à l’aide humanitaire. Plusieurs eurodéputés ont notamment insisté pour sortir les céréales d’Ukraine.
Pour répondre aux enjeux de la sécurité alimentaire dans le contexte de la guerre en Ukraine, l’UE doit impérativement donner la priorité à la faim et à la nutrition dans sa politique de développement, exhortent les eurodéputés dans un rapport adopté (602 voix pour, 15 contre et 20 abstentions) le 6 juillet lors d’une session plénière à Strasbourg. Dans cette résolution rédigée par la polonaise Beata Kempa sur « la sécurité alimentaire dans les pays en développement », les eurodéputés se concentrent en particulier sur le rôle de l’UE dans le soutien aux pays les plus vulnérables dont une grande partie de la population vit dans une insécurité alimentaire aiguë. À cette fin, ils demandent instamment à l’UE de sauvegarder le droit à l’alimentation des pays en développement et à l’autosuffisance, et de soutenir ainsi les marchés locaux et régionaux au service de systèmes alimentaires plus inclusifs et plus durables.
Considérant que c’est une des causes principales de l’aggravation de l’insécurité alimentaire mondiale, les eurodéputés déplorent les effets de la spéculation financière sur les produits de base agricoles et alimentaires. Pour juguler ce phénomène, déjà à l’œuvre lors de la crise alimentaire de 2008, ils invitent la Commission européenne à présenter d’urgence des propositions visant à mettre fin à cette spéculation, notamment dans un contexte de guerre, afin de garantir la stabilité du marché et de la production agricole. Sur ce point, l’eurodéputé Benoît Biteau (Verts, France) regrette que le Parlement ait rejeté l’objection portée par les Verts et le S & D dans laquelle ils s’opposaient, suite à une révision partielle de la directive sur les marchés d’instruments financiers (MiFiD), à l’acte délégué de la Commission qui ne fixe pas des limites de position suffisamment efficaces. « Je déplore que Renew (Centristes) et le PPE (Démocrates-chrétiens) aient bloqué cette objection. Lutter contre la spéculation c’est lutter contre la faim. La sécurité alimentaire de centaines de millions de personnes mérite bien de se débarrasser de ses œillères idéologiques et de faire preuve d’un peu de pragmatisme. Heureusement, le travail contre les profiteurs de guerre ne fait que commencer et se poursuivra en septembre avec la révision de MIFID/MIFIR », assure l’eurodéputé français.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Hausse du soutien à l’aide humanitaire
Pour faire face à la hausse de l’insécurité alimentaire mondiale (828 millions de personnes en plus en 2021 selon les Nations unies), les eurodéputés demandent à l’exécutif européen et aux États membres de l’UE d’augmenter leurs contributions au Programme alimentaire mondial (Pam). Ils leur demandent ainsi de combler immédiatement le déficit de financement des appels humanitaires des Nations unies pour 2022 en faveur de l’Afrique de l’Est et du Moyen-Orient. « Le soutien à ces deux régions est actuellement sous-financé à 99 % », précisent-ils. Dans ce contexte, ils rappellent que le Pam a déjà dû réduire les rations destinées aux réfugiés et aux autres populations vulnérables en Afrique de l’Est et au Moyen-Orient en raison d’un manque de financement, d’une hausse des prix et d’une offre réduite de produits de base sur les marchés (en raison notamment de la guerre en Ukraine). David Beasley, directeur exécutif du Programme alimentaire mondial (Pam), a notamment rappelé devant les eurodéputés de la commission de l’Agriculture le 4 juillet que « le principal problème auquel sont confrontés les pays en développement est celui des prix inabordables ». Pour faire retomber la pression sur les marchés mondiaux, il a appelé instamment la Russie à débloquer les ports de la mer Noire en particulier celui d’Odessa pour faire sortir les céréales à destination des pays les plus vulnérables. À défaut, il prévient que « ce n’est pas seulement l’Ukraine qui s’effondra économiquement, mais le monde entier qui sera touché ». Avant de préciser qu’« au Pam, nous achetons 50 % de nos céréales en Ukraine et il y a plus de 36 nations dans le monde qui achètent plus de 50 % des céréales d’Ukraine et de Russie. En parallèle, il y a de nombreux pays dans le monde dont 50 % de leurs engrais proviennent de Russie ou encore de Biélorussie, donc en plus de la crise, il y a maintenant une pénurie d’engrais ».
Sortir les céréales d’Ukraine
Dans un document politique qui devait alimenter le débat en plénière, le groupe Renew (Centristes) du Parlement européen souligne qu’« il est fondamental de s’attaquer aux obstacles à l’exportation des produits agricoles ukrainiens dédiés aux marchés des pays en développement ». À cette fin, « la Commission européenne doit établir, produit par produit, une cartographie claire des plates-formes logistiques et des connexions potentielles qui pourraient faciliter l’intensification des exportations via les pays voisins, en mobilisant toutes ses capacités pour éliminer les goulets d’étranglement », estime le rapport. Cette mission pourrait être confiée à une task force européenne dédiée qui coordonnerait ce processus avec les autorités compétentes des États membres, précise-t-il. Même son de cloche pour le Groupe S & D qui indique dans une déclaration publiée le 6 juillet que la priorité est « de fournir une aide d’urgence immédiatement aux pays du Sud qui sont déjà au bord de la famine, la guerre en Ukraine ayant aggravé leur situation ». Tout en précisant que « concrètement, nous devons rendre la nourriture disponible dans les points chauds les plus graves, notamment dans la Corne de l’Afrique. Cela signifie qu’il faut veiller à ce que les céréales ukrainiennes, qui sont bloquées par la Russie, soient rapidement expédiées hors d’Ukraine et atteignent ceux qui en ont désespérément besoin ».