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Stéphane Jeandeau (Maïsadour) : « Notre pisciculture de Langolen, désormais plus productive, plus durable et plus vertueuse. »

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Stéphane Jeandeau est directeur de la filière aquacole pour le groupe coopératif Maïsadour. Crédits : © Maïsadour

Le 5 juin 2025, Maïsadour a inauguré, à Langolen (Finistère), sa toute nouvelle pisciculture, après plus d’un an de travaux. Par sa taille et sa conception, elle s’affiche parmi « les plus innovantes de France », notamment sur les plans technique, sanitaire et environnemental. Stéphane Jeandeau, directeur de la filière aquacole pour le groupe coopératif landais, nous explique l’enjeu de cet investissement de près de 6 M€.

En quoi votre unité piscicole de Langolen est-elle unique en France ?

Les travaux menés durant plus d’un an dans notre pisciculture de Langolen nous ont permis de passer d’un circuit ouvert à un circuit fermé de près de 6000 m2, pour allier performance environnementale, sécurité sanitaire et bien-être animal. Le site permet de produire davantage de truites - près de 600 tonnes par an contre 100 tonnes auparavant avec le circuit ouvert -, de façon plus durable et plus vertueuse. Le site fonctionne grâce à un système de biofiltration de l’eau, en plusieurs étapes. Le filtre, qui mesure 80 m de long, 30 m de largeur et 3 m de hauteur, est constitué de médias, des supports plastiques qui piègent les boues et autres détritus. Un système qui élimine l’ammoniac et le CO2 de l’eau et la sature en oxygène. 

Les boues liquides récupérées sont pressées, déshydratées puis valorisées en méthanisation. Aucun déchet n’est rejeté dans la rivière. Cette technologie permet par ailleurs de prélever un débit d’eau constant, de 100 litres par seconde, conforme à notre autorisation de prélèvement en période d’étiage, alors que le débit de la rivière varie de 300 à 900 l selon les saisons. L’eau prélevée est ramenée, purifiée, là où elle a été prélevée, par un système gravitaire, n’impactant en aucun cas le niveau de la rivière. La continuité écologique et l’équilibre naturel du milieu sont ainsi préservés.

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Le site est désormais équipé de 6000 m2 d’ombrières photovoltaïques. Pourquoi avoir fait ce choix ?

L’enjeu de cette installation est multiple. Économique tout d’abord, car le premier tronçon déjà en service fournit environ 500 kW crête d’électricité verte, assurant ainsi 100 % des besoins du site en journée, à commencer par l’alimentation des quatre pompes de filtration de l’eau. Le deuxième tronçon, installé d’ici la fin de l’année, permettra de produire 450 kWc supplémentaires qui seront injectés dans le réseau. L’intérêt est aussi environnemental car ces panneaux permettent d’éviter l’émission de près de 260 tonnes de CO2 chaque année, soit l’équivalent des besoins énergétiques de 230 foyers, représentant environ 80% de la population de la commune de Langolen. Sans compter que l’ombre générée par ces panneaux recrée des conditions proches d’un milieu naturel – eau plus fraîche, circulation de l’air facilitée - favorisant le bien-être et la croissance des poissons. Ces ombrières assurent également une protection vis-à-vis d’éventuels prédateurs.

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La particularité de votre unité piscicole va donc bien au-delà du volet technique ?

Oui effectivement, l’innovation portée par la pisciculture de Langolen dépasse le volet technologique : elle incarne une vision moderne et responsable de notre métier. Grâce à un modèle intégré, nous maîtrisons toute la chaîne de valeur, de l’œuf à l’assiette. Cela signifie que nous garantissons à chaque étape – reproduction, élevage, alimentation, bien-être animal et transformation – une traçabilité parfaite et une exigence constante de qualité.

Cette nouvelle unité s’inscrit également dans le projet stratégique Ambition 2030 du groupe, où l’enjeu est de réussir à concilier souveraineté alimentaire, performance environnementale et ancrage territorial durable. Nos clients sont sensibles à cette démarche.

Une fois arrivées à maturité, que deviennent les truites produites à Langolen ?

Après 24 mois passés dans les bassins pour assurer pleinement leur croissance, les truites sont acheminées en camion-vivier sur notre site landais de Castets où elles seront préparées avant d’être commercialisées sous la marque Delmas et Delpeyrat. Dans cette usine, 5 000 tonnes de poissons, dont la moitié de truites, y sont transformées chaque année, dont 40 % proviennent des élevages du groupe. Chez Maïsadour, la filière aquacole emploie aujourd’hui 110 collaborateurs et génère un chiffre d’affaires de 35 à 40 M€. Ce chiffre comprend l’activité sur les deux sites de production bretons, Langolen et Brasparts, sur celui d’Alba en Espagne où le groupe est actionnaire minoritaire, ainsi que l’usine de Castets.

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