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Congrès A son 18e congrès, la Coordination rurale devient « majeure »

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La Coordination rurale (CR) ne fait plus exception. Ce syndicat agricole aura attendu 18 années pour accueillir un ministre de l’Agriculture en clôture de son congrès. C’est chose faite depuis le 7 décembre. Bruno Le Maire, chaleureusement accueilli par les 600 congressistes présents à Poitiers, a tordu le cou à cette habitude en évoquant « le bon sens » pour justifier sa présence. Au regard de son discours vibrant de défense de sa politique, sa venue n’est sans doute pas étrangère à son ambition de fidéliser l’électorat agricole à quelques mois de l’élection présidentielle. Surtout, la présence du ministre « de tous les agriculteurs » au congrès de la CR donne une nouvelle légitimité politique à ce jeune syndicat qui « a atteint la majorité », selon les termes de son président.

«A 18 ans, notre syndicat est devenu majeur ! », s’amusait le président de la CR, Bernard Lannes qui a accueilli chaleureusement le « ministre qui a eu le courage de venir devant la CR » en clôture de son congrès, le 7 décembre à Poitiers. Bruno Le Maire, très applaudi, est un habitué des premières. Il a déjà participé à l’assemblée générale de la Confédération paysanne, syndicat minoritaire classé à gauche en avril dernier. Jamais un ministre de droite ne s’était livré à cet exercice. Sur le fond, le ministre, ce 7 décembre, s’est livré à une vibrante défense de sa politique et du métier de paysan, assurant « se retrouver dans les propos » de Bernard Lannes. Sur la question emblématique du pluralisme syndical, il n’a pas répondu aux attentes des 600 congressistes présents quant au pluralisme syndical dans les interprofessions. «Elles sont un outil parfait (notamment pour la contractualisation : ndlr) mais à la seule main de la FNSEA », a condamné Bernard Lannes. Comme levier pour convaincre les récalcitrants du bien-fondé du pluralisme, le président de la CR, a donné une idée au ministre. « Menacez les interprofessions de ne plus valider le caractère obligatoire des CVO et vous verrez que les négociations s’accéléreront », a-t-il avancé. Bruno Le Maire ne s’est pas engagé sur ce délicat sujet. Il a simplement dénoncé la division entre les syndicats, appelant à l’union pour défendre l’agriculture.

L’agriculture laboratoire d’ « essai » de la TVA

Bruno Le Maire a été plus affirmatif concernant la TVA sociale. Ce n’est pas son truc ! Au contraire de la CR, qui rappelle qu’en 2004, lors de son congrès d’Amiens, Henri Guaino qui n’était pas encore le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, faisait déjà la promotion de la TVA sociale. Pour la Coordination rurale, la TVA sociale a le mérite de répartir la charge sociale sur l’ensemble des citoyens consommateurs (qui profitent de cette haute protection sociale), plutôt que sur les seuls actifs. « Elle permet dans le même temps des exportations allégées du coût de notre protection sociale et des importations qui, elles, la financent », souligne le syndicat. « Le Danemark l’a instaurée en 1987, l’Allemagne en 2007 et l’Italie vient de décider sa mise en place. Depuis 3 ans d’autres Etats membres de l’Europe ont augmenté leur taux de TVA au delà de 20 %. Pourquoi cela serait-il tabou en France ? », s’interroge Bernard Lannes. « Je réitère notre proposition de faire de l’agriculture un laboratoire d’essai pour la TVA sociale », a proposé Bernard Lannes.
Le ministre s’est aussi livré à un plaidoyer pour la Pac qui « soutient les agriculteurs ». La CR, elle, plaide pour des prix rémunérateurs plutôt que pour des aides de la Pac. « Le consensus européen arraché par Dacian Ciolos au début de la mise en place de ce chantier de la réforme de la Pac n’existe plus et la crise financière renforce le “chacun pour soi” », constate le responsable syndical. « Le dogme de l’ultralibéralisme européen prôné par Mariann Fisher Boël est toujours d’actualité et nous mène dans le mur », estime-t-il. « On nous dit que le budget de la Pac est sauvé mais aurons-nous encore un euro à Noël », a lancé le leader syndical.

Faire respecter l’équité

Autre point sensible, la contractualisation. « J’affirme ne pas être opposé à la contractualisation, si elle s’inscrit dans un partenariat gagnant », a dit Bernard Lannes. « Par un décret du 31 décembre 2010, vous avez donné tous pouvoirs aux transformateurs, en les obligeant à proposer un contrat à leurs producteurs au 1er avril 2011 », a expliqué le président. « Contrat imposé, donc difficilement équitable, puisque non négocié avec les éleveurs. Résultat : 95% des éleveurs n’ont pas signé ces contrats et ont continué leur campagne laitière comme les années précédentes. Même la FNPL a appelé à la prudence », a rappelé le syndicaliste. Bruno Le Maire, le promoteur de la contractualisation, a défendu ce principe. Il a insisté sur l’impact du paquet lait qui sera discuté le 15 décembre et permettra aux agriculteurs de se regrouper à 3 000, 4 000, voire 5 000 producteurs. « Je ferai respecter l’équité » dans la contractualisation, a-t-il conclu. Le président de la CR a aussi insisté sur l’impossibilité pour les paysans « d’être dans la compétition mondiale avec un boulet vert à chaque pied ». Le ministre est allé dans son sens, fustigeant « ceux qui croient connaître l’agriculture en cultivant des radis noirs sur le toit de leur loft parisien ! ».

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