Après le diagnostic de la Coméco du Sénat sur les facteurs de suicide chez les agriculteurs, Solidarité Paysans salue certaines préconisations relatives aux aides et à la formation. Elle note cependant quelques écueils sur l’accompagnement des agriculteurs en difficulté et appelle à entrer dans l’ère d’un modèle agricole plus humain.
Dans un communiqué le 18 mars, l’association Solidarité Paysans salue le travail de la Coméco du Sénat qui a présenté, la veille, 63 propositions pour lutter contre les suicides d’agriculteurs.
Elle se félicite que les sénateurs s’intéressent aux causes du mal-être paysan : la faiblesse du revenu notamment, en lien avec le partage de la valeur. « Oublier la question du revenu revient à mettre en péril le renouvellement des générations en agriculture », réagit Solidarité Paysans dans le communiqué. « Nous partageons l’avis des sénateurs : l’agriculture est une production hautement stratégique pour notre avenir commun. »
L’association appuie quelques recommandations « importantes » des parlementaires : le maintien de la formation professionnelle pour les exploitants engagés dans une procédure collective, l’allongement de l’échéancier de paiement des cotisations à la MSA « sur 6 ans, plutôt que 3 actuellement », et le développement du recours au RSA pour les exploitants éligibles. Des mesures à mettre œuvre qui demandent toutefois de « réfléchir aux fractures creusées par la dématérialisation », à « l’absence de services publics en milieu rural » et aux « inégalités d’accès » aux services de santé, appelle Solidarité Paysans.
Quelques réserves
Dans le rapport des sénateurs, Solidarité Paysans note aussi quelques écueils. En effet, la Coméco préconise de donner plus d’importance aux cellules départementales d’accompagnement (créées par l’État en 2017, ndlr.) Or « ces dernières ne sont toujours pas opérationnelles sur l’ensemble du territoire », pointe Solidarité paysans. L’association interroge aussi la présence des créanciers dans ces cellules et le risque d’un partage d’infos entre eux, préjudiciable aux agriculteurs.
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Solidarité Paysans estime également que les procédures collectives doivent continuer d’être traitées par les tribunaux judiciaires, et non par les tribunaux de commerce comme le recommandent les sénateurs. « Le système mutualiste et coopératif étant développé dans toutes les filières et couvrant toutes les activités des exploitants agricoles, il serait en effet quasiment impossible de trouver parmi les délégués consulaires [des tribunaux de commerce] des juges qui ne soient pas en conflit d’intérêts avec l’agriculteur en difficulté », argue l’association. Un tel transfert de compétences risquerait par ailleurs « de freiner l’ouverture des procédures collectives à l’initiative des agriculteurs et de nuire à l’objectif de poursuite de l’activité économique des procédures de sauvegarde et de redressement », selon Solidarité Paysans.
Changer de paradigme
Enfin, au-delà du rapport de la Coméco, pour enrayer les causes du suicide en agriculture, Solidarité Paysan appelle à « remettre en cause le modèle de développement agricole ». Un message étayé quelques jours plus tard, le 23 mars, dans une tribune publiée dans le journal Le Monde. Les signataires, le président de l’association Jean-François Bouchevreau et le philosophe Marc Crépon, critiquent le modèle agricole en vigueur depuis les années 1960 qui « cherche à maximiser la production, au détriment de tout ce qui y contribue en réalité » et finit par provoquer des drames humains, via une forme de « consentement meurtrier ».
« Il faut en finir avec le modèle industriel. Un autre type de développement agricole est possible, basé sur davantage d’autonomie, de partage, plus respectueux des hommes et des femmes et de l’environnement », affirment les auteurs de la tribune. Si comme les sénateurs le préconisent, il faut améliorer le suivi et la connaissance statistiques des agriculteurs en difficulté, « le pire serait des dispositifs de repérage, de fichage des agriculteurs en difficulté, sans agir sur les causes, les politiques publiques nationales et européennes qui encouragent le modèle agro-industriel et la diminution du nombre de paysans », concluent-ils.