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Sécurité alimentaire mondiale Subventions, OGM et rachats des terres par les pays riches dénoncés par la FAO

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Le manque de mobilisation des pays les plus riches de la planète face au fléau de la faim a été fortement attaqué, lors du Sommet de la FAO, du 16 au 18 novembre, à Rome. Mais les pays en développement et les ONG les ont aussi accusés de développer des semences « diaboliques » – les OGM – et de racheter, par le biais de leurs multinationales, des millions d’hectares de terres cultivables partout dans le monde.

«Je ne suis pas satisfait du fait qu’il n’y ait pas d’engagement quant à la date, au montant et aux conditions » des aides destinées à infléchir le nombre d’affamés, a regretté Jacques Diouf, le directeur général de la FAO en commentant la déclaration finale du Sommet alimentaire mondial qui s’est tenu, du 16 au 18 novembre au siège de l’organisation, à Rome. Depuis juin 2008, le nombre de personnes en état de malnutrition est passé de 850 à 1,02 milliard, a-t-il rappelé. Il est donc nécessaire d’accroître la production agricole par le biais d’investissements importants dans le secteur, évalués par M. Diouf à 120 milliards de dollars dont au moins 44 milliards devraient être pris en charge par les pays riches.
Le ministre italien de l’agriculture, Luca Zaïa a tenté de rassuré le directeur général de la FAO, en assurant que début 2010, à Rome, les dirigeants du G8 renouvelleraient leur promesse de débloquer 20 milliards de dollars sur trois ans d’aide alimentaire et qu’ils définiraient, à cette occasion, « les modalités concrètes selon lesquelles seront poursuivies les actions sur le terrain et les meilleurs moyens pour canaliser les ressources ».
Quoi qu’il en soit, au Sommet de la FAO, la déclaration des chefs d’Etat et de gouvernement ne prévoit aucun engagement concret en vue d’éradiquer la faim dans le monde. Tout au plus, elle réitère l’objectif de réduire de moitié le pourcentage et le nombre de personnes souffrant de la faim et de la malnutrition d’ici à 2015. Et elle stipule qu’il est nécessaire « d’inverser la tendance à la diminution des financements nationaux et internationaux consacrés à l’agriculture, à la sécurité alimentaire et au développement rural des pays en développement »

Menace pour la sécurité mondiale
Le président de la Commission européenne, José-Manuel Barroso a souligné, le 16 novembre, le lien qui existe, selon lui, entre la sécurité alimentaire, le changement climatique et la sécurité globale. « Un monde où un milliard de personnes sont affamées, ce n’est pas uniquement une profonde meurtrissure pour notre conscience collective. C’est aussi une menace grandissante pour notre sécurité collective », a-t-il mis en garde. Le président de l’exécutif européen s’est engagé à faire en sorte que la Communauté tienne ses promesses en matière de financement de la lutte contre l’insécurité alimentaire. L’UE est de loin le premier donateur de la FAO, a-t-il rappelé, cette organisation étant notamment la principale bénéficiaire du milliard d’euros débloqué en décembre 2008 par les Européens en faveur de l’aide alimentaire.

Spéculations et subventions dans le collimateur
Le président brésilien, Luiz Inacio da Silva, a mis l’accent sur son programme « Faim Zéro » qui a permis de faire reculer de 73 % la malnutrition au Brésil en six ans et de faire chuter de 45 % la mortalité infantile grâce au financement de dizaines de projets sociaux qui vont de la construction de citernes dans des zones de sécheresse au crédit rural et à la distribution de nourriture. Quant au pape Benoît XVI, il a fustigé l’égoïsme dont font preuve les pays riches, dénoncé la « spéculation » sur le marché des céréales et contesté vigoureusement le « recours à certaines subventions qui perturbent gravement le secteur agricole ».

Manque d’investissements et libéralisme
« La faim et la famine ne sont malheureusement plus considérées comme des sujets importants par nos dirigeants », a déploré de son côté le député européen français, José Bové. Ce dernier estime dès lors que les engagements de la FAO sont « au mieux un vœux pieux, au pire du cynisme ». Selon lui, la crise « majeure et structurelle » est la « conséquence des politiques d’ouverture des frontières imposées par l’Organisation mondiale du commerce, par l’absence chronique d’investissements adaptés aux potentialités locales dans le secteur agricole et par l’envolée des cours des matières premières agricoles sur les marchés à terme mondiaux ».

« Feuille de route » franco-brésilienne
En marge du Sommet, la France et le Brésil ont proposé une « feuille de route » pour la sécurité alimentaire mondiale. « Nous avons décidé de travailler ensemble, de prendre des mesures concrètes pour favoriser le développement agricole, l’indépendance agricole dans le plus grand nombre de pays possible au monde, et pour arriver à lutter concrètement contre la faim dans le monde », a expliqué le ministre français de l’agriculture, Bruno Le Maire. « Nous allons travailler sur trois thèmes, a-t-il précisé, la stabilisation des prix agricoles et la régulation mondiale des marchés agricoles ; l’achat et la prédation des terres agricoles un peu partout dans le monde et le développement durable ».

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