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Photovoltaïque Ténergie veut accentuer sa présence auprès des agriculteurs

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Créée en 2008, Ténergie, start-up dans le domaine du photovoltaïque, est une PME en pleine croissance. Une filiale en Turquie, une autre en Roumanie, et un grand projet au Sénégal en montrent le dynamisme. Ténergie entend aussi se positionner auprès des acteurs agricoles, pour du photovoltaïque notamment sur toiture. Retour avec Marc Watrin, co-gérant de Ténergie, sur le positionnement de l’entreprise dans les dossiers agricoles.

Agra presse : Ténergie est une PME spécialiste du solaire photovoltaïque. Elle conçoit, finance et installe des centrales photovoltaïques. Travaillez-vous avec le monde agricole ?
Marc Watrin : Le milieu agricole, nous l’avons abordé par notre métier : le photovoltaïque. Nous sommes en effet producteurs indépendants d’énergie, avec l’ambition, dès notre lancement, de participer à la transition énergétique, d’où notre nom. A ce jour, nous comptons 80 centrales photovoltaïques construites et la puissance installée par Ténergie sera, fin 2013, de 60 MW. Une vingtaine de centrales concerne le monde agricole. Au début, ce sont les agriculteurs qui sont venus nous voir. Leur besoin était de moderniser leur entreprise et ils avaient entendu dire qu’avec le solaire, on pouvait financer des bâtiments ou les rénover. C’est comme cela qu’on a commencé en agriculture. On a eu par exemple un gros projet en Aveyron, de plus de 2 MW sur des bâtiments neufs, qui servent de stabulation. Nous avons aussi abordé le milieu agricole à travers deux caves coopératives, dans le Sud, qui ont rénové l’intégralité de leur toiture. On s’est pris au jeu de l’agriculture.

Aujourd’hui, comment travaillez-vous avec vos clients agricoles ?
Nous intervenons beaucoup plus en amont avec les producteurs. Parce que, à une époque, il y a eu un effet d’aubaine sur le photovoltaïque. Certains ont pu vouloir construire des bâtiments uniquement pour y poser des panneaux. Aujourd’hui, la bonne approche, c’est de travailler en amont avec les agriculteurs, bien comprendre leur besoin et en quoi le photovoltaïque peut les aider dans le développement de leur entreprise. Il faut partir de la problématique agricole et chercher pour chaque dossier comment le photovoltaïque peut aider l’exploitation, l’éleveur, le serriste, à développer son activité.

Le secteur agricole est-il un marché porteur pour l’entreprise ?
Aujourd’hui, nous souhaitons accélérer notre présence chez les agriculteurs, à travers trois axes : la rénovation de toiture, la construction de bâtiments de stockage ou d’élevage et les projets de serre.
On est sur un métier qui est en train de se structurer. L’énergie photovoltaïque aujourd’hui est compétitive. Nous recevons 15 à 20 projets nouveaux par trimestre, que nous présentons dans le cadre des appels d’offres trimestriels. Et en agriculture, il y a une réelle logique de positionner les énergies renouvelables au sein de la ferme. On est en plein dedans !

Mais pour un certain nombre d’agriculteurs, notamment les éleveurs, l’heure n’est guère aux investissements.
Je pense qu’il faut se concentrer chacun sur un métier. Pour un agriculteur, il y a deux options. Soit il souhaite faire un métier nouveau. Alors, oui, il faut qu’il y aille. Soit il se dit : le photovoltaïque peut être une aide et je vais m’adosser à quelqu’un dont c’est le métier. C’est presque toujours ce cas-là, dans les dossiers que Ténergie étudie. En effet, Ténergie est, à la fois, l’investisseur et l’exploitant de l’installation photovoltaïque. Autant, pour une unité de biomasse, on pourrait conseiller à l’agriculteur de capitaliser dans le projet, autant, pour le photovoltaïque, nous pensons qu’il faut laisser l’exploitation aux gens dont c’est le métier : l’énergéticien. Pour l’exploitant, un projet photovoltaïque avec Ténergie permet d’avoir un outil neuf ou de bénéficier d’une rénovation de bâtiment, selon ses besoins. La bonne vision pour moi, c’est vraiment que l’agriculteur puisse réfléchir au moyen de moderniser son outil de travail, à travers le photovoltaïque.

Comment jugez-vous les évolutions récentes des tarifs d’achat de l’électricité solaire, et à plus long terme, l’avenir du photovoltaïque ?
La problématique majeure aujourd’hui, c’est l’instabilité réglementaire. Depuis 2006, on a eu 40 décrets, dont 6 ont été majeurs. Aujourd’hui, en tant que professionnels, on milite pour avoir de la stabilité. Et on n’y est pas encore. Les dernières annonces gouvernementales contiennent des éléments positifs : on veut favoriser l’industrie française. Très bien ! Augmenter les volumes ? Très bien. En revanche, je suis partagé sur le système même des appels d’offres. Pour les petits projets, les appels d’offres trimestriels sont intéressants. Mais pas pour les grands projets, qui ont besoin de stabilité. Arrêtons de changer les règles du jeu.
Arrêtons aussi les faux débats. Celui sur les panneaux chinois, c’est un mauvais débat. Est-ce que demain on va arrêter la téléphonie en France sous prétexte que nos portables sont fabriqués en Chine ? Il faut rappeler que les panneaux représentent 20% des coûts d’un projet. Par ailleurs, nos chantiers créent bien des emplois en France.
Sur la fabrication de panneaux, oui, la France a raté le coche. Elle n’a pas fait les bons choix. Mais la question aujourd’hui, c’est de savoir quel rôle la France veut jouer dans le photovoltaïque. Il y a 40 ans, on a choisi de favoriser le nucléaire et aujourd’hui, on est leader.

Quelle est votre politique par rapport aux centrales photovoltaïques au sol ?
Un autre mauvais procès qu’on fait au photovoltaïque, c’est celui de la compétition entre les espaces agricoles et le photovoltaïque. Ma vision, c’est qu’il ne faut pas opposer les deux. Bien entendu, développer des projets à la place de cultures, ce n’est pas la bonne solution. Mais il y a des espaces ou systèmes où il est possible de concilier les deux. Et il y a suffisamment de terres en France qui sont inexploitables, donc inexploitées, pour pouvoir développer le photovoltaïque. Par exemple, notre projet à Calmons, s’est fait sur une bordure d’autoroute. Alors, bien sûr, il ne faut pas favoriser l’utilisation d’espaces agricoles. Mais si l’idée est vraiment d’empêcher cette concurrence, utilisons les règles d’urbanisme. Au lieu de cela, c’est une minoration de 20 % des tarifs d’achats pour les grandes exploitations qui a été décidée dans les mesures d’urgence pour la filière PV en janvier 2013. La conséquence de cette décision c’est que les grands projets au sol ont peu d’avenir en France. Autrement dit, on ne veut pas de grande centrale en France. Et ça, c’est un choix politique.
La problématique du photovoltaïque en France, c’est qu’on a une histoire de l’énergie en France, très centralisée, et qui est entre les mains de deux grands groupes, public ou privé. Or ils voient d’un très mauvais œil des particuliers, des PME, des paysans, demain, se passer d’eux pour produire leur électricité !

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