Dans son rapport remis le 1er décembre à Jean Castex, le député Damaisin fait sept recommandations pour lutter contre le suicide en agriculture. Il préconise notamment d’intégrer les Safer à la prévention, de développer le mentorat et le portage foncier. Avec, en toile de fond, un gros travail à fournir pour sensibiliser, consolider et coordonner tous les dispositifs existants.
Le député Olivier Damaisin (LaREM) a remis son rapport sur le mal-être et le suicide des agriculteurs au Premier ministre Jean Castex, le 1er décembre. « Longtemps taboue, parfois sous-estimée, la question du suicide chez les agriculteurs ne pouvait rester sans réponse », a déclaré Jean Castex sur son compte Twitter, promettant de se saisir des travaux du député du Lot-et-Garonne pour « agir aux racines du mal-être paysan ». Avec ce rapport initialement annoncé pour mi-septembre, Olivier Damaisin clôt la mission interministérielle confiée par Édouard Philippe le 21 février, et menée auprès des ministères de l’Agriculture et de la Santé. Une mission de terrain qui devait durer six mois, s’est finalement prolongée jusqu’au 12 octobre, et durant laquelle le député du Lot-et-Garonne a échangé avec près de 200 personnes liées au monde agricole : syndicats, banques, assurances, associations, institutions vétérinaires et comptables, élus, agriculteurs et familles d’agriculteurs.
Dans son rapport long de 88 pages et intitulé Identification et accompagnement des agriculteurs en difficulté et prévention du suicide, Olivier Damaisin note tout d’abord que les causes du mal-être et du suicide chez les agriculteurs sont « multiples, pas uniquement d’ordre économique » et que l’on connaît de mieux en mieux les facteurs de risque. Mais le volet humain fait cruellement défaut. « Il apparaît que l’accompagnement humain doit également être au cœur des préoccupations des acteurs institutionnels et associatifs pour offrir un accompagnement global, technique, économique et social aux agriculteurs et à leurs familles », indique-t-il en introduction. Puis, il émet sept recommandations déclinées en 29 propositions d’action.
Un travail transversal
Première recommandation : mieux identifier les agriculteurs en difficulté tout en maintenant le lien social. Cela commence par sensibiliser les agriculteurs à la notion de mal-être, un travail qui doit être réalisé de façon « non-stigmatisante » par les réseaux professionnels, de santé et les élus locaux, explique M. Damaisin. Aussi, il faut mieux répertorier les plateformes locales d’écoute via les cellules d’accompagnement départementales, et inscrire ces démarches dans les projets territoriaux de santé mentale (PTSM), ajoute-t-il. Il recommande de s’appuyer sur le dispositif VigilanS du ministère de la Santé pour prévenir le risque de récidive suicidaire, et suggère de « cartographier localement les facteurs de risque suicidaire » pour adapter les actions de prévention aux territoires.
Deuxième recommandation : former mieux et davantage de « sentinelles ». Autrement dit, des tiers familiers du milieu agricole et dotés « naturellement » d’une qualité essentielle : l’empathie, souligne le député. Ces sentinelles sont capables d’identifier une situation de mal-être et d’orienter vers les structures d’écoute et d’accompagnement adéquates. Pour étoffer davantage les réseaux locaux de sentinelles, Olivier Damaisin propose de mener des campagnes de sensibilisation : « Auprès des acteurs professionnels proches des agriculteurs, mais également des services publics (exemple de La Poste), des élus locaux (exemple des maires) et des acteurs de la santé (exemples des médecins libéraux, pharmaciens, infirmiers), via leurs représentations (conseils de l’ordre, association départementale des maires). » Il conseille également de sensibiliser les salariés des organisations professionnelles en les dotant « d’outils d’écoute et d’aide à la décision » pour qu’ils se positionnent en « partenaire » de l’agriculteur. À l’heure où un agriculteur en situation de mal-être doit résoudre des problèmes d’ordre technique, il est important d’adopter une « démarche positive » et non « une posture de censeur », explique le député dans son rapport.
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Coordonner les dispositifs
Troisième recommandation : améliorer l’articulation entre tous les acteurs de la prévention. Pour cela, M. Damaisin appelle à consolider les cellules d’accompagnement portées par l’État dans les départements, et à leur confier un rôle de « coordonnateur ». Il préconise aussi de « définir le cadre de la confidentialité et les conditions de partage d’informations entre les partenaires de la cellule d’accompagnement ». Par ailleurs, il suggère de communiquer sur les dispositifs d’accompagnements existants en s’appuyant sur les Direccte et la MSA « dans le cadre du plan santé au travail ». Enfin, il propose de créer un observatoire national des exploitations agricoles en difficulté, coordonné par le ministère de l’Agriculture.
La quatrième recommandation vise à mieux accompagner les agriculteurs identifiés comme étant en difficulté. Le député marcheur estime qu’il faut créer un « conseil de confiance » global et gratuit, choisi par l’exploitant « sur proposition de la cellule d’accompagnement ». Il propose de « développer les dispositifs de mentorat entrepreneurial » avec le milieu non-agricole : « Les chambres d’agriculture pourraient en prendre l’initiative », ajoute-t-il. Olivier Damaisin recommande chaudement d’intégrer les Safer dans les réseaux de prévention du mal-être et du risque suicidaire « pour communiquer et accompagner les agriculteurs cédant du foncier ».
D’autre part, il conseille aussi de développer – et communiquer davantage sur – le portage foncier, outil qui permet aux agriculteurs cédant leurs terres de poursuivre leur activité. « Le portage foncier doit être mis en place avec des garanties pour qu’il n’y ait pas de perte au moment de la revente par rapport au prix arrêté à la vente, ni pour l’agriculteur, ni pour la structure qui a assuré le portage », étaye le député dans son rapport. « Une garantie de l’État serait de nature à protéger de ces aléas. » Enfin, le rapport préconise de sensibiliser au mal-être les jeunes exploitants dès leur installation et de renforcer la communication positive sur l’agriculture auprès du grand public.