Synadiet, le syndicat des professionnels des compléments alimentaires à base de plantes, s'inquiète de l'inadéquation entre la réglementation européenne sur les allégations de santé et l'usage des plantes. Cette utilisation traditionnelle ne fait que rarement l'objet d'une évaluation scientifique, première étape d'un examen par l'Efsa. Les professionnels souhaitent proposer une méthodologie adaptée à leur activité.
Les plantes représentent une part non négligeable, si ce n’est la plus importante, dans la composition des compléments alimentaires. Or, comme le rappelle Synadiet « depuis 2010, le marché européen des compléments alimentaires à base de plantes est suspendu à une éventuelle interdiction des 2 000 allégations de santé ». Si l’usage des plantes, connues pour leur vertus santé, remonte à la nuit des temps, « la production, la mise sur le marché et la surveillance des compléments alimentaires à base de plantes sont très encadrées par la réglementation nationale et européenne », rappelle Synadiet. Ainsi, en vertu du règlement (CE) n°1924/2006, toute allégation de santé doit, a priori, faire l’objet d’une évaluation scientifique par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Si le processus d’évaluation des allégations sur les vitamines et les minéraux est assez simple, il est en revanche inapproprié pour les plantes, pour lesquelles il n’existe quasiment pas de preuves scientifiques. De fait, « bien que l’on connaisse le pouvoir des plantes, il existe aujourd’hui très peu d’études cliniques. En fait, chaque pays utilise les plantes selon les bonnes vieilles recettes de grand-mère », explique Christelle Chapteuil, la vice-présidente de Synadiet. Aussi faudrait-il créer un cadre réglementaire spécifique pour les compléments alimentaires à base de plantes.
C’est pourquoi le premier syndicat européen en appelle aux pouvoirs publics européens et demande « une évaluation proportionnée des allégations de santé des compléments alimentaires à base de plantes, en prenant en compte l’usage traditionnel des plantes ». « Il est important de demander des garanties qualités aux industriels, mais nous ne produisons pas de médicaments », rappelle Christelle Chapteuil. La Commission européenne devrait proposer un plan d’action en septembre. De même, Synadiet demande une « harmonisation de la réglementation encadrant l’utilisation des produits à base de plantes ». En effet, chaque pays a ses particularités, les uns autorisant l’utilisation des feuilles d’une plante, quand le voisin autorise lui, la fleur, ce qui ne facilite pas les choses pour les industriels qui vendent hors de leurs frontières.
D’autres dossiers pour 2016
Au-delà de la réglementation concernant les compléments alimentaires à base de plantes, Synadiet s’est fixé plusieurs axes stratégiques de travail pour 2016. Ses membres veulent notamment définir et proposer à l’Agence européenne de sécurité des aliments (Efsa) des méthodologies d’évaluation des demandes d’allégations de santé adaptées aux compléments alimentaires. « Le processus actuel ne marche pas pour les compléments alimentaires, dont la fonction première n’est pas de guérir mais d’entretenir une bonne santé. Or tout le référentiel existant est fait pour les médicaments », explique-t-on au syndicat. Un des autres sujets de travail de Synadiet consiste à trouver un nom plus évocateur pour le consommateur, en créant une nouvelle catégorie « Produits de santé naturels » à l’instar de ce qui existe au Canada, qui soit entre l’alimentation et le médicament. Une manière aussi d’éduquer ces mêmes consommateurs sur les bienfaits des compléments alimentaires qui peuvent parfois être une bonne alternative aux médicaments. 15,8 % des adultes consomment des compléments alimentaires en France (source Crédoc 2010). Restera aussi à convaincre les médecins généralistes, estime Synadiet, sachant que « sur 40 000 recensés, seulement 5000 sont plutôt tournés vers la phytothérapie et l’homéopathie ».
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(1) Premier syndicat national de compléments alimentaires en Europe, Synadiet est dirigé depuis février 2016 par Fabrice Cahierc. Il regroupe 230 entreprises adhérentes (consultants, fabricants, façonniers, fournisseurs d’ingrédients, distributeurs, laboratoires d’analyse,...), qui représentent 90 % de la profession en France.
Des consommateurs de plus en plus demandeurs
Le marché des compléments alimentaires se plutôt porte bien, notamment tiré par une demande de plus en plus en plus forte des consommateurs français, selon Synadiet (1), le syndicat national de compléments alimentaires. En 2015, ce marché a enregistré une croissance de 3,9 % à 1,54 milliard d’euros, selon les chiffres publiés en avril par le syndicat. En France, la pharmacie qui est le premier circuit de distribution des compléments alimentaires, affiche une hausse annuelle de 6 %. Par spécialité, le segment tonus/vitalité arrive en tête à 166 millions d’euros, tandis que le segment transit/digestion, troisième en valeur absolue à 125 millions d’euros, connaît la meilleure croissance en 2015, avec un bond de 14,7 %.