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Semences oléagineuses : des surfaces réduites d’un quart en 2020

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Après des surfaces records l’an dernier, le programme de multiplication de semences oléagineuses s’achemine vers des emblavements réduits d’un quart en 2020, plombés par la météo et des difficultés à l’export, a-t-on appris le 9 mars auprès de l’Anamso (producteurs).

Quelque « 31 000 hectares sont prévus cette année en production de semences oléagineuses, contre 41 070 hectares en 2019 », indique le président Laurent Bourdil, dont l’assemblée générale s’est tenue le 11 mars à Labourgade (Tarn-et-Garonne). Le colza (près de 18 000 hectares l’an dernier) subit une baisse de 43 %, affecté par des conditions trop sèches lors des semis d’automne. Le tournesol (plus de 19 000 hectares en 2019), encore à semer, est annoncé avec des surfaces en multiplication réduites d’« environ 15 % » sur 2020.

En cause, des stocks conséquents qui font suite à une bonne récolte. Des difficultés à l’export vers l'Ukraine et la Russie sont aussi évoquées, les deux pays favorisant la production domestique, d’après lui. Illustration avec le projet de construction par Euralis d’une usine de production de semences au sud de Moscou, annoncé en novembre dernier. Laurent Bourdil identifie plusieurs entreprises ayant des intentions similaires, soit cinq au total qui représentent 90 % des surfaces françaises en multiplication de semences. « Les producteurs sont inquiets. Ils craignent des baisses importantes de surfaces. Va-t-on passer de 40 000 hectares à 20 000 hectares dans l’Hexagone, comme il y a dix ou douze ans ? »

Inquiétude pour les VRTH

Le président de l’Anamso redoute aussi l’impact de la décision du Conseil d’Etat sur la mutagénèse le 7 février, qui met à l’index des VRTH (variétés rendues tolérantes aux herbicides). Si l’association admet être en manque de précisions venant des semenciers, elle avance tout de même un chiffrage de « 50 à 60 % des VRTH » qui entreraient dans le champ de la directive européenne 2001/18 sur les OGM. « La décision du Conseil d’Etat marque un coup d’arrêt à l’innovation, souligne Laurent Bourdil. Dans un contexte de transition agroécologique, on nous enlève des moyens d’y parvenir avec la sélection variétale. » Certaines variétés obtenues par mutagénèse doivent en effet être retirées du catalogue et leur culture suspendue, selon la décision des Sages.

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Un autre obstacle réglementaire intervient par le biais de la loi Egalim. Son article 83 prévoit l'interdiction, à compter du 1er janvier 2022, de la production, du stockage et de la circulation de produits phytopharmaceutiques contenant des substances actives non approuvées dans l'Union européenne pour des raisons liées à la protection de la santé ou de l'environnement. Le traitement de semences est concerné. « Si le semencier ne peut pas usiner pour l’export, il délocalisera son outil », craint Laurent Bourdil, rappelant que 55 % des doses de semences oléagineuses produites en France sont destinées au marché mondial.

La morosité est aussi de mise en soja, malgré la perspective d’un plan protéines. Ses surfaces, après un rebond l’an dernier à 4 122 hectares de semences, sont à nouveau prévues à la baisse en 2020. Pourtant la tendance est au beau fixe sur le plan de la consommation : les agriculteurs sèment de plus en plus de soja, avec 163 000 hectares l'an dernier. Cette croissance des surfaces ne profite pas aux multiplicateurs, selon l’Anamso : l’évolution s’accompagne d’une hausse du taux d’utilisation des semences de ferme.

Les agriculteurs multiplicateurs craignent une délocalisation de la production de semences