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Sulfoxaflor, néonicotinoïdes ou pas ?

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Après la demande de l’Unaf de retirer l’homologation du Closer et du Transform – deux produits contenant une nouvelle molécule : le sulfoxaflor – l’agence de sécurité sanitaire des aliments (Anses) a trois mois pour éventuellement revoir sa copie. Mais qu’est-ce qui distingue le sulfoxaflor des néonicotinoïdes ?

Le 17 octobre, l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf) a dénoncé l’homologation de deux nouveaux insecticides à base de sulfoxaflor, considérant qu’il s’agit de néonicotinoïdes. Nicolas Hulot et Stéphane Travert, dans un communiqué du 20 octobre, disent avoir « pris acte » de la décision de l’Anses « d’autoriser la mise sur le marché de deux produits phytopharmaceutiques (Closer et Transform) contenant du Sulfoxaflor » dans le cadre de ses missions réglementaires, et en se fondant sur l’autorisation délivrée au niveau européen du sulfoxaflor en 2015. Ils ont souligné que l’Anses « a prévu des conditions et précautions d’emploi visant à minimiser les risques pour les abeilles ».

Des données complémentaires à analyser

« L’Anses venant toutefois de recevoir des données complémentaires relatives aux risques du sulfoxaflor », les deux ministres, « soucieux de l’état préoccupant des populations d’abeilles et autres pollinisateurs en France », ont demandé à l’Agence « d’analyser de façon prioritaire ces nouvelles données afin qu’elle soit en capacité d’indiquer au gouvernement, dans les trois mois, si elles sont de nature à modifier les deux autorisations de mises sur le marché ».

Dans une interview le 24 octobre sur RTL, Nicolas Hulot a jugé qu’avec l’autorisation de nouveaux insecticides, « on est pris d’assaut de tous les côtés ». Il a rappelé que l’Anses est une agence indépendante, tout en précisant qu’il faisait confiance à l’Anses : « D’ici trois mois, elle me trouvera des arguments pour les interdire, comme les autres néonicotinoïdes ». Et d’une façon plus générale, « la meilleure manière, c’est de programmer la sortie de l’ensemble des insecticides, pesticides à terme. Il y a maintenant des alternatives. Il y a d’autres pratiques probables ».

Pour Dow AgroSciences, le doute n’est pas permis

« Non : le sulfoxaflor n’est en aucun cas un néonicotinoïde, mais une sulfoximine », insiste Dow AgroSciences. « C’est la conclusion à laquelle sont arrivés l’Anses, mais aussi la Commission européenne, l’Efsa et le ministère français de l’Agriculture », précise le groupe dans un communiqué du 23 octobre, avec les documents mis à disposition.

En fait, le sulfoxaflor est une molécule qui agit comme un antagoniste du récepteur nicotinique à acétylcholine (nAChR), avec une efficacité surtout vis-à-vis des insectes piqueurs-suceurs (pucerons, aleurodes, cicadelles). Les néonicotinoïdes sont aussi des antagonistes nAChR, mais ce ne sont pas les mêmes, ce qui confère aux molécules d’autres propriétés et d’autres symptômes. « Le sulfoxaflor agit sur un site de la synapse (cellule nerveuse, ndlr) différent de ceux des néonicotinoïdes », explique Benoît Dattin de Dow Agrosciences. C’est pourquoi il a été classé dans la famille des sulfoximines et non des néonicotinoïdes. Ainsi, selon le comité d’action de résistance des insecticides (Irac), organisme international responsable de la classification des insecticides, ces deux familles font partie du groupe 4 de l’Irac (nAChR) mais les néonicotinoïdes sont dans le sous-groupe 4A et les sulfoximines le sous-groupe 4C (voir tableau). On trouve entre les deux le sous-groupe 4B constitué de la nicotine !

Pas de résistances croisées

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« Ce qui prouve qu’il ne s’agit pas des mêmes familles, c’est qu’il n’existe pas de résistances croisées entre le sulfoxaflor et les néonicotinoïdes », précise Benoît Dattin. En clair, un insecte résistant aux néonicotinoïdes est toujours tué par le sulfoxaflor.

Par ailleurs, « les néonicotinoïdes sont systémiques et migrent avec le système ascendant de la sève (des racines vers le haut de la plante). Alors que le sulfoxaflor est translaminaire, c’est-à-dire qu’il pénètre à travers la cuticule de la feuille mais ne migre pas, poursuit-il. C’est pourquoi on utilise les néonicotinoïdes comme traitement de semences, ce qui est totalement impossible pour le sulfoxaflor. »

Faible persistance d’action

De plus, il a une persistance d’action de 1 à 4 jours alors les néonicotinoïdes ont une persistance d’action de 120 à 520 jours selon l’Anses. Pour autant, l’Efsa a relevé un risque élevé pour les abeilles. « C’est vrai, reconnaît Benoît Dattin, c’est pourquoi le produit est interdit sur les plantes mellifères comme le colza et le tournesol, et que l’usage est interdit 5 jours avant, pendant et 5 jours après la floraison ». Ce que confirme l’Anses.

« Dow AgroSciences déplore les amalgames qui ont pu être faits, loin des réalités scientifiques, et se tient prêt à discuter de ces éléments avec quiconque », précise la firme.

L’Anses a trois mois pour indiquer au gouvernement, s’il y a lieu de modifier les autorisations de mises sur le marché

Il n’existe pas de résistances croisées entre le sulfoxaflor et les néonicotinoïdes