Le groupe coopératif Tereos a dévoilé en conférence de presse son analyse du marché du sucre, prévoyant un marché lourd jusqu’en 2025. Le groupe prévoit de réduire ses coûts, via notamment la cession d’actifs, mais de continuer ses investissements dans les technologies vertes, et sa diversification dans des marchés à haute valeur ajoutée.
Les prix du sucre « ont décroché de 20 % dans le monde et de 40 % en Europe » entre 2023-2024 et 2024-2025, déplorait Olivier Leducq, directeur général du groupe coopératif Tereos, lors d’une conférence de presse à Paris le 28 mai. Il constate que la situation conjoncturelle du marché du sucre reste pour l’instant dégradée, et ne voit pas de rebond de prix avant septembre 2025. « L’exercice 2025-2026 aura donc déjà intégré les prix bas, tout en ayant très peu enregistré l’éventuel rebond de fin d’année », prévient-il. Ce qui n’est guère de bon augure pour les betteraviers français à court terme.
Tereos rappelle les principaux éléments ayant conduit à la dépréciation des valeurs internationales et européennes du sucre. Tout d’abord, la forte hausse de la sole UE de betterave sucrière l’an passé, de 12 % par rapport à l’année antérieure. Vient ensuite, au niveau international, le décrochage du réal brésilien par rapport au dollar, qui dope l’attractivité du sucre brésilien, et stimulant les exportations locales. En Chine, malgré des stocks « au plus bas depuis treize ans, nous observons une faiblesse de la demande », pointe également Olivier Leducq.
Ajoutons à cela la hausse des importations ukrainiennes, permises par les accords UE/Ukraine. Tereos a rappelé son opposition aux accords de libre-échange avec l’Ukraine, qui affronte des contraintes de production bien moindres que l’UE. Le groupe pointe aussi l’influence des fonds spéculatifs sur les marchés à terme (New York, Londres). « Ils ont détenu des positions baissières en masse, à la vente, participant au décrochage des prix », relève Olivier Leducq.
Effets Trump sur les marchés
Si Tereos n’a guère été directement touché par la politique agressive états-unienne en matière de commerce internationale, il en a subi les effets indirects. Les décisions de Donald Trump ont en effet provoqué une chute du dollar par rapport aux monnaies concurrentes. Or, les exportations de sucre du groupe coopératif, notamment depuis le Brésil, sont libellées en dollar, réduisant donc ses rentrées de devises et donc ses revenus.
Le marché du sucre est largement corrélé à celui de l’énergie, servant à la fabrication d’éthanol. Or, l’UE subit les importations d’alcool « pakistanais, et dans une moindre mesure péruvien », soulève Olivier Leducq. Il rappelle que la crise énergétique consécutive à la guerre en Ukraine a renchéri drastiquement le coût de l’alcool servant à la production de biocarburant en Europe, ouvrant la voie à des origines plus attractives. L’éthanol états-unien, produit à partir de maïs, a également profité de la situation. Tereos réclame aux autorités européennes davantage de protection du marché communautaire.
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Pour toutes ces raisons, les revenus du groupe coopératif, des betteraviers français et européens, ont décroché lors du présent exercice. Illustration du contexte dégradé : « Il y a des rumeurs sur la fermeture d’une sucrerie en Espagne », lance Olivier Leducq. Sans oublier la fermeture officielle de deux sites début 2025 : l’un en Autriche et l’autre en République tchèque, appartenant au groupe autrichien Agrana.
Pourtant, les fondamentaux propres au marché du sucre s’avèrent désormais plutôt haussiers, juge Tereos. La récolte au Brésil devrait être « inférieure aux attentes du marché en 2025 », conséquence de la sécheresse et d’incendies ayant endommagé les cultures de canne à sucre, indique Olivier Leducq. Les cultures sur l’Île de la Réunion ont par ailleurs souffert du cyclone Garance. Il existe actuellement « un déficit mondial de sucre de 5,5 Mt environ », alerte le directeur général. Ajoutons à cela que les surfaces de betteraves sucrières devraient cette année décrocher de 9 % dans l’UE, d’après ce dernier. Si les revenus des betteraviers français ne devraient guère s’améliorer en 2025-2026, ils pourraient rebondir en 2026-2027.
Cession d’actif prochainement ?
Malgré la conjoncture difficile, Tereos ne souhaite pas remettre en cause sa stratégie de long terme. S’il admet qu’il devrait « opérer à une cession d’actif dans les six prochains mois », annonce Olivier Leducq, il souhaite poursuivre ses investissements dans ses activités phares ainsi que leur décarbonation : le sucre, l’amidon et les biocarburants. L’objectif : réduire sa dépendance à la cyclicité des marchés des matières premières.
Du côté de la décarbonation, le groupe coopératif rappelle le lancement d’un plan d’investissement de près de 800 M€ d’ici 2033, réparti sur plus de 100 projets sur 16 sites industriels européens. Il souhaite par ailleurs investir davantage dans les SAF (biocarburants aériens), pour lesquels il nourrit d’importants d’espoir, « mais pas avant 2035 », prévient Olivier Leducq. Sans oublier les produits à haute valeur ajoutée, notamment dans l’alimentation. « Nous allons lancer un produit alimentaire à haute teneur en fibre, fabriqué à partir de maïs, Actifiber, dans les six prochains mois ou d’ici la fin de l’année », signale le directeur général.
« il y a des rumeurs sur la fermeture d’une usine en Espagne »
Tereos réalise sa troisième meilleure performance financière
Le groupe coopératif français Tereos a indiqué avoir réalisé en 2024-2025 (allant d’avril à mars) « le 3e meilleur exercice financier de son histoire », via son directeur général Olivier Leducq, lors d’une conférence de presse à Paris le 28 mai. L’Ebitda est estimé à 801 M€, contre 1 128 M€ en 2023-2024 et 981 M€ en 2022-2023. « Les deux exercices précédents avaient été exceptionnels. […] Il s’agit de performances solides dans un contexte agricole actuellement dégradé », précise-t-il. Tereos a vu son chiffre d’affaires s’effriter de 17 % annuellement, à 5,93 Md€, et son résultat net de 71 %, à 131 M€. Ce qui ne l’empêche pas d’investir. « Nous avons investi 455 M€ en 2024-2025 (contre 395 M€ en 2023-2024, et 261 M€ en 2022-2023), soit 8 % du chiffre d’affaires net. Nous n’allons pas revenir à une politique de faibles investissements comme c’était le cas il y a quelques années », rassure Olivier Leducq. L’endettement net du groupe recule également, passant de 2,371 Md€ à 2,22 Md€ annuellement. « Tereos continuera à gérer activement son endettement, son levier financier et la solidité de son bilan afin de limiter ce risque lié au court terme », indique un communiqué.