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Aly Leonardy, président du CEP « Sur fortes pentes, pas d’agriculture, ni de culture, sans la vigne »

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Le Luxembourgeois Aly Leonardy, président du Conseil européen professionnel du vin (CEPV), collège des professionnels viticoles à l’Assemblée des régions européennes viticoles (Arev), appelle l’UE à soutenir la viticulture sur fortes pentes, parce que c’est soutenir l’économie de régions fragiles. Il en décrit la nécessité et évoque les leviers mobilisables. 

L’Arev prend position pour la viticulture en forte pente. Pourquoi cet attrait pour ce sujet ?

Sur les fortes pentes, sans la vigne, il n’y aurait rien, aucune autre culture ! Pas d’emploi, car aucune entreprise n’aurait l’idée de s’implanter sur des pentes à plus de 30%. Pas d’occupation du territoire, car il est beaucoup plus facile de travailler en plaine ou en vallée. Pas de vie culturelle, car elle ne se développe qu’avec les hommes et les services. Pas de diversité, car c’est de la lutte quotidienne pour adapter notre métier et nos productions à ces conditions extrêmes que peut naître une telle palette atypique de cépages, savoir-faire et vins.

Justement, avez-vous des exemples de ces vignobles de forte pente ?

Je me bornerai à mentionner quelques-uns parmi les vignobles exceptionnels, comme Collioure en France, Mittelrhein en Allemagne, Wachau en Autriche, O Bolo-Larouco en Espagne, Carema en Italie, Douro au Portugal.

Forte de tant d’atouts et de multifonctionnalité, pourquoi cette viticulture « héroïque » souffre t-elle ?

Cette valorisation et ce patrimoine sont menacés par l’âpreté des conditions de production. Avec les fortes pentes, notre lot quotidien, c’est plus de main d’œuvre, de pénibilité et de dangerosité, des matériels dédiés et coûteux, parfois, en l’absence de toute possibilité de mécanisation, le recours exclusif au travail manuel. De plus, ces conditions nécessitent une attention accrue au sol (ravinement, éboulement, coulées de boue, etc..), des accès et une logistique spécifique (approvisionnement, récolte, cave, expédition…), des exploitations plus petites et plus morcelées. Enfin, des rendements modestes et de moindres revenus.

Malgré la qualité des produits, les nombreux surcoûts amoindrissent la compétitivité de cette viticulture. Dans plusieurs régions, nombre d’hectares ne sont plus entretenus, les surfaces sont en repli et les nouvelles générations renoncent à reprendre le flambeau devant la dureté et les risques du travail.

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Les régions viticoles adhérentes à l’Arev demandent instamment une reconnaissance des contributions économiques, sociales, environnementales, écologiques et culturelles de la viticulture en forte pente dans la future Pac. Cela pourrait se faire via l’octroi de soutiens à l’investissement dans le cadre de l’enveloppe nationale de développement rural, par des mesures incitatives reconnaissant l’importance de cette viticulture pour la préservation d’environnements sensibles et l’encourageant à investir pour plus de durabilité économique, par l’instauration d’une aide ICHN (Indemnité compensatoire d’handicaps naturels). Complémentairement, il conviendra aussi que les États membres et les régions soient habilités à décréter que les autorisations de replantation issues de vignes en fortes pentes ne puissent être utilisées que dans les zones en fortes pentes.

Pouvez-vous entrer dans le détail de vos propositions : quels outils envisagez-vous ? 

Nous pensons à des aides aux investissements d’innovation dans du matériel adapté apportant une réponse à la fois à la pénibilité du travail et aux coûts de production plus importants qu’ailleurs. Cela dans le cadre du second pilier, à travers un taux de cofinancement plus important pour les projets d’aménagements collectifs (accès, terrasses, murets, projets œnotouristiques, etc.) pour les vignobles en fortes pentes. Nous sommes convaincus que la nouvelle mesure environnementale proposée par la Commission (« eco-scheme ») s’applique idéalement à la viticulture de forte pente, qui conjugue idéalement souci de l’environnement et amélioration des performances économiques. Nous souhaitons vivement une reconnaissance explicite de l’enjeu territorial et environnemental de cette viticulture singulière dans le cadre des mesures Maec (Mesures agroenvironnementales et climatiques) du second pilier. Enfin nous espérons une légitimation de l’octroi d’aides ICHN au regard de la main d’œuvre que cette viticulture de fortes pentes génère localement. 

Pour la viticulture en forte pente, ces mesures seraient – enfin – la reconnaissance de ses valeurs intrinsèques et de sa multifonctionnalité. Elles stimuleraient l’effort des acteurs locaux et leur volonté de transmettre. Elles encourageraient l’investissement dans les technologies du futur, gage de pérennité économique. Elles donneraient à ces régions originales les moyens d’action, de développement et de promotion.

Vous venez de parler de développement et de promotion. Est-ce une volonté de vous montrer non seulement défensif, mais aussi offensif, c’est-à-dire force de proposition ?

C’est tout à fait dans cet objectif que nous nous inscrivons. La future Pac doit nous donner une chance de nous développer pour être toujours plus acteurs de l’environnement, de production de qualité, des paysages, créateurs de valeur ajouté et d’emploi en zone où il n’aurait « rien » si la viticulture n’était présente … nous sommes multifonctionnels ! Il faut aider cette viticulture en l’aidant à passer la transition pour devenir une viticulture technologique d’avenir, avec le digital, l’investissement dans les nouvelles technologies, les drones, la culture de précision… Cela tout en puisant le meilleur du sol régional.

Aly Leonardy : « Aucune entreprise n’aurait l’idée de s’implanter sur des pentes à plus de 30% »